Peintre, sculpteur, graphiste, réalisateur. Autant de casquettes avec lesquelles François Piquet jongle pour manipuler toutes sortes de matières et ainsi laisser s’exprimer sa créativité dans toute son originalité. Rencontre.

Quel est ton parcours professionnel?
Il est très varié! J’ai fait des études d’ingénieur en Design Industriel, mais en parallèle j’ai aussi fait pas mal de musique et dessiné de la BD. Ce qui m’a amené à travailler dans le multimédia, puis en intermittent du spectacle quand j’ai saturé du pixel. Arrivé en Guadeloupe, j’ai été webmaster, puis j’ai travaillé en post-production et animation vidéo, jusqu’à la réalisation, principalement pour la publicité. Je fais aussi de la retouche photo, et plus généralement de la retouche d’image et création graphique, mise au service dernièrement de muséographies. Je me sers de tout ça pour produire de l’art, depuis sept ans maintenant. Pas forcément pour toutes les pièces, bien que je travaille aussi en vidéo, mais au moins pour la com’.

 
Comment es tu arrivé en Guadeloupe?
Par amour et par hasard. Je suis venu rechercher ma chérie, qui était venue faire une saison ici, un peu par hasard, avec un contact hypothétique,  pour ne pas passer un hiver de plus à Paris. Au bout de quelques jours, j’ai finalement décidé de rester. Trois mois après, elle était enceinte. C’était en 2000.

 

 

« En fait j’en ai quasiment toujours fait: du théâtre au collège, de la musique au  lycée, puis du dessin BD, du graffiti au pochoir, toujours avec la musique, l’écriture… »

 

 

 

Quel a été ton premier rapport avec l’art?
Mon père faisait de la peinture, en amateur passionné. Il a toujours un tiroir plein de médailles et de prix. Quand nous étions enfants, en vacances avec lui, on le suppliait de ne pas aller peindre pour jouer avec nous. Une fois, il a tenu une semaine. Après, on drivait à la recherche d’un paysage, il sortait son chevalet, et nous disait d’aller jouer, au milieu de nulle part. On a aussi posé pendant des heures, on s’est fait marcher dessus dans les vernissages par des vieilles dames en chasse de petits-fours. Mon premier rapport à l’art était assez subi. Mais avec l’émerveillement installé de voir 3 taches de peintures se transformer en vache, avec un peu de recul.
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Quelle a été ta première approche artistique, ta première création?
En fait j’en ai quasiment toujours fait: du théâtre au collège, de la musique au  lycée, puis du dessin BD, du graffiti au pochoir, toujours avec la musique, l’écriture… Puis la vidéo, on a fait des films… J’aime travailler en groupe, en collectif ; quand le groupe fonctionne, cela permet vraiment d’aller plus loin. Ça me manque en ce moment, je veux réorienter ma production vers des pistes collectives. Sinon, ma première sculpture, c’est le «Bèf chapé lizin», aujourd’hui à Beauport. C’est la première fois que j’ai ressenti le miracle de l’art, comment l’art peut créer la rencontre. C’était dingue.

Ce travail avec le métal des tonneaux de Rhum a su lier la culture guadeloupéenne à une réalisation artistique contestataire.Comment t’es venue cette démarche?
Cette première sculpture en lames de fer tressées est le fruit de rencontres successives, avec mon voisin de Maudette, Moïse Tite, puis avec les membres de la maison de l’Architecture de la Guadeloupe, pour leur projet à Darboussier. Il est parfois difficile de faire comprendre que ma pratique est d’ici, même si moi je ne le suis pas (un peu comme mes enfants, d’ailleurs). Pour le côté contestataire, c’est vrai que l’obéissance ou le politiquement correct ne sont pas mon fort! J’ai tendance à faire ce qui ne se fait pas, pour voir. L’art prime.

 

Tu t’es fait connaître auprès du grand public avec la série “Fè et Po”, mais tu avais déjà touché la population locale avec tes personnages en collage dans les rues. Est-ce une volonté de jouer sur différents tableaux ou tu te laisses simplement déborder par tes pulsions de créativité?
En fait, les collages (les Archipels du moi) sont arrivés bien après les premières sculptures, mais tout ça est sur la même ligne: placer l’art au milieu des gens, un art  humaniste, utopique et politique qui joue son rôle social, qui «change le monde». Après, je ne peux faire que là où je suis, je m’adapte aux moyens à ma portée, et j’utilise le medium qui me semble opportun, qui correspond à la constellation en cours. Je me laisse déborder, je glisse, je dérape, avec le plus grand des bonheurs.

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Tu transformes différents types de matières, tu dessines, sculptes… Est-ce que c’est la matière qui t’inspire ou l’idée de la mise en scène?
L’expérimentation fait partie de ma démarche, une pratique artistique de la créolisation. J’aime l’imprévu, faire ce que je ne sais pas faire, et je n’aime pas refaire les mêmes choses. La matière est porteuse d’imprévu, et d’indicible. La manière est la matière première de l’art. L’idée directrice permet de ne pas perdre ses petits en route. On se débrouille.

Dans quel domaine te sens-tu le plus à l’aise?
Je dois avoir des facilités à créer des volumes. J’aime beaucoup dessiner, l’écriture aussi, et j’aimerais apprendre la peinture.

Tu exposes, mais vis-tu vraiment de ton art?
Je jongle. J’en vis par moments, ou plutôt par périodes, de plus en plus longues. C’est très précaire, mais je continue à faire de l’art, et pas seulement à en vendre.

Quels sont tes projets?
Je monte actuellement des ateliers créatifs pour adultes et enfants, pour retravailler en groupe et  gagner en indépendance. Continuer à poser de l’art dans l’espace public, en volume aussi (je cherche des troncs intéressants à sculpter en bord de route). Aménager l’atelier pour pouvoir produire du gros, du lourd. Exposer à l’étranger. Vivre heureux.

Site officiel : www.francoispiquet.com

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