Cette association a été créée en 2007 avec pour ambition de faire se rencontrer des cultures et des publics très diversifiés. En Outre-mer et au-delà, créations artistiques et ateliers pédagogiques délivrent un message d’harmonie entre individus et sociétés.

Dans votre dernier spectacle, Antipodes, vous mêlez danse et arts du cirque ainsi que plusieurs cultures au sein d’un même projet. C’est le fondement même de votre association qui s’appelle Metis’gwa. Quelles ont été les difficultés pour lui donner jour?
De par son nom, Antipodes démontre la complexité du projet: faire se rencontrer plusieurs pratiques artistiques n’est pas chose aisée puisque chaque discipline doit, à la fois, trouver sa place et évoluer avec d’autres dans un espace d’expression commun. Il en est de même pour les artistes interprètes de cette pièce qui se greffent au fil du projet car de par son concept, il s’agit d’abord d’une rencontre humaine, un temps collectif où la différence culturelle s’apprivoise. C’est par la découverte et la compréhension, que naît l’harmonie dans ce mélange des cultures. Le projet artistique de Métis’gwa vise à innover en promouvant le dialogue entre les danses (hip-hop, contemporaines et traditionnelles), fortement présentes sur nos territoires avec d’autres pratiques artistiques plus éloignées tels que les arts du cirque. Un cirque qui croise danses, rythmes, tradition, cultures et écritures d’aujourd’hui. Pour la réalisation de ce projet novateur, Métis’Gwa s’est allié au Plus Petit Cirque du Monde (Bagneux), reconnu pour son organisation atypique dans le paysage culturel français. La plus grande difficulté a été de concevoir un projet “hors normes”, qui séduise un public peu ou pas familier, et en même temps, d’insuffler une dynamique de création de qualité avec un équilibre entre les pratiques et le lien tradition/modernité. Le projet Antipodes évolue depuis près de cinq ans grâce à la performance et à l’esprit d’échange d’artistes, de metteurs en scène et de chorégraphes professionnels qui doivent s’adapter aux espaces et publics divers.

 

“Antipodes est surtout un message de la diversité possible dans la relation humaine…”

 

Le public réagit aux prouesses techniques, mais derrière les performances, il y a aussi un message. Comment définiriez-vous celui que vous véhiculez à travers ce spectacle?
Antipodes est surtout un message, celui de la prise de conscience de soi et des autres, de la diversité possible dans la relation humaine et de l’espoir du “vivre ensemble” avec la reconnaissance de son identité et de sa culture. C’est aussi une volonté de favoriser les rencontres entre artistes et citoyens, d’inventer des espaces scéniques et éphémères. En proposant un spectacle d’une grande exigence artistique associé à des thématiques citoyennes, l’association souhaite contribuer à l’élaboration de rapports nouveaux entre la création artistique et la société. Les publics rencontrés jusqu’à présent sont sensibles à cette nouvelle forme artistique et ses messages; leur témoignage à l’issue du spectacle est toujours aussi empreint d’émotion et de vertige: enfants, parents, seniors… artistes ou non, tous repartent avec une nouvelle étincelle dans les yeux ou dans le cœur.

Votre mission comporte également un volet pédagogique, en proposant des ateliers auprès des scolaires, des personnes âgées… ce qui demande des compétences autres qu’artistiques. Comment apprend-on à approcher un public si divers?
Métis’Gwa approche aussi la culture par la transmission auprès d’un large public: scolaire, en situation d’handicap, en zone prioritaire, en milieu carcéral ou âgé… Les ateliers artistiques sont menés par des intervenants formés aux méthodes pédagogiques empruntées au cirque social. Ces formations leur sont proposées par l’association et ses partenaires, sur le territoire ou en Europe. Il s’agit de s’approprier de véritable outils d’enseignement qui permettent d’approcher, de sensibiliser et de faire évoluer un public qui doit prendre ou reprendre conscience de ses capacités physiques et comportementales. Le cirque social est une approche d’intervention sociale novatrice née dans les années 80 et qui utilise le cirque comme un outil d’inclusion. Métis’gwa est membre du réseau international CARAVAN qui regroupe 22 écoles et organisations de cirque et de jeunesse, venant d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique. Son objectif est de promouvoir les pratiques de cirque dans l’éducation des jeunes dans le monde entier et de favoriser leur développement, par des actions concrètes telles que les échanges de jeunes et la formation des formateurs. Métis’Gwa échange sur ces méthodes pédagogiques et les intègrent dans ses propres pratiques artistiques. Aujourd’hui, son équipe est constituée de six intervenants en danses contemporaine, traditionnelle, urbaine et en pratiques acrobatiques.

 

“Metis’Gwa se veut acteur de la transformation de son territoire, utilisant le cirque comme un moyen pour créer du lien social.”

 

 

Votre association a donc une vocation populaire, et alors que l’art et la danse viennent souvent de la rue, ils sont souvent jugés trop élitistes. Comment expliquez-vous ce paradoxe?
La volonté de créer des oeuvres culturelles de qualité, la nécessité pour l’artiste de vivre de son métier, le besoin de se produire sur des espaces scéniques professionnels, la notoriété que cela procure sont autant d’arguments qui amènent l’artiste à aller vers les espaces culturels professionnels. Mais pour le public, franchir l’entrée de ces “sanctuaires” que sont pour certains les scènes nationales, les théâtres, les musées, n’est pas aisé pour tout le monde. Même la gratuité n’y suffit pas toujours. Métis’Gwa se veut acteur de la transformation sociale de son territoire, utilisant le cirque comme un moyen pour créer du lien social. Ses projets artistiques visent à expérimenter et tester de nouvelles formes d’écriture et de nouveaux rapports avec le public. Métis’Gwa va multiplier sa participation dans des séminaires, colloques etc, réalisés au sein de son réseau international ou à l’extérieur afin de réfléchir sur ces questions d’interaction avec son territoire et de s’enrichir des expériences et réflexions menées.

Y a-t-il des rencontres qui vous ont laissé un souvenir particulier, ou qui vous ont conforté dans l’idée que vos actions sont “d’utilité publique”?
La rencontre entre nos artistes danse et cirque et Bachar Mar-Khalifé, chanteur multi-instrumentiste franco-libanais. Une rencontre inédite. Imaginez un pianiste dans un chapiteau de 28 mètres de haut, au centre d’une piste de 13 mètres de diamètre, jouant une mélodie aux notes limpides et parfois aux cordes grattées ou tapées, accompagné par la mouvance de nos artistes d’Antipodes: danse et cirque, un final où tous évoluent avec des pas de Gwo Ka et en toile de fond un trampoliniste dansant dans les airs et marchant sur un mur à la verticale!!! Une salle débordante, un standing ovation et des rappels à répétition… Ce fut magique, envoutant et une rencontre culturelle avec en point d’orgue la connaissance et la reconnaissance de nos îles.

Quels seront les prochains événements où vous serez présents?
Fin 2017, la compagnie, se prépare pour la Guyane, une diffusion d’Antipodes, Passeport Caraïbe Amazonie, pièce pour dix interprètes, suivie d’une tournée de forme plus légère dans les petites Antilles en Mars 2018. Il y aura la Jamaïque pour un temps de rencontre avec les équipes d’Edna Manley College. A la Réunion, un danseur Guadeloupéen participera à l’évènement Circonvergence, rencontre des arts du cirque et du mouvement acrobatique qui se déroule au Séchoir, scène conventionnée. En parallèle de la création artistique, Métis’gwa considérant les ateliers pédagogiques comme vecteur de médiation sociale, saisit l’occasion d’événements populaires et ainsi l’opportunité de faire connaître concrètement ses actions de proximité: un groupe de vingt jeunes issus de zones prioritaires présentera un premier rendu de leur travail, au terme de quelques mois d’atelier Hip Hop animé par l’un de nos intervenants danseur et chorégraphe. Il est important de souligner que ces ateliers ont pu être mis en place grâce au partenariat du SEPSI de Baie-Mahault, du relais territorial de Carénage des Abymes et du Collège Front de Mer à Pointe à Pitre.

De nouveaux défis que vous souhaiteriez relever?
Aujourd’hui, il s’agit de s’appuyer sur un partenariat avec des structures professionnelles, pour monter des actions à l’échelle de la Caraïbe et l’Amazonie via un programme Interreg. Et localement, développer un projet de territoire, inspiré du volet création internationale, pour y mener un travail de laboratoire quotidien.

METIS’GWA
Site Officiel: metisgwa.com

Facebook: METIS’GWA

Texte: Cee Bee

 

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