Né dans le quartier de la petite Guinée du Moule,  Avan Van recrée chaque année un univers féerique haut en couleurs. Une vocation pour les membres de cette association qui, au-delà du Carnaval, entretiennent des liens forts tout au long de l’année.

Depuis quand votre association existe-t-elle?
Cette association existe depuis 1982, nous sommes déjà dans notre 32ème année d’existence!

D’où vient le nom d’Avan Van?
C’est venu comme cela,  en référence à Dédé Saint Prix, un musicien martiniquais [un morceau de ce musicien s’appelle “Avan van tombé d’amour”, ndlr]. On a un peu copié sa musique et c’est parti comme cela, Avan Van du Moule. On est le seul groupe en Guadeloupe à jouer cette musique qui est très forte.

Comment se constitue un groupe carnavalesque?
Comme toutes les associations, vous avez un président, un trésorier, le conseil d’administration et des adhérents. L’association Avan Van est une association de quartier, celui de la Petite Guinée. Au départ, ce sont quelques personnes de ce quartier qui ont décidé un jour de prendre des casseroles, de jouer. Le groupe s’est développé ensuite, les gens sont passés au local où nous jouions, car c’est ouvert à tous, des gens viennent de Sainte- Anne, de Saint-François… Mais il y a toujours cet attachement initial au quartier de la Petite Guinée auquel presque tous les présidents de l’association ont appartenu.
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Vous êtes classés  dans la catégorie des groupes “à caisse claire”, vous reconnaissez-vous dans cette catégorie?
Oui, les groupes à caisse claire sont des groupes dont l’univers est féerique, avec de beaux costumes, des décors, une mise en scène. Cela s’apparente aux écoles brésiliennes de samba, nous représentons des thèmes qui sont définis par le Comité de Carnaval. [les groupes à caisse claire sont reconnaissables à leur musique, utilisant les instruments à vent, à leurs costumes et à leurs chars, ndlr].

 
Comment le coût de cet événement est-il assuré?
C’est très coûteux, il y a le Dimanche Gras qui se déroule à Pointe-à-Pitre, le Mardi Gras à Basse-Terre, et tous les dimanches de la période de Carnaval où les communes organisent leurs défilés. Nous avons déjà planifié chaque sortie. Notre cotisation n’est pas chère, 25 euros par an pour les adultes, 20 euros pour les moins de 18 ans. Cela ne suffit pas à couvrir nos frais, nous organisons donc des foires, des déjeuners, des prestations dans des hôtels… Nous effectuons aussi des demandes auprès des collectivités, la mairie, le Conseil Général et la Région, mais la conjoncture est difficile et nous ne pouvons pas compter sur cela. Chaque membre peut aussi faire circuler des listes de souscription auprès de ses amis, de ses connaissances, pour arriver à payer tous les costumes, les transports. C’est un combat permanent et les membres doivent donner de leur temps.

 
L’association vit donc toute l’année, mais les événements auxquels elle participe sont-ils toujours liés à la préparation du Carnaval?
L’association a pour vocation le Carnaval, mais elle propose aussi des activités comme la danse traditionnelle gwo-ka, de la marche… Au delà du Carnaval, il y a un côté social, un but d’insertion, nous préférons avoir les jeunes avec nous plutôt que de les voir déambuler dans les rues. On se regroupe à la plage, c’est très familial, nous voulons être soudés. Depuis 32 ans que nous existons, nous avons vu des mamans enfanter, puis leurs enfants devenir eux-mêmes parents…
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Vous maintenez ainsi un lien inter-générationnel?
C’est cela, ce côté que l’on retrouve dans les groupes à caisse claire qui rassemblent des membres de tout âge.

Peut-on parler d’une spécialisation des tâches au sein du groupe?  On voit généralement plutôt des hommes aux instruments et des femmes dans la danse.  
C’est vrai que c’est plutôt ancré, on voit maintenant un peu plus les hommes danser, mais c’est la mentalité antillaise, un peu empreinte d’homophobie. Cela change car on voit maintenant dans les têtes des groupes des danseurs qui se libèrent, chacun exprime ce dont il a besoin.

 

“Quoiqu’il arrive, même si vous n’avez pas de prix, vous rentrez le cœur content…”

 

 

Quelles sont les difficultés à mener un travail collectif, afin d’exprimer une unité au moment du défilé alors que chacun a sa spécialité?
Il existe au sein du groupe différentes commissions, musique, danse, habillement…Ce sont ces gens-là qui élaborent les chorégraphies, les costumes, les rythmes sur lesquels nous allons défiler. Quand le thème a été donné par la Fédération, les commissions se réunissent et cherchent comment on va y répondre. On essaie par exemple de réutiliser les anciennes tenues dans un souci d’économie. C’est un gros travail de groupe pour tout emboîter et réaliser le show. C’est comme essayer de sortir un bébé!

Pouvez-vous déjà annoncer le thème de cette année?
Ce sera le monde l’art pour la Basse Terre. Dans les autres communes il n’y a pas de thème.

Quels sont les points forts du groupe dans la compétition qui se jouera lors des différents défilés?
Tous! On essaye de travailler et d’être toujours meilleurs que l’année précédente, de donner le meilleur de nous-mêmes, parce que ceux qui sont en face aussi travaillent dans ce sens. Mais c’est de bonne guerre, on évolue sur les routes et devant le jury qui va nous départager. Quoiqu’il arrive,  même si vous n’avez de prix vous rentrez le cœur content.
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Comment se prépare-t-on à ces manifestations?  Quelle logistique est nécessaire?
Par des entrainements assidus, des répétitions en salle, pour tout mettre en place. Le jour du départ il faut d’abord bien respecter les horaires, se regrouper près du local, les cars sont réservés bien à l’avance. Nous avons des accompagnateurs, des parents qui sont bien identifiés avec leurs tee-shirt pour la sécurité et l’encadrement. Sur place, chacun a sa tâche, car il y  a des enfants avec nous, il ne doit pas y avoir de débordements. Ce sont ces mêmes personnes qui vont aussi ravitailler les membres du groupes, on ne s’arrête jamais et c’est fatigant. Il y a parfois des retouches de couture à faire, une paire de chaussures à changer, un cor au pied à soigner. Toutes ces personnes ne sont pas les acteurs que l’on voit mais ont un rôle très important dans l’organisation.

 
Avez-vous au fil du temps tissé des liens avec d’autres groupes ou d’autres espaces?
Nous évoluons dans le monde du numérique, les sites internet sont vus un peu partout. Nous avons un jumelage avec le groupe Waka de Basse Terre, il y a des liens très forts qui se sont crées, nous sommes en “lyannaj” comme on dit avec eux.

Au delà du côté festif et culturel,  y-a-t-il  forcément un aspect identitaire et politique dans un groupe de carnaval?
Non, pas du tout. Vous retrouvez cet aspect dans les “Mass a Po”, plus revendicateurs, où l’aspect culturel, l’identité antillaise et l’histoire sont beaucoup plus importants. Ils sont plus contestataires mais notre groupe ne joue pas ce rôle.

 

“Chez nous au Moule nous avons quatre groupes carnavalesques … Madame le Maire en est ravie, elle dit que nous sommes à la pointe!”

 

 

Existe-t-il aussi des enjeux économiques dans l’organisation de cet événement? On voit des groupes afficher les couleurs d’Only par exemple ou d’autres sociétés privées dans les défilés.  
Les marques sont là pour nous financer, du coup vous représentez aussi un peu la marque qui est votre partenaire officiel. Automatiquement, s’il y a un partenariat il faut qu’il soit mis en avant. C’est une évolution nécessaire. Nous sommes liés par contrat à une grosse mutuelle, nous sommes obligés de l’honorer. Sur la banderole les partenaires sont donc identifiés, il nous faut les nommer.

Et pour les communes c’est aussi un élément de valorisation. Une commune qui organise son défilé se distingue des autres, par exemple à Sainte-Anne pendant longtemps il n’y a plus eu de Carnaval et cela semble avoir desservi l’équipe municipale car la population y tenait beaucoup il me semble.
Complètement.  Cette année le Carnaval reprendra ses droits à Sainte-Anne. La personne qui est à la tête de la municipalité l’a bien compris, elle est attachée au côté festif.  Chez nous au Moule nous avons quatre groupes carnavalesques, deux à caisses claires, un groupe de Mass (Mass Moule Massif) et un groupe de Mass à Po. Madame le Maire en est ravie, elle dit que nous sommes à la pointe!

Le carnaval est finalement une vitrine pour bien des acteurs?
Oui, tout à fait. L’office du tourisme met en avant que le Moule est une terre de Carnaval, c’est important pour la commune. Mais cela nous permet aussi d’avoir un certain poids. Nous faisons beaucoup de manifestations bénévolement mais cela permet d’être connus et reconnus. Notre association ne cesse d’évoluer, elle fait partie de notre vie.

AVAN VAN
Facebook officiel: Avan Van du Moule
Contact 06.90.07.46.74 – Alex Loques
E-mail : alexloques@hotmail.fr

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