Issue des quartiers défavorisés américains, cette discipline se pratique aujourd’hui partout. A Saint-Claude, l’aménagement d’un nouveau parc a permis le regroupement de ses adeptes.

Qu’est-ce que le Street Workout?
C’est vraiment de la gymnastique urbaine ou l’athlète peut se permettre en servant du mobilier urbain, de barres fixes, parallèles ou même directement au sol de s’exprimer en travaillant des mouvements avec le poids de son corps. A partir de figures de bases que sont les tractions, super-tractions, on enchaine des passages en planche, des montées en équilibre. Toutes ces figures sont dérivées de la gymnastique et de la musculation. Le but du jeu est de se forger un corps fonctionnel et de s’éclater à faire des figures qui sont belles.

Comment est-né le Street Workout?
Il a toujours existé. Dans sa forme actuelle, il trouve ses origines au début du millénaire mais s’est défini avec la gymnastique suédoise dans les années 1920. C’est le type d’entrainement que les gymnastes utilisaient en travaillant à poids de corps. Il était aussi pratiqué aux Etats-Unis, dans les prisons principalement, mais aussi dans le Bronx. Là, il s’exerçait sur le mobilier urbain type bancs publics,  lampadaires et cela a été récupéré par les pays de l’Est où la composante artistique/visuelle a été codifiée. Au début,  cela se pratiquait dans les parcs pour enfants, tout ce qui tombait sous la main était bon à tester mais comme dans toutes les disciplines, le matériel a évolué en adéquation avec le sport et a permis d’améliorer la discipline.
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Comment as-tu découvert le Street Workout?
Par hasard. Je suis coach sportif et j’ai toujours aimé le principe de travailler avec le poids du corps. C’est un ami qui m’a montré une vidéo d’une étape du championnat du monde. Je ne connaissais pas du tout la discipline. C’était en 2008, et quand j’ai vu ce que les gars faisaient sur les barres, ça a fait “tilt”. Des gars qui n’étaient pas montés comme des bodybuilders surdéveloppés, on voyait que musculairement ce qu’ils avaient leur permettait de produire quelque chose qui mélangeait de la force, de la souplesse de l’équilibre. C’était beau visuellement. Ça m’a marqué tout suite. Le problème c’est que là où j’habitais (en Corse) ce n’était pas du tout développé. On ne le retrouvait que dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Marseille. C’était un peu compliqué de s’entrainer et arrivé en Guadeloupe (en 2011), on m’a dit qu’il y avait des barres pour travailler et j’ai pu vraiment m’entrainer plus. Petit à petit, par le réseau, j’ai rencontré les gens qui étaient sur Saint-Claude et je me suis rendu compte en discutant que cela pratiquait dans tous les sens et que tout le monde avait envie de développer cette discipline mais que personne n’avait pris les choses en main. C’était il y a un an environ, juste avant l’ouverture du parc de Saint-Claude. En Guadeloupe il y a aussi d’autres installations qui ont été faites, beaucoup plus simples, quelques barres sans rien de particulier, principalement en Grande-Terre (Le Gosier / Lauricisque). L’initiative est plus que positive mais malheureusement personne n’a été concerté parmi les pratiquants, c’est dommage. En Martinique ils sont déjà un peu plus organisés car il existait un groupe,  Madabarz, ils sont déjà plus structurés et les municipalités ont adapté le matériel à la pratique.

 
A-t-on besoin de matériel pour pratiquer?
Techniquement, n’importe quoi peut faire office de barre de traction : une branche, une poutre,  un banc public, peu importe, mais à la base nous n’avons besoin de rien de plus que de notre corps. Les installations permettent de s’exprimer de différentes manières, de réaliser des figures, etc. Cela permet de repousser les limites et de pouvoir organiser des contests, des petits championnats. C’est d’ailleurs une des premières missions que l’on s’est fixé.

 

 

“C’est un sport qui peut se pratiquer partout et ceux qui pratiquent sont plus à l’aise en extérieur…”

 

 
Quelles sont les aptitudes requises (tant mentales que physiques) pour pratiquer?
Le physique n’est pas vraiment important, il se forge au fur et à mesure de la pratique. Par contre le mental est vraiment important. Sur certaines figures il faut parfois repousser ses limites. N’importe qui peut venir, il n’y a pas d’âge car même sur le développement de la croissance, à travailler à poids de corps il n’y a aucun impact. Et d’ailleurs c’est impressionnant de voir que les enfants ont souvent plus de force, d’équilibre et de souplesse que les adultes, proportionnellement bien entendu. Nous avons déjà eu ici sur le parcours de Saint-Claude et même en Martinique quelques jeunes qui pratiquent, c’est magique, ils voient une fois le mouvement et l’enregistrent directement. Ils n’ont pas peur du tout et tentent des choses que nous pourrions penser impossible en tant qu’adulte. A l’opposé, rien n’empêche d’aller beaucoup plus loin au niveau de l’âge tant que l’on a la forme. je connais une personne de 65 ans qui est capable de faire un «Dragon Fly» (se tenir par les bras sur une barre verticale avec le corps parallèle au sol).

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C’est donc un sport totalement adapté à notre époque dans un environnement urbain : Il permet de faire attention à son image, son bien-être, sans pour autant dépenser autre chose que du temps et de l’énergie. Comment se développe-t-il dans l’environnement guadeloupéen fortement marqué par la ruralité?
La pratique est urbaine, mais le fait de travailler uniquement avec le poids de son corps permet de travailler n’importe où. On peut partir en forêt, se servir de deux cailloux comme barre parallèle. Les « déséquilibres » permettent de dépasser le conventionnel.  C’est donc un sport qui peut se pratiquer partout et ceux qui pratiquent le street workout sont plus à l’aise en extérieur qu’en salle ou enfermés entre 4 murs pour pratiquer.

Il y a certaines similitudes avec le Break ou le Parkour (dont les précurseurs sont les Yamakasi) dans certaines figures, comme les pompes sans que les pieds ne touchent le sol. Junior exécute cette figure depuis bientôt 15 ans…
Exactement. C’est difficile de tout réunir sous la même bannière mais ce sont des sports qui font partie de ce que j’appelle des  pratiques ou arts urbains, que ce soit le Parkour, le Break, le Street Workout, le Kalysténique qui est une discipline basée sur le poids de corps au sol et qui se rapproche assez du Yoga. Donc si nous devions regrouper ces disciplines,  il faudrait une fédération urbaine parce que l’on peut passer de l’un à l’autre sans aucun problème. Nous avons d’ailleurs des pratiquants en Street Workout qui sont issus du break et vice-versa. C’est le même arbre mais pas la même branche.

 
Existe-t-il un championnat? Une fédération?
Il n’y a pas de fédération française actuellement.  Il y a énormément d’associations, de collectifs qui se sont montés pour aller dans ce sens, nous collaborons tous afin de déboucher sur une fédération. Le problème,  c’est que le ministère des sports n’est pas du tout enclin à monter une nouvelle fédération. Par exemple celle du Parkour aurait du se monter il y a 3 ans, car tout était en place, et au dernier moment arrêt complet, pourtant la France envoie des athlètes sur les championnats internationaux. Au niveau du Street Workout, nous avons déjà des champions mondiaux qui partent en compétition avec le drapeau France sur le dos, mais ils sortent seulement de leur collectif ou association. Celle qui est la plus développée à l’heure actuelle et la plus à même à structurer c’est l’association Body Art qui est basée à Paris, les plus grands champions français en sont issus. Elle dispose de plusieurs antennes notamment en Guyane avec laquelle nous collaborons un peu. Si quelque chose doit se monter cela ne pourra pas se faire sans eux. A notre niveau, vu que nous sommes loin de la “métropole”, c’est dur de fonctionner avec eux sur un championnat national et c’est pour cette raison que nous avons décidé de monter quelque chose de caribéen, entre les îles, comme avec Porto Rico. Il ne nous manque plus grand chose hormis l’appui des institutions pour monter des sites dédiés à ce sport. La bonne nouvelle, c’est que nous avons enfin trouvé une mairie qui est prête à nous suivre sur un projet. C’est la Marie de Baillif avec  laquelle nous travaillons aujourd’hui afin de pouvoir produire le premier Street park de la Caraïbe: c’est donc une réelle avancée. Et si tout se passe bien nous aurons en 2015 un vrai site dédié à notre discipline.

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Existe-t-il des normes pour le matériel? Et sur quels types de figures sont évalués les athlètes?
Au niveau des cotations, on se base sur celles de la gymnastique, aussi bien pour les barres fixes, que pour les barres parallèles,  les anneaux,  ce qui nous donne une échelle de difficulté. Cependant ce n’est qu’une base car un mouvement qui peut ressembler à un mouvement de gymnastique mais nous  pouvons le dériver, le développer dans tous les sens en street workout. C’est donc la composante «artistique » comme dans toutes les disciplines qui est évaluée, l’originalité, la fluidité des enchaînements, si c’est beau et calé sur la musique.

Cela peut donc se classer dans la G.R.S. (Gymnastique Rythmique et Sportive)?
Oui, c’est rythmique, c’est le but du jeu. Sur le circuit mondial, il y a des jurés qui sont d’anciens champions, des politiques, des personnalités, mais assez régulièrement cela se juge à l’applaudimètre…

Ce qui fait que si le public est composé de novices et qu’il est plus interpellé par quelqu’un qui pourrait être jugé moins «fort» par les jurés que d’autres, il reste décideur?
Le public reste pour l’instant en grande partie des gens qui connaissent la discipline donc nous ne rencontrons pas vraiment ce genre de situation, d’autant plus qu’au niveau des compétitions, nous gardons le coté “free”.  On note une performance mais les cadres ne sont pas extrêmement rigides. Il y a certaines choses qui ne sont pas imposées mais qui sont comptent: il y a forcément un passage sol, aux barres fixes et parallèles qui peuvent être utilisées par les athlètes comme ils le souhaitent. Nous sommes encore en train de créer les bases. Il existe depuis maintenant quelques années une fédération mondiale (World Street Workout and Calisthenics Federation), qui depuis 2011 a déjà donné beaucoup de champions qui sont à même d’endosser ce rôle de juges.

Est-ce qu’il y a beaucoup de femmes dans ce sport?
J’entraîne personnellement un “crew” entièrement féminin sur Bouillante. La plupart d’entre elles sont magnifiques, car travailler au poids du corps permet de ne pas paraître “bodybuildé”, la majorité des femmes n’aiment pas cela. Donc quand elles voient le résultat, les femmes ont envie de s’y mettre, même si lorsqu’elles nous regardent exécuter des figures elles pensent ne pas pouvoir réussir à être aussi performantes. Certaines en revanche sont au même niveau que les hommes. La plupart des pratiquantes développent une fibre artistique plus prononcée, une souplesse et un équilibre plus importants, elles sont dans un courant un peu différent des hommes.
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Le mois dernier nous parlions de la Pole dance justement.
Pour moi, la Pole Dance et le Street work out, c’est le même combat.  Les filles qui trouvent que la Pole Dance c’est facile et que le Street est difficile,  j’aimerais leur faire voir que l’inverse est également vérifiable. Certaines (dans les deux cas) y arriveront très bien mais c’est le même type de travail. Il y a de plus en plus de femmes qui s’y mettent et j’espère que cela continuera car nous avons tous à apporter pour faire progresser cette discipline.

Cela peut donc être un sport précurseur dans ce domaine là, car il n’y a pas de sport aujourd’hui qui mélange les hommes et les femmes.
Exactement. Vu que la discipline est très récente, tout se crée en ce moment même. Tout le monde apporte sa pierre à l’édifice et contribue à développer la pratique.

Le mot de la fin?
Nous aimerions amener l’institutionnel à découvrir notre discipline. ll y a déjà eu un effort de fait avec tous les parcours sportifs mis à disposition dans chaque commune de Guadeloupe. Il y a de nombreux jeunes qui pratiquent et nous aimerions organiser une compétition régionale pour que le public puisse découvrir tous ces collectifs qui s’entrainent toute l’année. Pouvoir aussi développer la formation.

 

STREET WORKOUT
Facebook officiel: Fédération Caribéenne de Street Workout & Calisthenics
Contact : 06.90. 68.49.80
E-Mail : rozand.jorick@orange.fr

 

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