Hélène Valenzuela utilise son objectif pour conserver la Mémoire des anciens. A travers ses portraits en noir et blanc, elle expose l’histoire  des anonymes.

Quand as-tu décidé de faire de la photographie ton métier?
La photographie a tout de suite été envisagée comme un moyen de faire savoir, montrer, dénoncer et non comme un loisir. Mes premiers clichés ont été pris en maison de retraite, je voulais témoigner de cette vie parallèle qu’ont nos aînés dans notre société. J’avais 20 ans. Cela m’a pris du temps de me professionnaliser. Je suis autodidacte et le parcours se fait par expériences successives, il faut faire ses preuves. Les diplômes délivrent un passeport qui ouvre des portes.

Tu réalises surtout des portraits, la plupart de temps de personnes lambda, est-ce ta façon de parler de ceux qui restent souvent dans l’oubli?
Les anonymes, les “monsieurs tout le monde” m’intéressent. C’est eux qui racontent la vraie vie, celle de tous les jours avec ses joies et ses peines. Rendre visible les gens invisibles, cela me plaît. Garder une trace, partager, transmettre aux jeunes générations, j’aime à dire que le photographe a un rôle de “passeur de message”.

 

“La photographie doit se suffire à elle-même sans trucage.”

 

Le noir et blanc de tes clichés leur donne un côte “rétro”, t’arrive-t-il d’utiliser aussi la couleur et qu’est-ce qui motive ce choix?
Le noir et blanc va à l’essentiel. C’est primordial de ne pas se perdre. J’ai commencé la photographie en argentique, en noir et blanc. C’est une démarche qui m’est restée malgré l’évolution de la technologie. Parfois, la couleur s’impose, mais il faut qu’elle ait du sens. Cette question de choix se fait aussi en amont, en fonction du sujet. C’est très suggestif, c’est une histoire de ressenti.

 
Tu as récemment exposé au Mémorial ACTe dans le cadre de “Darboussier au cœur des Migrations”, une série de portraits et de vidéos. Comment as-tu procédé pour tes recherches?
Cela a été un long travail de recherche. J’ai commencé en 2012. J’ai utilisé les médias: journaux, télé, radio. Mais aussi l’affichage dans les lieux publics et le bouche à oreille. Les uns m’ont recommandé aux autres. C’est plus simple pour établir une relation de confiance, c’est primordial. Car les gens se livrent, se mettent à nu. J’ai aussi utilisé la vidéo afin d’immortaliser leur témoignage. Chacun pourra les consulter à la Médiathèque du Mémorail ACTe. Darboussier est un pan important de l’histoire des Guadeloupéens, il ne faut pas que cette Mémoire sombre dans l’oubli. C’est la connaissance de cet héritage qui nous permet d’aller plus loin, de nous dépasser, que l’on soit en Guadeloupe ou partout dans le monde.

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Le numérique a considérablement fait évoluer la photographie, retouches-tu tes images à l’aide d’un logiciel?
Tous les grands changements apportent quelques avantages, et il faut en contourner les inconvénients.  Après quelques résistances, je m’y suis mise aussi. J’utilise les logiciels de retouche comme un agrandisseur, comme en argentique. Je mets juste en valeur l’image pour lui donner toute sa dimension: lumière, contraste… La photographie doit se suffire à elle même sans trucage.

La photographie se vend-elle aussi bien que la peinture?
Le marché de la photographie est encore tout nouveau, surtout en Guadeloupe. Pour ma part, je ne cherche pas à vendre mes photographies comme pourraient le faire les peintres, à l’unité. Je vends des projets, des expositions, financés par des institutions, des partenaires. Mon travail photographique est aussi representé au Kreol West Indies. Les sources de revenu dans la photographie sont diverses et variées, chacun peu y trouver une place spécifique, bien que le marché soit étroit. Il faut y croire.

HÉLÈNE VALENZUELA
www.helenevalenzuela.com

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