Reflet de la dynamique locale, la marque créée par Belinda Bosnet s’est installée dans l’univers sportif guadeloupéen. Une démarche qui  tient compte avant tout des spécificités régionales.

Comment est né BOBOL?
Je suis maman d’un footballeur et je me suis toujours beaucoup investie au sein des clubs sportifs. J’ai souvent pu constater qu’il y avait un réel potentiel car nos enfants n’étaient pas «habillés». Bien sûr, je sais que beaucoup de clubs n’ont pas les moyens financiers mais pour fédérer les équipes dans un club, l’emblème, les couleurs, qui se définissent avec un uniforme, c’est de l’amour que l’on donne au club. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à apporter dans cet univers en Guadeloupe.

Pourquoi avoir choisit ce nom?
En France on dit «crampon», mais tout antillais a dit une fois dans sa vie Bobol. C’est une expression aussi. Quand tu dis «pran Bobol awou ké joué aprè» littéralement ca veut dire que tu n’es pas prêt de rentrer sur le terrain. Il me fallait un nom qui accroche l’Antillais et que ça sonne «lokal». La marque est déposée à l’international et je la décline pour le basket, le rugby, le handball, en remplaçant uniquement le ballon à chaque fois.

 
Il y a le coté esthétique mais aussi le coté «Produit Local»?
Bien sûr, c’est évident. On se dit être une terre de champion et on est habillé à l’étranger sans savoir ce que l’on met. Le taux de chômage en Guadeloupe est considérable et une des forces de Bobol est de créer de l’emploi, d’être un générateur d’avenir. J’y tiens beaucoup parce que je fonctionne avec la réinsertion, je suis en partenariat avec le RSMA et Baimbridge. Parce que j’estime que tout le monde a sa chance et ce processus il faut qu’il reste en Guadeloupe. Cela fait juste un an que nous sommes sur le marché et j’entends déjà parler de délocalisation. Je refuse catégoriquement. Je veux que la confection reste «Made In Guadeloupe».
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Dans quelle mesure êtes-vous autonome sur la production du produit fini, son stockage et sa distribution?
Comme on fait de la personnalisation, chaque club peut avoir sa touche personnalisée et au niveau de la confection, on maitrise. On fait rentrer la matière première, en l’occurrence des matières qui sont choisies spécifiquement pour notre climat. Parce que les grandes marques sont implantées mais n’adaptent pas leur marchandise à la destination. Ici, le climat est humide, on sue beaucoup, tous les sportifs ont remarqué que lorsque l’on achète un tee shirt rouge par exemple il perd de sa luminosité au fur et à mesure des lavages. Bobol propose donc des matières adaptées pour nous qui faisons du sport ici. Et surtout des encres à l’eau, lavables à 40° et ça ne bouge pas. J’insiste beaucoup sur les encres parce que ce n’est pas obligatoirement marqué sur les étiquettes mais elles peuvent contenir des composites chimiques toxiques. Nos matières premières proviennent soit du Maroc, soit de l’Italie parce que j’estime que ce sont les plus gros fournisseurs et que ce sont des personnes qui sauront écouter et s’adapter à nos demandes. Au départ, cela a été très dur de faire venir les matières en Guadeloupe, il fallait installer la confiance mais ils ont vite compris que nous avions un réel besoin. Et aujourd’hui je constate que cela a pris un peu de temps mais je suis fière de dire que beaucoup de clubs sportifs adhèrent au concept de la marque Bobol. Une dynamique de bien-être et de confort. Une production qui est locale et à l’écoute du sportif.

 

“Nous voulons maîtriser l’impression numérique, le tissu, créer des emplois, un réseau économique… ”

 
Le tissus vient donc de l’étranger mais est imprimé ici.
C’est là que Coupé Collé rentre en jeu car ce sont eux qui ont les technicités de cette manipulation et c’est encore différent que de faire un drapeau. Ce n’est pas la même matière, ce ne sont pas les mêmes pertes. Au début je faisais tout toute seule, l’administratif, la coupe, l’assemblage, la livraison. Et depuis un an j’ai une collaboratrice qui est mon bras droit et nous avons parfois quatre ou cinq filles en atelier.

Quelle est l’activité de Coupé Collé?
C’est une entreprise d’évènementiel avec en grande partie du marquage publicitaire. Ils ont développé il y a maintenant dix ans les drapeaux, ceux que l’on voit voler devant les concessionnaires, les magasins, la plupart sont créés, confectionnés chez Coupé Collé. Je suis la fille du responsable de Coupé Collé. Je n’ai fait que transposer ces acquis car pour moi le produit est identique, la seule chose que je ne maitrisais pas c’était la couture. Coupé Collé m’a déjà donné tous les moyens techniques, physiques, financiers, le mental, pour créer la marque Bobol donc je ne pouvais qu’aller de l’avant et j’ai appris la couture.

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Vous allez ouvrir votre premier point de vente, combien avez vous d’employés aujourd’hui et quelles sont les qualifications requises?
Pour ma part je n’ai aucun diplôme. Je suis à la tête de Bobol, du développement de cette activité mais je n’ai aucun diplôme au niveau couture. J’ai appris sur le tas donc si j’ai pu le faire d’autres le peuvent aussi. Nous sommes encore sous la tutelle de Coupé Collé mais nous faisons tout pour être indépendant et être une marque autonome. Nous voulons maitriser l’impression numérique, le tissu, créer des emplois, un réseau économique. Parce que l’objectif c’est de faire de la réinsertion sociale, commencer du tout petit pour aller au plus grand. J’emploie cinq personnes et elles sont toutes diplômées mais polyvalentes. C’est ce que je veux, que chaque personne soit responsable de son poste mais puisse également s’adapter. Parce que dans la chaine de production de Bobol, on commence par le dessin, la création, ensuite maquettiste… Il y a ceux qui développent l’image, via les réseaux sociaux, le site Internet, ceux qui maitrisent les encres, la patronnière… Il existe quinze postes de la conception jusqu’à la vente, mais répartis entre  très peu de personnes, et qui occuperont des postes à responsabilité dans l’avenir. J’ai de grands objectifs pour Bobol à l’export, mais une chose est sûre je ne délocaliserai pas. S’il y a des produits que je ne maîtrise pas, je préfère travailler avec des personnes qui sont ici. Par exemple les chaussettes, je ne les fais pas, à moins d’avoir la chance demain d’avoir 120000€ et d’acheter la machine de tricot.  Si le client a besoin d’un package, avec son accord je ferai appel à une société guadeloupéenne qui travaille avec les grandes marques. Cela permet aussi de démocratiser le marché. Bobol propose également tous les dérivés du supporter, comme le drapeau, le fanion, la chaise, le petit sac à dos, le range bobol, le parasol, bientôt les chapiteaux et également tout ce qui est flocage. On est bien conscient que ce n’est pas tout le monde qui a la capacité de réhabiller tout le club donc ils vont pouvoir encore s’approvisionner chez Décathlon, qui n’est pas un concurrent car nous ne faisons pas du tout la même chose, acheter des maillots à 4€ et venir chez Bobol pour avoir un marquage de qualité et personnalisé, parce qu’il y a beaucoup de marquages qui disparaissent au premier lavage.

 

 

“On s’identifie à travers les codes de son club, en portant son uniforme…sans les clubs, il n’y aurait pas de structures pour les sportifs, pas d’équipementiers.  ”

 

Sur le site vous proposez une tenue enfant à 38€ alors que l’année dernière c’était le double.
J’ai lancé Bobol le 15 juin 2013, et tous les prix ont été fait par moi, c’est à dire une couturière qui n’avait aucune expérience. Donc c’est vrai qu’au début les prix étaient élevés mais je n’avais pas le choix, le prix correspondait parfaitement au temps passé sur le produit. Après un an et demi, Bobol a plus de personnel donc nous sommes à même de réduire certains coûts de production, les machines dans lesquelles nous avions investi sont amorties ce qui nous a permis de racheter une machine spécialement pour le Bobol Nautic. Car maintenant Bobol se lance également dans le nautique vu que nous sommes entourés d’eau. Une gamme avec encore une fois des spécificités adaptées à notre région, protection U.V. 100%, lavable à 40°. Je souhaite décliner la marque au maximum comme pour le cyclisme qui demande encore d’autres spécificités. Nous sommes dans nos nouveaux locaux et bientôt nous pourrons proposer la boutique du supporter. La ligue Guadeloupéenne m’a fait confiance et nous avons abouti à un partenariat qui m’a permis d’habiller les Gwada Boys et me donne le droit de revente avec un fond reversé au club. Nous travaillons à la commande,  en 48H votre produit est sorti et si c’est pour habiller tout un club nous le faisons en quinze jours ouvrables. Quand on passe par de grandes marques,  il faut parfois attendre deux ou trois mois, et on ne sait pas vraiment ce que l’on va avoir à l’arrivée. D’autre part, il y a aussi le S.A.V. (Service Après Vente), car on peut avoir une manche qui s’est déchirée parce qu’on s’est fait tirer le maillot et nous avons toutes les côtes en machines. Pour le même prix il y a le numéro, le logo, le sponsor… Ce que j’aimerais entendre, c’est l’amour du club, l’engouement. Quand on s’engage dans un club on porte tous les mêmes couleurs. Un sport reste toujours collectif, même dans les sports individuels il y a une équipe autour. On s’identifie à travers les codes de son club, en portant son uniforme et c’est le début car sans les clubs, il n’y aurait pas de structures pour les sportifs, pas d’équipementiers.
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Quels sont vos projets?
Nous avons eu l’opportunité d’habiller la sélection haïtienne de Saint-Martin ainsi qu’une école aux Etats-Unis de U13 et U15. Nous sommes partenaires officiels du “Beach Soccer”. Il faut savoir que cette année il y aura une vraie sélection guadeloupéenne. La fédération française a donné son accord à la ligue, cela faisait plus de dix ans qu’ils se battaient pour et ils ont enfin été entendus. Ce concept là existe déjà sur Le Moule, Sainte-Anne ou Port Louis mais avec le partenariat Bobol ce sera l’intégrer sur toutes les plages guadeloupéennes. C’est un gros budget mais il faut le faire car la sélection sera mise en place en début d’année 2015 avec des éducateurs de Beach Soccer et la sélection pour l’équipe guadeloupéenne se fera cet été. Avec le foot sur terrain synthétique aussi, je suis en partenariat avec Mac Donald’s et la ville de Pointe-A-Pitre car c’est un projet qu’il faut installer dans toutes les communes. C’est encore un investissement à long terme qui donnera de l’amusement aux gamins et forcément si on peut le faire pour le football on peut le faire pour les autres disciplines…Nous avons la chance de pouvoir pratiquer des sports d’extérieurs, il faut donc des structures adaptées et ce n’est pas en attendant les aides de l’Etat que l’on s’en sortira.

BOBOL
www.bobol.fr
Contact : 05.90.267.775
E-Mail : contact@bobol.fr

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