Musée, boutique et galerie d’art, le K.W.I. vient d’ouvrir son deuxième centre à la Pointe des Châteaux.  Une collection unique d’objets qui témoignent de la richesse culturelle de notre île mais aussi de ses liens avec le reste du monde.

Comment est né le Kréole West Indies?
Le premier a ouvert  à Marie-Galante, j’ai créé la marque pour différentes îles mais c’est à Marie Galante que j’exerçais mon premier métier qui est le management d’hôtels. Cela faisait quinze ans que j’essayais de mettre en oeuvre ma collection et que j’échouais.  L’idée qui a fait décoller le concept c’est le logo Marie Galante Kréole West Indies qui a été adopté par les habitants et les touristes et qui a connu un véritable succès. Il fallait que je crée un nom et j’ai pensé à Germain Céssé, un jazzman qui avait créé le mouvement Kréole Jazz. Les initiales KWI sonnaient comme le mot d’origine arawak  (le coui=récipient formé par une demi-calebasse). J’ai dessiné trois îles qui correspondent à la Guadeloupe, la Martinique,  Saint-Martin et Saint-Barth. Le K.W.I. est devenu au fur et à mesure un point d’intérêt touristique incontournable.

Comment vous-êtes vous intéressé au patrimoine guadeloupéen?
J’ai vécu toute mon enfance en Afrique puis j’ai fini mes études en France et en Suisse, mais je n’ai pas aimé l’Europe et j’ai voulu repartir vers le soleil. Mon oncle et ma tante vivaient ici, je suis arrivé chez eux et il y avait de vieux objets partout, des pipes, des hublots, on aurait dit le repaire de Rakham le Rouge! Lors de ma première plongée j’ai eu la chance de trouver une bouteille du XVII° siècle et c’était parti pour 20 ans de recherches.
10952303_1017168264964317_4142637267529652722_n
Il existe différents musées en Guadeloupe, mais vous êtes le seul à exposer une collection qui englobe toute la période historique de l’île, depuis les Amérindiens jusqu’au XX° siècle. Quel est l’intérêt de cette démarche? Bénéficiez-vous de subventions?
Le problème c’est qu’on arrive en fin de programme, il semblerait que je sois éligible sur le prochain programme mais c’est maintenant que j’en avais besoin, pour pouvoir me lancer, communiquer.  J’aurais voulu avoir de vrais vitrines de musée par exemple. Nous sommes les seuls dans les Antilles (j’ai écumé de Trinidad jusqu’aux îles Vierges, donc je connais bien le circuit muséographique) à être capables de remonter depuis -1000 jusqu’à 2000. A l’origine, c’est une vraie passion et un rêve, que j’avais envie de partager.

 
A travers cette exposition, on découvre que la Guadeloupe est  un véritable carrefour de civilisations, était-ce le but de votre travail?
La Guadeloupe, c’est un melting-pot fantastique avec des communautés qui ont des histoires différentes, liées à l’esclavage mais pas uniquement. Je parle de toutes les communautés sans exception, Amérindiens, Européens, Africains, Indiens, Syro-Lybanais, Juifs… Le jour où toutes ces communautés comprendront que c’est notre patrimoine commun je pense qu’on aura fait un grand pas! On ne peut pas détacher un pan de l’histoire quel qu’il soit sans perdre d’informations. C’est aussi une question de tolérance. Ayant vécu pas loin de trente ans aux Antilles je revendique mon antillanité, quel beau peuple et quel bel accueil car ici le racisme est vraiment minoritaire. Ceux qui arrivent par exemple aujourd’hui de Syrie, un pays en guerre,  parlent très vite le créole.
20150104_162919
Le futur mémorial de l’esclavage devrait ouvrir ses portes  en Guadeloupe, quel est votre  avis sur ce projet?
Ce sera une vitrine monumentale pour l’histoire et l’art caribéen, même si je suis un peu effaré par les sommes annoncées. Il ne faut pas que ce soit surdimensionné, mais si cela est bien fait cela peut être magique pour la Guadeloupe. Je pense au Guggenheim de Bilbao par exemple qui a coûté des millions mais a permis de redynamiser cette ancienne ville industrielle. Mais il faut faire attention car ici nous sommes sur une île et pas sur un continent. Je pense qu’il ne faut pas rester figé sur l’esclavage mais ouvrir la réflexion, le situer dans une histoire plus globale.

Comment des objets aussi précieux (je pense par exemple aux fers d’entrave que vous exposez) peuvent-ils arriver dans les mains d’un collectionneur?
Il suffit de chercher. En Martinique, j’ai vu des chaînes entières traîner dans la végétation auprès d’anciennes habitations. C’était pareil en France, il y  a vingt ou trente ans,  les gens ne se rendaient pas compte de la valeur de ces objets. J’ai fait beaucoup de récupération à cette époque. On pouvait trouver sur des décharges sauvages des objets uniques comme cette pierre à kako que j’ai rapporté. Aujourd’hui il y a une prise de conscience de cette histoire et de son importance.

Quelle est votre rôle auprès des artistes?
Nous sommes un espace de promotion des arts et du patrimoine, pour les arts c’est aussi de la diffusion car nous vendons des œuvres, un peu comme une galerie permanente, ce n’est pas facile de vivre de son art. Dans une future salle il y aura un espace d’exposition ponctuelle, on changera d’artiste tous les trois mois environ. Cela peut être de l’art abstrait ou figuratif du moment où il y a de la qualité. Actuellement, nous exposons des œuvres de Félie-Line Lucol, Auré Gruet, Line, Vava, Valérie Donadini, François Piquet, Jean-Marc Hunt, Therry Alet, Hébert Edau, Bouba, Jean-Marie Héraud… Ce sont tous des gens qui ont du talent et qui ont leur spécialité. Félie-Line Lucol par exemple préside le collectif Rip’art, qui travaille à base de matériaux recyclés, François Piquet est sculpteur mais a aussi “tagué” les cases créoles avec ses personnages…
20141230_072300
Pour une petite île il y a beaucoup d’artistes dont certains commencent à avoir une renommée internationale, comment l’expliquez-vous?
Il y a eu l’immense artiste qu’a été Basquiat, le premier Noir reconnu comme un grand maître à l’égal de Picasso. Pour moi il a suscité des vocations, tous les artistes caribéens revendiquent cette influence, comme par exemple Hunt, dans son travail cela est très visible.

Vous développez également une marque avec des matériaux recyclés?
Il y a des sacs en matériaux recyclés, à partir d’anciennes voiles de bateaux, que nous produisons mais aussi exportons.  Nous sommes très fiers car à part le rhum ce doit être un des rares produits de Marie-galante à être exporté.  Il y a aussi des sacs multi matériaux (combinaisons néoprènes, canots de survie, Kite-surf…),  fabriqués dans le cadre de chantiers de réinsertion, dans différents ports de France et que nous vendons pour ces associations à but non lucratif. Notre marge n’est pas énorme mais on en vend beaucoup et cela correspond à notre éthique.

Vous vendez aussi des produits «humanitaires » dont vous reversez une grande partie des bénéfices.
L’association Terre d’Azur est une association humanitaire qui œuvre en Afrique de l’Ouest, nous travaillons avec eux depuis trois ans et nous avons un rayon spécialisé avec des parfums, de l’artisanat haut de gamme togolais, des bijoux ethniques… Nous reversons 70% de ce qui est vendu à l’association.
LOGO GPE JPEG
Quels sont vos objectifs?
Mon premier objectif est de devenir un point d’intérêt majeur du tourisme culturel, aussi bien international que régional ou local. Le deuxième, c’est de mettre en avant des artistes. Haïti a eu de grands maîtres comme Stevenson Lagloire ou André Pierre qui ont révolutionné l’art pictural. J’essaie de créer un pont avec les artistes actuels.  Gisèle Pineau vient faire des dédicaces dans notre centre de Marie-Galante à chaque fois qu’elle sort un livre; Jean Marc Hunt a récupéré des kilos d’argenterie que j’avais gardé, il va faire un lustre qui sera exposé ici. L’idée est de disposer de pièces uniques qui feront de ce lieu un grand centre artistique.

Te considères-tu toi-même comme un artiste?
Non, j’ai surtout un don pour la scénographie. Je n’aime pas les choses figées et classiques, j’apprécie le mélange des genres, un peu comme l’est la société antillaise.

K.W.I.
www.kreolwestindies.com
Contact : 05.90.244.192
E-mail : kreolwestindies@gmail.com

Partager cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.