Créée en 2011, Dot Soley est engagée dans de nombreux projets pour maintenir une agriculture locale saine, de proximité, respectueuse de l’Homme et de l’environnement  en Guadeloupe.

Quel est le fonctionnement d’une AMAP?
AMAP signifie Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. C’est une entente entre agriculteurs et consommateurs, appelés aussi “consommacteurs”,un système d’autogestion, de confiance et de transparence. Les consommateurs évaluent leurs besoins et les agriculteurs y répondent, en étant payés d’avance pour pallier aux difficultés qu’ils pourraient rencontrer, aux aléas climatiques… Le consommateur sait ce qu’il va manger, il peut venir voir à n’importe quel moment de la production et même apporter son aide (les opérations “koudmen”), poser des questions lors de la distribution des paniers qui a lieu tous les lundis de 18h à 20 h, à La Jaille à la Martingale qui nous prête le lieu. Il s’agit aussi de soutenir le collectif de “paysans sans terres”, car beaucoup n’y ont pas accès bien qu’il existe une quantité de friches en Guadeloupe. Une étude de la DAFF (Direction de L’Alimentation, de  l’Agriculture et de la Forêt) a révélé que 9000 hectares de terres agricoles inexploitées, en friche, appartenant au Département ou à des particuliers n’étaient pas disponibles, ni à la vente ni à la location. Alors que l’on importe une grande partie  de notre alimentation (80 %) et qu’il est actuellement très difficile de s’installer pour un jeune agriculteur. Récemment a été signée en Préfecture une charte partenariale visant à la mise en œuvre de la valorisation des terres agricoles disponibles. On avance.

 

“ Ce que nous mangeons est vraiment pauvre au regard de ce que nous savons faire.”

 
Vous êtes aussi à l’initiative des jardins partagés, quel en est le principe?
Nos deux agriculteurs, Fabrice Eutrope Sylvère  (entreprise Jardiklin) aux Abymes et Didier Boimoreau (Pitaya) à Petit Bourg, mettent à disposition une terre saine et cultivable pour nos adhérents. C’est une approche de l’autonomie alimentaire par un regroupement d’habitants d’un même territoire. Ce sont des familles qui n’ont pas de terrain ou qui ne veulent pas le faire seules. En groupe, on peut s’entraider, c’est plus motivant. C’est le PRALIM (Plan Regional pour l’Alimentation) qui nous aide financièrement et l’entreprise Pommez, pour l’achat de matériel, la construction d’un carbet commun où nous allons entreposer les banques de graines, ranger les outils… Les gens viennent à n’importe quel moment et tous les mercredis il y a un atelier animé par l’agriculteur. Par exemple aujourd’hui, on apprend à réaliser son composteur. C’est un moyen de communiquer, d’échanger nos idées dans la convivialité. Certains ont beaucoup de connaissances et peuvent les transmettre. Les conseils et recettes sont  partagés sur notre site Internet, de même que  toute la documentation que nous trouvons intéressante. Nous animons aussi des ciné-débats une fois par mois sur des thèmes autour de l’agriculture ou qui y sont liés.

L’AMAP répond à des problématiques qui se posent partout, que ce soit en termes d’emploi, d’alimentation, d’économie…
Au niveau local, ce que nous mangeons est vraiment pauvre au regard de ce que nous savons faire. Certaines productions tombent dans l’oubli. Nous travaillons avec les enfants et nous rendons compte qu’ils ne savent pas mettre un nom sur des légumes que leurs grands-parents cultivent pourtant dans leur jardin créole. La patate douce, la malanga, le corossol, le manioc, même la christophine!  Tout comme les plantes médicinales que les anciens savent bien utiliser. C’est pour cela que nous intervenons dans les écoles. Nous venons aménager le sol et donner des cours pour connaître les cycles de culture,  savoir comment nourrir la terre, mettre un système d’arrosage qui soit économique en eau, apprendre à récupérer les graines, à réaliser un composteur…

 

“Faire de l’agriculture saine ou biologique génère trois fois plus d’emplois.”

 
Il y a eu une forme de dénigrement du métier d’agriculteur, puisque ce sont souvent les enfants en échec scolaire qu’on envoie dans ce type de filières.
Pendant longtemps oui, alors qu’au contraire il y a beaucoup de techniques, de connaissances à maîtriser dans ce secteur. Il faut bien connaître la nature, et nous espérons transmettre cela à travers nos jardins pédagogiques. Nous avons déjà des retours de la part d’élèves qui souhaiteraient travailler dans l’environnement, l’agriculture, des filières qui au départ semblaient éloignées de leur univers. Ce sont des enfants qui ont juste besoin qu’on leur présente l’activité. Faire de l’agriculture saine ou biologique plutôt que de la monoculture génère trois fois plus d’emplois, cela demande beaucoup de travail.

 
Comment faîtes-vous connaître ces  projets pédagogiques auprès des écoles?
Ce projet-là a vu le jour parce que le PRALIM, le Plan Régional pour l’Alimentation qui dépend de la DAFF, avait lancé un appel pour l’éducation à l’alimentation et la lutte contre le gaspillage alimentaire. Ils ont financé le projet et nous permettent de nous rendre auprès des écoles. Les équipes pédagogiques sont toujours très intéressées, car nous leur apportons le financement, les connaissances, des animateurs nature, des agriculteurs compétents. L’animateur nature intervient sur environ 20 séances, une fois toutes les deux semaines. Sur notre site Internet, les enfants ont fait un blog qui permet de suivre le projet. Nous ne pouvons malheureusement pas intervenir dans beaucoup d’écoles. Cette année, nous intervenons au collège Rémy Nainsouta de Saint-Claude dans la section SEGPA, les élèves cuisinent avec leurs productions, par exemple avec les plantes aromatiques, ainsi qu’à l’école maternelle Montessori de Gosier. L’année prochaine, nous projetons d’intervenir sur une école à Petit-Bourg et deux au Lamentin. Le but est aussi d’éduquer au goût, avec la participation d’une nutritionniste. Souvent, les enfants répugnent un peu à manger des légumes, leur apprendre à les cuisiner change aussi ce rapport. Ils découvrent que c’est à leur portée. C’est aussi un plaisir sensoriel et celui de faire les choses par soi-même.

DOT SOLEY
Site officiel: www.dotsoley.asso.gp 
Contact: 06 90 65 97 85

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