Il nous invite à plonger dans un univers de syncrétisme et de créolité. Pour comprendre son art,  mieux vaut aller à la rencontre de ses œuvres plutôt que d’en parler.

Pourquoi avoir choisit Stan comme nom d’artiste?
Généralement, il est mentionné Stan Musquer dit Stan dans les critiques. Ce qui est amusant, c’est qu’il y a beaucoup de Stan dans le monde mais un seul peintre de ce nom en Guadeloupe.

Pourrais-tu me raconter ta première rencontre avec l’art?
Enfant, les guides dans les musées me faisaient souvent fuir. Il fallait s’échapper de ce rite funéraire pour aller regarder en face les portraits fait par les grands peintres classiques. Je ne savais pas devant ces portraits qui regardait qui. En fait, si vous voulez savoir ce que peut dire une peinture, allez devant. Allez devant l’oeuvre. La peinture ne devrait jamais être expliquée d’abord que par elle-même. Si ce qui doit s’exprimer vient à vous, c’est que vous avez fait un effort, c’est que vous l’avez mérité. Voilà le début de quelque chose qui pourrait amener très loin, ou nulle part. Libre à chacun de découvrir ce qu’il est possible d’en faire.

Te souviens-tu d’un moment ou tu as particulièrement senti que tu avais besoin de créer, de t’exprimer à travers la peinture?
À vrai dire, le concept de l’artiste qui exprime son moi intérieur ne m’intéresse pas. Je préfère penser que l’art qui intéresse le monde est l’art qui s’intéresse au monde. Le moi intérieur de l’artiste, c’est Narcisse…Presque tout dans mes tableaux est extérieur à ce que je suis mais je veux bien admettre que le parcours vécu peut être responsable de la rencontre de ces choses. Les tableaux en sont en quelque sorte le résultat.

 

“Chacun voit ce qu’il veut. Je ne cherche pas à comprendre mes toiles lorsque je les peins…”

 

 

Tu dis souvent que c’est ton professeur d’Arts plastiques de Baimbridge qui t’a “ouvert la voie” et tu es devenu enseignant à ton tour: est-ce un hasard, une nécessité, une volonté de transmettre?
Les méthodes pédagogiques et didactiques de Yves Sicard ont un côté passionnel et instinctif. Je ne sais pas comment il faisait cela. Tout ce que je peux dire c’est qu’il savait dégager de la motivation, du faire réagir. Nous prenions, chacun à notre rythme, conscience qu’une chance de plus pouvait s’offrir à nous. Combien sommes-nous à nous souvenir des cours de Yves Sicard? Combien d’artistes de la Guadeloupe aujourd’hui dans les anthologies, les encyclopédies, les dictionnaires, les revues d’art sont passés par la section Arts plastiques de Baimbridge? Nous sommes nombreux. Tout artiste de la Guadeloupe qui s’intéresse à l’histoire de cette île ne peut omettre de citer le nom d’ Yves Sicard. Nous le connaissons tous. Concernant ma mission pédagogique, je dirais que j’ai décidé de devenir professeur pour mettre les Arts plastiques au service de ce qui peut accompagner la jeunesse de Guadeloupe dans son épanouissement futur. Il me semble par exemple qu’être créatif peut aider dans bien des domaines. J’ai beaucoup de chance d’avoir les élèves qui me sont confiés.
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Tu sembles très attaché à l’écriture et tu as il y  a peu de temps collaboré avec un écrivain. Comment s’opère ce va et vient entre les mots et les images?
Je ne sors jamais sans un livre. Celui qui m’accompagne ces temps-ci s’intitule Pièces sur l’Art de Paul Valery. Il dit: “On doit toujours s’excuser de parler peinture”. J’adore cette insolence si polie et cultivée. Je souhaite que la jeunesse comprenne l’enjeu de la lecture. Ce que je sais de la langue Créole, je le tiens principalement de Hector Poullet. Hector a une culture fascinante qui n’a d’égale que sa modestie et son plaisir à partager ce qu’il sait. Il a toujours une phrase qui fait apprendre davantage. Je peins actuellement pour exposer avec lui. Ce sera une très belle exposition de peintures et de manuscrits. On peut presque dire que c’est la même chose, ou plutôt que la peinture et l’écriture sont prétextes à exprimer quelque chose. Ils sont au service de cela. Ce qui est exprimé est derrière les mots, derrière l’image. Mes tableaux par exemple sont à n’en pas douter la surface de quelque chose.

 

Tes œuvres s’inscrivent-elles dans des cycles de vie? Ou d’autres schémas?
C’est difficile de répondre à cela. Il a déjà été dit de mes peintures qu’elles étaient comme un “chant des sirènes”… Que répondre à cela? Chacun voit ce qu’il veut. Je n’essaie pas de comprendre mes toiles lorsque je les peins. En peinture, on ne saurait jouer. Je dirais qu’il faut pouvoir être authentique. L’œuvre est toujours le résultat de quelque chose. Je ne joue pas avec cela.

Si je te parle de syncrétisme, tu te sens concerné?
Si on parle de syncrétisme, alors je dirais que c’est grâce à une enfance géographiquement déplacée que j’ai probablement passé tant d’années à m’intéresser davantage à la vie des gens et des cultures plutôt qu’à ce que j’étais jusqu’au peintre que je suis. Peut-être que ce travail est la reconstruction d’une enfance à travers des cultures différentes, des rencontres sensibles. C’est difficile à dire. L’enfance est un des piliers fondamentaux de la vie d’adulte. Si ma peinture s’adressait à quelque chose, j’aimerais que ça soit un peu de cela:  d’avoir été enfant un jour et d’avoir gardé tout ou partie de cette force de croire.

 

On peut retrouver dans tes toiles ce joli cadre qui rappelle les enluminures médiévales. Tu as un rapport particulier avec cette période, cette civilisation judéo-chrétienne?
Disons conférer à des choses profanes un caractère sacré avec de l’or comme enluminure, peut-être bien. Un tableau que j’avais peint en 2004 avait pour titre Le vaudou n’a pas besoin de vous pour vous faire comprendre ce qu’il a à vous dire. C’est ici peut-être une façon de dire qu’il est inutile de vouloir tout savoir et que les choses finissent par venir à vous d’une façon ou d’une autre.

STAN
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