Formée en 2014 à l’initiative de Bensly, la troupe du Comik Kreyol Show met en scène tous les mois un spectacle où l’humour s’affiche comme fédérateur et tourne en dérision les maux de notre société.

Quel est ton parcours professionnel?
Je suis un passionné de musique depuis mes 16 ans. J’écoutais des cassettes que je rembobinais avec mon crayon! Par la suite sur Paris, je collais des affiches, je suivais des chanteurs, je faisais chauffeur pour les concerts, c’était par mon ami DJ Mike qui organisait des grosses soirées que je me suis retrouvé là-dedans. J’ai managé Fuckly et maintenant je suis avec le Comik Kreyol Show. J’ai également créé un site, Mizik Kreol, en 2007, dans lequel je faisais des interviews d’artistes zouk, compas, dancehall, gwoka ou de musique traditionnelle, car comme toi je trouvais que certaines personnes n’étaient pas mises en valeur. Si tu n’es pas signé sur une grosse major,  tu as moins de visibilité.

 

“… l’humour, c’est une manière de décompresser tout en réfléchissant.”

 

Quand et comment est né le Comik Kreyol Show?
En 2012, je suis revenu en Guadeloupe pour un voyage qui devait durer un mois et finalement j’ai senti que j’avais quelque chose à faire ici. Un de mes amis, qui est maintenant décédé (paix à son âme) avait un bar PMU où nous avons commencé à organiser des soirées pour les jeunes. Mais cela dégénérait, je me retrouvais fréquemment au poste de police… Je me suis lancé dans le Slam et j’ai fait des soirées au Petit Jardin (Big Up à José), mais là les gens étaient trop sérieux et j’ai voulu intégrer l’humour dans le Slam, car l’humour, c’est une manière de décompresser tout en réfléchissant. Et pour ma part, je constatais une cassure sur la scène guadeloupéenne, après Jack & Pat, Pawol Pou Ri, je ne voyais pas la relève. J’ai donc pris l’initiative de créer le Comik Kreyol Show.

Tu n’avais pas encore d’artistes à tes côtés à ce moment-là, comment s’est montée la troupe?
Après l’épisode du Slam, je me suis donné dix mois de travail avec les gens qui m’entouraient pour monter le concept. Nous avons mis en place trois castings, qui ont abouti à une grande finale qui a eu lieu à Sonis en 2014. Nous avions eu une belle finale avec une gagnante donc soit nous faisions  comme les éléctions de miss plage ou rien ne se passe après soit nous gardions tous ceux qui avaient participé à la finale pour créer une troupe afin d’évoluer. Nous avons opté après discussion avec les artistes pour la deuxième option et ainsi composé le Comik Kreyol Show.
Pourquoi ce nom?
Déjà “Kreyol”, ça bloque un peu, alors Gwada Show ou je ne sais quoi nous aurait limité à la Guadeloupe. Comik Kreyol Show, cela veut dire qu’en Martinique, en Guyane, à la Réunion, en Haïti, le Créole nous fédère.
Comik Kreyol Show (2)
Quels sont les critères pour intégrer la troupe? Est-ce une obligation d’être créole?
Il n’y a aucune obligation. Nous sommes en Guadeloupe donc je voulais que cela se ressente aussi un peu dans le nom, mais un petit gars qui est bon en français peut nous intéresser.
L’humour sur les minorités ne reproduit-il pas le schéma des stéréotypes qu’ils paraissent combattre en surface?
Je pense que l’on ne peut pas rire avec n’importe qui… mais on peut rire de tout! Parce que certains sont plus susceptibles que d’autres, tu peux faire des blagues avec Jacques que tu ne feras pas avec Pierre. C’est inné de vouloir rire sur quelqu’un, quelqu’un tombe, on rigole, même si c’est bête; quelqu’un s’exprime mal et on va rigoler, c’est l’humain qui est comme ça. Il y a bien sur la tournure de la blague, comment elle est présentée. Mais je ne peux pas non plus passer mon temps à taper sur Paul sans taper sur Jacques, sinon on va dire que j’ai un problème avec Paul… Même si ce n’est pas le cas. Et il n’y a pas que les communautés comme sujet, il y a des tranches de vie, la manière de penser des gens. Ne devient pas humoriste qui veut, il y a le talent mais également le travail.

Quelles sont vos limites en matière d’humour?
Je demande à mes artistes de ne pas être vulgaires car nous avons des enfants dans le public. Il faut faire preuve de subtilité de façon à ce que les adultes comprennent sans que les enfants ne le puissent.

 

“On veut prouver que la jeunesse guadeloupéenne peut faire des choses et pas seulement dans le sport.”

 

Qu’est-ce que l’humour t’apporte?
Rire, c’est une chose essentielle dans la vie. L’humour apaise les consciences. C’est une soupape pour la société, ce qui ne l’empêche pas non plus d’avoir des revendications.

Quelle part d’improvisation laissez-vous dans vos spectacles?
Dans l’humour il y a toujours une part d’improvisation. Ce que tu as fait aujourd’hui ne sera pas pareil demain parce que le public est différent, parce qu’il y aura quelqu’un dans la foule à qui tu pourras balancer quelques vannes. On va écrire dix minutes de sketchs qui permettent d’être le fil conducteur, mais on peut faire des écarts.

Le Comik Kreyol Show n’est donc pas une troupe déterminée, c’est plus une enseigne, un label.
Pour l’instant c’est une troupe bien précise composée de huit personnes. A partir du mois de juillet, je vais refaire un casting pour intégrer un nouveau membre. Quand je dis nouveau, il n’y a pas d’âge limite, le plus jeune de la troupe a 24 ans et le plus vieux 58 ans. Ce n’est pas que pour les jeunes, il faut cette relation intergénérationnelle pour compenser la cassure sociale. Il pourrait y avoir sur scène le père, voire le grand-père, il faut arrêter de diviser les gens.

Quels sont tes modèles de réussite?
Ceux de l’ombre, qui apportent un produit et qui se battent pour celui-ci. Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est Kenzy du Secteur Ä ou Mr. Deschamps en Guadeloupe. Tout à l’heure, j’ai entendu dans une voiture quelqu’un qui écoutait le Kwab Kwab Kwab et j’ai ressenti une fierté; je n’ai pas besoin de la reconnaissance du public autrement.

Quelles sont vos ambitions?
Que des jeunes soient reconnus sur la scène guadeloupéenne, caribéenne et pourquoi pas nationale. Que le Comik Kreyol Show soit un vrai tremplin pour ces talents. Mon but, c’est de partir d’un point A et d’arriver au point B, même si je n’ai que 10 euros en poche. Tu peux avoir de l’argent mais pas d’ambition, chez nous on a de l’ambition et très peu d’argent, donc on fait avec ce que l’on a. On veut prouver que la jeunesse guadeloupéenne peut faire des choses et pas seulement dans le sport. Nous ne sommes pas dans la victimisation, nous ne pleurons pas toute la journée.

COMIK KREYOL SHOW
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