Le Comité Trail Guadeloupe, présidé par Frédéric Neulet, œuvre au développement de cette activité tout en veillant à la sécurité des coureurs, pour leur assurer un plaisir des plus intenses.

Vous présidez le Comité Trail de Guadeloupe, quelles sont ses missions?
Le comité a pour mission la promotion et le développement du trail en Guadeloupe. Nous nous réunissons tous les deux mois pour faire un bilan de chaque trail et un point sur les suivants. Une charte de l’organisateur a été mise en place pour tenter d’arriver à une uniformité dans l’organisation (qualité du balisage, des parcours, des points de ravitaillement, sécurité…) Chaque organisateur reste maître de son organisation et nous avons plus un rôle de conseils, d’expertise.
Le trail est avant tout un sport de nature, pratiqué dans un environnement sauvage (littoral, forêt, montagne), le plaisir est-il la motivation première?
Même si la course occulte parfois la contemplation, les traileurs sont très sensibles à l’environnement et à la découverte de nouveaux coins que les passionnés que sont les organisateurs se font un plaisir de partager. Souvent issus d’horizons sportifs différents (marcheurs, grimpeurs, canyoneurs…), les traileurs ont presque tous en commun l’amour de la nature. Aujourd’hui on pratique le trail, demain ce sera peut-être l’escalade ou le kite surf. Le trail est un moyen mais le support demeure la nature. Quant au plaisir, tout est relatif et tout dépend de son niveau d’entrainement. On en bave parfois, pour ne pas dire souvent, mais une des spécificités des sports de plein air demeure dans la satisfaction qu’on a à l’avoir fait. Pendant c’est plus ou moins dur mais au final, la satisfaction d’avoir terminé l’emporte et l’arrivée demeure un moment toujours très convivial. Les premiers sont souvent encore là à l’arrivée du dernier et les organisateurs font un véritable effort pour encore améliorer ce moment. Sur les ultras, ce dilemme entre effort et plaisir est encore plus intense. On atteint ses limites, on les dépasse parfois, on passe par des moments de détresse physique et mentale extrêmes et pourtant à l’arrivée, on se retrouve dans un état unique, un mélange de pleurs et de joie où l’on mesure enfin toute l’énergie qu’il a fallu déployer, tous les sacrifices qu’il a fallu faire à l’entrainement. C’est un moment de partage unique avec d’inconnus compagnons d’infortune, avec des bénévoles qui d’un simple sourire sont capables de nous faire poursuivre le voyage alors que le physique n’y est plus depuis longtemps.

 

“On passe par des moments de détresse physique et mentale extrêmes et pourtant à l’arrivée, on se retrouve dans un état unique…”

 

 

Quelles sont les courses qui se déroulent dans l’archipel guadeloupéen?
Pour chaque trail du challenge, deux courses de format différent sont organisées: un petit parcours (8 à 15 km et 100 à 600 mètres de dénivelé) et un grand parcours (15 à 31 km pour 200 à 1500 mètres de dénivelé. Au niveau fédéral, les distances officielles sont supérieures mais ne correspondent pas en termes de durée à la particularité de notre terrain de pratique (racines, boue, très fortes pentes…) A ceci, il faut ajouter les courses plus longues comme le Volcano Trail (65 kms et 3500m D+) et ce qu’on appelle des ultras comme la Transkarukera et les T.N.B.T (Traces Nord Basse-Terre, NDLR) qui avoisinent les 150 km et 10000 m D+. Plus une course à étapes sur environ une semaine que constitue le Gwadarun.


Il n’y a pas d’autre prix que des récompenses symboliques lors d’un trail, pourquoi?
C’est encore l’une des particularités du trail, rien à gagner sinon une récompense honorifique, un tee-shirt, une médaille…et le plaisir d’être finisher. Le trail prône l’entraide, c’est même une obligation de prêter assistance à un coureur en difficulté. A l’arrivée, les coureurs finissent main dans la main même parfois pour une place sur le podium sachant qu’ils ne seront pourtant pas classés ex-aequo. En serait-il de même si il y avait des lots importants ou des primes de courses comme sur les nombreuses courses sur route? Il faut rester vigilant.

 

“Le trail prône l’entraide, c’est même une obligation de prêter assistance à un coureur en difficulté.”

 

Quelles sont les contraintes que l’activité impose?
Les contraintes inhérentes à la pratique du trail sont nombreuses et il faut y rajouter celles liées aux traces de Guadeloupe. D’un point de vue général, la fédération nous impose des contraintes en terme d’âge (18 ans, alors que de nombreux mineurs manifestent l’envie de participer). Certaines associations organisent donc des trails “ti moun” mais sans classement ni temps à l’arrivée. Il faut aussi prévoir les secours à l’arrivée ou sur le parcours. Logiquement, un coureur devrait être à moins de 30 minutes d’un point de secours mais c’est difficilement réalisable pour les trails longs. Organiser un trail demande donc en amont la validation d’un dossier (demande d’autorisation au Parc, à l’ONF, aux privés, éventuellement au Préfet si cela passe par une portion de route) et le jour J nécessite beaucoup de monde pour assurer les points de ravitaillement et de contrôles. Depuis l’an dernier, un effort particulier a été fait sur le contrôle du matériel de sécurité obligatoire (réserve d’eau, couverture de survie, sifflet, téléphone portable). Les gens doivent comprendre que ce matériel peut un jour leur sauver la vie mais qu’effectivement, ils le porteront heureusement pour rien la plupart du temps. Les accidents sont rares (quelques entorses mais finalement assez peu quand on voit la difficulté technique du terrain), mais on a malheureusement eu à déplorer la mort d’un coureur en course suite à un coup de chaud. La chaleur et l’humidité ambiante sont deux grandes particularités du trail en Guadeloupe qu’il ne faut pas négliger et surtout lors de la reprise qui doit être progressive lors d’un retour de métropole (pas loin de trois semaines avant une adaptation durable à l’effort). La dernière donnée dont il faut tenir compte est la montée en crue des rivières éventuellement traversées, qu’il faudra prévoir par un équipement préalable avec des cordes et si nécessaire, un parcours de secours ou tout simplement l’annulation par très fortes pluies.

Dissocie-t-on les résultats des hommes et des femmes lors d’un trail?
Oui, on a cependant des femmes qui sont aujourd’hui capables de terminer dans les dix premiers et plus les distances augmentent, moins les qualités de force sont prépondérantes et plus elles performent. On devrait assister rapidement à des podiums féminins sur certains ultras où les qualités d’endurance et de mental des femmes seront déterminantes.

Existe-t-il une section handisport dans le trail?
Pas de section handisport, mais par contre on a quelques rares coureurs handicapés qui nous font l’honneur d’être là.

Le trail est un sport qui amène aussi à voyager, quels sont les sites qui vous ont laissé les plus beaux souvenirs?
Pas facile. Je pourrais parler longuement des calanques de Marseille, mon pays d’adoption. Mais il y a tellement de lieux uniques que ce serait compliqué: l’UTMB (Ultra Trail du Mont-Blanc) sur Chamonix, car j’en connais chaque parcelle et que j’y ai tant de souvenirs; le tour de la Grande Casse, mon premier ultra dans la Vanoise m’a comblé. La Transmartinique demeure époustouflante, le Tchimbé de même. Le grand raid de la Réunion occupe une part importante de chacune de mes nuits mais les trois courses locales (Volcano– Transkarukera et Traces Nord Basse Terre qu’il faudra que je termine un jour) auxquelles j’ai participé m’ont enchanté et me transportent encore. Outre la difficulté et la beauté du terrain, ces trois courses sont le fruit, le bébé de quelques passionnés du trail qui se battent pour que la course ait lieu, pour obtenir les autorisations de pénétrer en cœur de Parc, pour nous faire découvrir leur petit coin de paradis. C’est toujours un plaisir d’en être quand le corps le veut bien.

COMITÉ TRAIL GUADELOUPE
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