Amélie Tintin de son nom de rappeuse Khyla,  a défriché le terrain de la culture urbaine en Guadeloupe. Présidente de Gwa Label, elle est aujourd’hui initiatrice du festival Kamo Lari et commence à fédérer les acteurs sur le territoire.

Quelle est ta fonction?
Je suis la présidente de Gwa Label, une association pour la promotion de la culture urbaine et d’insertion par la culture. En tant qu’artiste Hip Hop (je suis une des premières rappeuses de Guadeloupe, la première qui ait sorti un EP), j’avais beaucoup de difficultés à trouver des réponses à ce que je faisais, à professionnaliser ce que j’aimais. J’avais envie de porter des choses mais je ne trouvais pas d’écoute attentive. Et donc, en 2001,  j’ai créé ma structure.

As-tu grandi ici?
Je suis née en banlieue parisienne dans le 94, mais on est arrivé ici lorsque j’avais une dizaine d’années, donc oui j’ai également grandi ici. J’ai toujours mes premières habitudes de Villeneuve-Saint-Georges mais c’est ici que j’ai fait mes armes, même en Hip Hop.

 

“Il ne fallait pas juste comprendre que nous étions capables de produire… mais également que le Hip Hop était notre force économique.”

 
Villeneuve-Saint-Georges, la ville d’où vient également Mc Solaar.
Oui. Il était régulièrement dans notre maison de quartier avec Bambi Cruz mais j’étais trop jeune pour que ça me marque directement. J’ai toujours aimé lire, écrire, faire que mes écrits aient de l’impact, qu’ils soient directs et qu’ils se fassent bien entendre de manière à produire de l’effet sur les gens. Puis je suis devenue une fan inconditionnelle de Wu Tang, Pete Rock, j’écoutais énormément de Rap, même si je ne sais pas comment c’est arrivé à moi. A Pointe-à-Pitre il y avait un magasin qui vendait des disques de Rap, j’y ai rencontré les artistes de A.E.M. (Artistes En Mouvement) qui avaient une émission sur Radyo Tambou le vendredi soir. Tous les rappeurs et DJ de l’époque y faisaient leurs armes. C’était du freestyle toute la soirée de 20h jusqu’au lendemain matin. Nous avions libre antenne, après le samedi matin c’était Dance Hall et Reggae. C’est là-bas que Moddy Mike a fait ses débuts, c’était mon DJ à l’époque. Lorsque j’ai écrit mon premier texte, en 1995/96, j’avais 15/16 ans, j’y suis allé, j’étais la seule fille et pendant des années je le suis restée d’ailleurs. Je me suis fait “clashée”, j’ai montré que je répondais et c’était parti. Je suis une vraie enfant du Hip Hop. Je continue de m’amuser, de poster des sons sur Souncloud mais j’ai bien compris quel était mon rôle. Je suis quelqu’un qui porte beaucoup, cela ne me dérange pas de rester dans l’ombre. J’ai constaté par moi-même ce que le Hip Hop avait  apporté à ma vie, écrire du Rap, être moi-même et de la même façon pour tous ceux que je voyais évoluer dans ce milieu. Je ne pouvais pas être la seule que le Hip Hop avait sauvée, si cela avait marché pour moi, c’est qu’en créant des projets on pouvait en sauver d’autres. L’association est née dans ma tête. J’ai participé à beaucoup de formation, à l’IRMA, en 2002 j’ai travaillé au Printemps de Bourges, j’ai obtenu une licence en gestion de projet culturel… J’ai créé des ateliers d’écriture Hip Hop et Slam en milieu scolaire où les enfants ont des difficultés avec le français, pour créer une alternative. Ils n’aiment pas Victor Hugo mais ils aiment Booba, que l’on apprécie ou non ses écrits, c’est différent mais c’est un auteur comme Kery James. Si tu es capable d’improviser un texte, tu seras également en mesure de répondre et d’argumenter dans ton quotidien.
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Comment t’est venue l’idée de te présenter au Talent des Cités?
L’association Gwa Label est née en 2001 et le projet Kamo Lari (prendre des nouvelles) existe depuis 2004, mais il fallait qu’il murisse encore, comme un bon vin. C’est en 2008 que j’ai considéré qu’il avait du sens et il a donc obtenu le Talent des Cités catégorie Emergence en novembre 2008. Juste après, il y a eu les grèves en Guadeloupe et donc d’autres choses à reconstruire après ces évènements; nous avons d’ailleurs mis à profit nos compétences avec l’association afin de démontrer nos capacités à créer des projets innovants, contribuer à l’épanouissement d’enfants dans les écoles. Et ce n’est que l’année dernière que je me suis sentie prête et les gens me semblaient plus réceptifs. L’Etat également, ne serait-ce qu’au niveau des ministères, ce n’est que depuis cette année qu’il y a un centre culturel Hip Hop à Paris. Il ne fallait pas juste comprendre que nous étions capables de produire des choses, mais également que le Hip Hop était notre force économique. De ceux que je voyais à l’époque dans le Hip Hop, certains sont enseignants, comme Steve Gadet A.K.A. Fola, le parrain de cette première édition de Kamo Lari, aujourd’hui Maitre de conférences à l’Université de Martinique. Lorsqu’il fait ses cours, il parle de ses expériences dans le Hip Hop. Ce n’est pas une influence néfaste, très peu prennent conscience du travail effectué par ce type de personnes car ils n’ont aucun recul sur ces situations, ils ignorent que toutes ces personnes ont travaillé comme des acharnées pour en être là aujourd’hui.

La première édition du festival “Kamo Lari” a eu lieu les 25, 26 et 27 juin dernier. Quel bilan en dresses-tu?
Nous avons accueilli environ 400 personnes enregistrées, sans compter les exposants et leur entourage. Ce qui peut paraître dérisoire mais pour une édition béta, c’est un bon chiffre. C’est tout de même un salon de la Culture urbaine, qui je pense à déjà bloqué beaucoup de personnes qui ne pensaient pas avoir leur place de par cette dénomination. Nous avons réuni des associations telles que Kolimel, Destination Réussite (dont Krys est le créateur et président), des maisons de productions, des marques comme WHP, Stay Fly, des réalisateurs, des sites comme Lokal vidéo, des sports urbains avec le Freebord, la Slackline, le Street Workout. Tous ces gens sont donc venus présenter leurs activités, et faire voir qu’il faudra compter avec eux désormais. Et ils ne représentent même pas la moitié des personnes de ce type sur le territoire. Mais encore une fois, c’était la version une, il fallait poser une première pierre à l’édifice. En dehors des visiteurs, les exposants entre eux ont créé des liens pour élaborer des projets communs. Les 18/35 ans peuvent bénéficier d’aides en termes de mobilité vers le Québec, Montréal et même au-delà dans le monde. Il y a des possibilités, il faut juste les déclencher. Il n’y a plus d’obstacles, tout est dans la création. Nous nous projetons déjà dans la deuxième édition…Car maintenant Kamo Lari sera un rendez-vous annuel.

GWA LABEL
Facebook officiel:  Gwa Label
Tel : 06.90.540.661
E-mail: gwalabel@gmail.com

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