Artiste peintre, fondateur du mouvement Akiyo, Joël Nankin traduit dans ses œuvres les drames de l’humanité. Un travail indissociable de son héritage familial et de ses convictions politiques.

De quoi t’es tu nourri pour forger ton identité artistique?
Je pense qu’on ne forge pas une identité artistique, on est dans une culture, on la vit, je n’ai pas eu l’impression de forger quoi que soit. J’ai fait des choses, j’étais à ma place, c’est tout à fait pour moi dans le droit fil d’où je viens, de ma position sociale et familiale depuis plusieurs générations.

 
Tu es l’un des fondateurs d’Akiyo, c’était un projet aussi bien culturel que politique?
J’en suis effectivement l’initiateur. Akiyo est né d’une nécessité culturelle, politique et sociale. Il faut replacer sa naissance dans son contexte, ce que l’on vit aujourd’hui culturellement, cette explosion de culture et de revendications identitaires, que tout le monde veut s’approprier, il fallait bien commencer. Akiyo a vraiment marqué une évolution culturelle en Guadeloupe. Cela a changé beaucoup de choses, en premier lieu le regard que nous portons sur nous-mêmes.

 

“… nous sommes vraiment très loin de nous-mêmes.”

 

 

Tu as commencé à peindre en prison, qu’elles ont été tes premières créations, avec quels supports et matériaux?
Quand j’ai commencé à crayonner vraiment, je n’avais pas le matériel nécessaire et j’étais complètement néophyte en la matière. J’avais un voisin de cellule qui faisait des portraits, je lui ai demandé de faire le portrait de ma fille. Quand j’ai vu ce portrait réalisé au crayon sur une feuille A4, pour m’amuser, j’ai voulu en faire un moi-même et je l’ai envoyé à ma fille. Cela a surpris tout le monde et j’ai continué. Faire cela en prison, c’était occuper l’espace temps mais aussi un espace de liberté. Je n’avais pas l’ambition de devenir peintre, cela s’est forgé au fil des années et des rencontres.

Récemment tu as exposé avec l’artiste Stan, un peintre dont l’univers visuel semble différent du tien au premier abord, qu’est-ce qui vous a réuni dans ce travail?
Heureusement qu’il est différent du mien! C’est ce qui fait justement la liberté et la richesse de la peinture. Stan a une façon de vivre et ressentir les choses, une technique aussi, qui ne sont pas forcément les miennes. Nous vivons dans un même lieu géographique, Stan est quelqu’un qui a été élevé ici mais qui n’ y est pas né. Cela m’intéressait de regarder et de confronter le regard qu’il porte sur la culture qu’il a adoptée, la culture guadeloupéenne. J’avais la chance, avant d’exposer avec lui, d’avoir fait l’acquisition de deux de ses toiles, donc je vis dans ma maison avec deux de ses œuvres.

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L’art t’a amené à voyager et rencontrer des personnalités très diverses, tu connais par exemple le graffeur Noé Two… L’art est une grande famille?
Lorsqu’on est artiste, on est amené à échanger et rencontrer d’autres personnes; il y en a certains qu’on retient, les personnes qui restent sont celles avec lesquelles j’ai passé de bon moments. Noé par exemple c’est quelqu’un que j’ai rencontré et avec lequel j’ai échangé sans paroles, on a travaillé ensemble sans avoir à se parler. On n’est riche que des autres.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la société guadeloupéenne? Comment définirais-tu ton rôle en son sein?
La société guadeloupéenne est le résultat des politiques menées, qui nous mènent à une société sans réflexion, de consommation et de crédit. On se perd dans les choses futiles. Je ne suis pas étonné de cette évolution, mais nous sommes vraiment très loin de nous-mêmes. Je ne m’attribue aucun rôle. Je ne cherche pas à faire du prosélytisme, je ne suis pas utopiste non plus au point de croire que d’un simple coup de baguette magique les choses vont changer.

 

JOËL NANKIN
Facebook: Joel Nankin
Contact : 06.90.65.19.73

 

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