Sources principales de toute information, les médias occupent une place considérable dans la société moderne. Cette omniprésence leur permet d’exercer un rôle qui s’apparente de plus en plus à de la propagande.

Le code de déontologie du journalisme considère le détournement des faits, le mensonge, la manipulation comme “les plus graves dérives professionnelles”. Il exhorte à faire preuve d’esprit critique et tient la véracité, l’intégrité et l’impartialité comme les fondements de cette profession. Dans un récent sondage (SOFRES, janvier 2015), 74% des Français affirment suivre avec un grand intérêt les informations diffusées par les médias, la télévision restant l’outil le plus utilisé, malgré la percée d’Internet. Le métier de journaliste est devenu en quelques décennies une activité qui porte au devant de la scène des hommes et des femmes qui ont une haute estime de leur fonction, mais qui s’en détournent également pour faire de l’information un spectacle. Ainsi en est-il de nombreuses émissions dans lesquelles le présentateur endosse successivement le rôle de l’insurgé, du naïf, de l’inquisiteur, mais ne laisse qu’un temps très succint pour répondre à ses questions. Ses invités sont sélectionnés avec soin afin que le show ne dérape pas. Car s’ils défendent la liberté d’expression, les journalistes ne donnent que très rarement la parole (tout au moins à la télévision) à ceux qui pourraient proposer une véritable alternative à la pensée dominante. Le rythme même de l’information en continu pose des problèmes particuliers comme la recherche dans la hâte d’images et de témoins, le recours à des experts autoproclamés, la reprise de rumeurs, l’absence de recul et de réflexion… Dans la course à l’audimat, il n’y a pas de place pour l’éducation, il faut permettre aux publicitaires de diffuser leur message au plus grand nombre. C’est le fameux “temps de cerveau disponible” que le directeur de TF1 arguait pour justifier sa grille de programmes (Patrick Le Lay, 2004). Telles sont devenues les missions d’un service qui n’a plus rien de public et tout de commercial. Certes, la multiplication des chaînes privées et des outils d’information étendent le champ des possibles en permettant à chacun de sélectionner ses horaires et ses émissions. Mais ils rendent  plus complexe la compréhension globale du monde. La formation de l’opinion demeure un enjeu majeur dans un pays qui se veut pluraliste, égalitaire et démocratique mais qui parvient difficilement à assurer ses idéaux. Il est urgent de redonner à l’information sa véritable place ainsi qu’aux acteurs qui la font, sans complaisance ni parti pris.

Une enquête du Courrier International sur les nouveaux médias:
www.courrierinternational.com

Partager cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.