Ingénieur chimiste spécialisé en sucrerie, Jacques Lepoigneur a su coupler son experience aux richesses locales pour donner à son enseigne toute sa légitimité et s’ouvrir sur le monde.

Quel est ton parcours professionnel?
J’ai 35 années de service en sucrerie et distillerie, je gère l’organisation de tout ce qui est optimisation d’entreprise agroalimentaire (dans le processus). J’ai travaillé sur Paris, en Afrique, pour le démarrage des raffineries. Quand je suis arrivé en Guadeloupe, il y a 30 ans, j’ai travaillé à Gardel pendant 9 ans. Ensuite je suis reparti travailler en métropole, puis sur l’ile de la Réunion où je suis resté trois ans pour une sucrerie qui produisait 8000 tonnes par jour. Pour des raisons familiales,  je suis rentré en métropole pour finalement partir en Algérie monter une raffinerie. C’est à ce moment de ma vie que j’ai décidé de travailler pour moi, en 2004. J’ai commencé comme consultant, je faisais de la formation en industrie sucrière, pour enseigner ce travail, faire les contrôles de laboratoire etc. C’est dans la continuité que j’ai crée une société pour optimiser les entreprises dans l’agroalimentation avec des idées de “process” plus pratiques, plus efficaces, parce qu’ici en Guadeloupe tu ne vis pas de la formation toute l’année. Aujourd’hui, je fais ça en Martinique, à Marie-Galante et en Guadeloupe mais je fais encore un peu de formation professionnelle.

 

“Depuis 2010, j’en suis à mon 16ème salon en Chine, j’en ai fait 8 aux États-Unis, avec 3 à venir au Brésil”

 

 

Comment est né le Domaine Des Antilles?
J’ai lancé l’activité de l’entreprise en 2006, j’ai fait un peu de sirop, de liqueur et j’ai arrêté ça car je n’avais pas trop le temps. J’ai donc commencé à développer un laboratoire ici pour faire de la recherche et du développement. Notre choix est venu sur la banane, car la banane c’est une histoire et personne ne la travaille. En Guadeloupe, après la canne, il y a la banane. C’est un beau défi et j’aime ce qui touche à l’agro transformation. Nous voulions en faire un vin ou un produit alcoolisé. J’ai sorti le produit en 2010. Il a demandé 4 ans de recherches afin d’être sûr de pouvoir le faire. Et plus je travaillais dessus, plus c’était intéressant de continuer. Aujourd’hui nous sortons cinq produits issus de la banane qui à part en dessert, n’est pas développée sous beaucoup d’angles. Il y a un vinaigre de banane de qualité, un spiritueux de banane (un alcool de banane), un mousseux de banane. Après on va sortir aussi un vin sec. Puisque plus nous travaillons sur le vin, plus on découvre de choses qui sont intéressantes à exploiter. Cela fait déjà un moment que nous sommes prêts mais nous attendions d’aller passer un concours d’innovations au SIAL, le Salon International Agroalimentaire, qui a lieu tous les deux ans. Tous les produits que nous présentons sont des produits innovants.
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Tu travailles également d’autres matières premières, telles que le melon…
Oui je bricole de temps en temps, on fait des petits produits. Nous travaillons avec des gens qui font des sirops en Guadeloupe pour leur donner un coup de main. J’ai fait du sirop bois bandé. Nous avons investi depuis trois ans et nous sommes équipés pour ces développements. J’aime beaucoup travailler en collaboration.

 

En plus d’être consultant, tu te permets de mettre en pratique les projets via tes infrastructures. Il y a une pédagogie sociale dans ta démarche.
Je mise beaucoup sur les jeunes, pratiquement tous les mois nous avons un ou deux stagiaires, je travaille beaucoup avec le D.U.T. de Saint-Claude qui forme les B.T.S. et on travaille aussi avec l’université de Fouillole. On a eu des stagiaires de France qui voulaient également profiter du stage pour découvrir la Guadeloupe. Cela nous permet d’avoir une communication extérieure et d’offrir aux jeunes une expérience originale. On les aide à trouver un logement. On a une jeune fille qui veut devenir ingénieur chimiste, je la soutiens. Je suis parti faire un projet avec des Chinois, je l’ai emmené avec moi. Notre devise c’est de développer le produit à l’export car la Guadeloupe c’est un petit marché.  Depuis 2010 j’en suis à mon 16ème salon en Chine, j’en ai fait 8 aux Etats-Unis, avec 3 à venir au Brésil. Ce sont des pays qui sont en plein essor d’ou ressortent beaucoup de création et de développement avec l’avantage qu’ils soient des pays que j’aime. Nous sommes prêts à travailler avec tout le monde mais nous souffrons un peu car aujourd’hui ce n’est pas facile d’être accompagné par les banques. Même si nous sommes aidés par la région, par le FEADER. (Fond Européen Agricole pour le Développement Rural, ndlr).

Vous ne travaillez qu’avec des produits locaux ? Le vin de banane connaît un grand succès, comment répondrez vous à la demande en ne faisant que du local?
Oui, notre ambition serait de déménager car nous commençons à être à l’étroit ici.  Travailler des produits nobles comme le maracuja, le melon, sur pas mal d’agrumes qui existent ici et je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à faire car les fruits ici nous les avons toute l’année.  Tu ne peux pas être en perdition à devoir stocker ou attendre la saison. Nous travaillons également sur le bois bandé car nous aidons quelqu’un qui a une concession. On fait du sirop de melon, d’orange et tout ça c’est local.  Je suis contre les additifs, les conservateurs, je ne mets rien dedans. Quand je travaille je sais que mon sirop à telle limite de concentration va se conserver. Ensuite c’est la mise en bouteille qui est importante, pour que tu n’envoies pas des bactéries dans ta bouteille qui seraient susceptibles de se développer.

 

“Je pense que nous ne sommes pas assez solidaires ou regroupés”

 

 

Est-ce que tu te considères comme un acteur de la mondialisation?
Non, je pense que c’est le métier, dans le monde du sucre, c’est large, il y a beaucoup de communication et les gens qui travaillent dans tout ce qui est canne à sucre se rencontrent toujours. Après, la mondialisation, oui,  quand tu commences à partir sur la branche pour développer ton produit à l’extérieur. Je pense que la Guadeloupe a un très gros potentiel à exploiter. Maintenant ça demande beaucoup de travail, d’énergie et une bonne équipe. Nous allons régulièrement en Chine ou aux Etats-Unis et ils se demandent où est la Guadeloupe? Il y a de très bons produits en Guadeloupe. Nous sommes dans un pays où nous avons l’habitude d’importer. Ca fait vivre peu de personnes mais ça fait dépenser beaucoup d’autres.

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Penses-tu que tout le monde puisse profiter de cette ouverture sur le monde?
Ici il y a actuellement 20 entreprises qui sont référencées comme nous et qui ont eux le logo R.U.P. (c’est le label de la région ultrapériphérique que l’Europe a mis en place pour nous aider). Je pense que nous ne sommes pas assez solidaires ou regroupés, pour arriver à dire que nous allons faire des conteneurs panachés, ou regrouper d’autres produits à exporter dans des épiceries fines. Nous ne sommes pas ciblés sur ce que l’on veut faire. Ce n’est pas seulement un travail de production, il faut savoir donner une côte au produit pour savoir à quel coût le vendre. Tu ne décides pas du jour au lendemain que tu vends ton produit tel prix. Tu prends le produit d’ici et tu l’exportes à Paris ou en Chine et son coût augmente, plus son coût augmente et moins les gens vont acheter. Après il faut savoir quelle cible il faut viser. Nous avons un problème de regroupage et il n’y a pas d’accord pour que ces produits là partent à des coûts faibles à l’étranger.

DOMAINE DES ANTILLES
Site officiel : www.domaine-des-antilles.fr

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