Fusion de sa passion pour le Dancehall et les rythmes jamaïcains, le Ragga Jam a fait de Laure Courtellemont une danseuse et une chorégraphe internationale. Un cocktail irrésistible basé sur le respect, la liberté et l’allégresse que la danse apporte.

Comment as-tu découvert la danse?
Je n’ai pas découvert la danse, elle m’a découverte… J’ai toujours dansé et su que c’était ça. J’ai l’habitude de dire que c’est ma première langue, avant le français!

Quel a été ton parcours pour aboutir au Ragga Jam?
Ragga Jam est tout simplement le cours de danse de mes rêves. J’y suis arrivée en intégrant à un cours de danse ce qui me manquait: des musiques aux rythmes irrésistibles, aux sonorités afro, des mouvements urbains, le respect de tous (quelque soit son niveau), l’union, la joie, la liberté, l’expression et un petit grain de folie. J’ai créé ce que je ne trouvais pas dans les autres cours, au risque de paraître folle, mais c’était bien plus fort que moi. Je n’ai pas suivi de formation particulière mise à part une passion sans limite pour le mouvement.

 

“…Ragga Jam est le cousin de la Dancehall: même famille, même sang!”

 

En quoi diffère-t-il du Dancehall?
C’est difficile à expliquer avec des mots, j’étudie la Dancehall depuis plus de quinze ans et elle est ma danse principale depuis plus longtemps encore! Je l’ai toujours aimée, respectée et prêchée. J’utilise tous les éléments de la Dancehall mais dans un format différent. Le fond est Dancehall, la forme est ma vision et mes convictions. J’ai été inspirée par un grand homme du Hip Hop nommé Mr Bouddha Stretch de New York City, il a été un des premiers à assembler les danses sociales du Hip Hop pour mettre sur pied des chorégraphies (il a entre autre chorégraphié Do You Remember The Time de Michael Jackson). J’ai simplement appliqué les principes de l’évolution de la danse Hip Hop au Dancehall, en assemblant les danses jamaïcaines et en apportant une dynamique différente grâce a des transitions et une écoute des riddims. Je ne l’ai pas appelé Dancehall à l’époque, par respect et par humble positionnement vis-à-vis d’une culture qui n’est pas la mienne. Disons que Ragga Jam est le cousin de la Dancehall: même famille, même sang! Je peux aussi dire que j’ai épousé la Dancehall et que Ragga Jam est le fruit de notre union. J’ai structuré un cours et amené la chorégraphie à cette incroyable culture, danse et style de vie qu’est la Dancehall. Je suis née et j’ai grandi en France, j’ai donc baigné dans la mixité et la différence. J’en suis tellement fière! D’avoir grandi et étudié à Evry (91) m’a ouvert à l’autre et au mouvement de l’autre. Je ne pourrais et ne prétends pas, exprimer une danse de la même manière que quelqu’un qui est né, a grandi et vit encore en Jamaïque, par contre, je peux apporter et enrichir le mouvement et la communauté Dancehall, aujourd’hui mondiale, avec ma vision de cette danse si riche et si forte.
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Formes-tu personnellement les danseurs qui souhaitent l’enseigner?
Non. Nous travaillons avec une équipe de danseurs et professeurs en France qui sont avec nous depuis plus de deux ans en formation, car la transmission est une des choses les plus importantes à mon sens, mais on ne forme plus les danseurs qui veulent faire du Ragga Jam. J’ai tout de même fait un travail durant dix ans, de formation, et d’initiation à la danse jamaïcaine en Europe. Mais cela fait longtemps que cela s’est arrêté. Chaque époque a ses besoins et les choses ont changé dans la danse depuis quelques années en Europe, le regard que l’on porte sur celle-ci (émissions de télévision par exemple), la communication avec la Jamaïque grâce à Internet. Le réseau et les évènements se multiplient, tout évolue et grandit, comme le font toutes les danses urbaines.
Tu t’adresses à un public très mixte, c’est l’une des spécificités du Ragga Jam que de pouvoir être dansé aussi bien par les hommes que les femmes?
Ce n’est pas une spécificité, simplement  que j’aime beaucoup les danses masculines jamaïcaines, mes cours sont basés à 80% sur des sons d’hommes et ma féminité s’exprime sur ces mouvements forts, territoriaux, violents parfois, vrais, pleins de sens.

Pourquoi le Ragga Jam est-il beaucoup associé au fitness?
Peut-être pour pouvoir créer le réseau, qui n’existait pas quand j’ai commencé; j’ai dû apparaître sur les plateformes disponibles et les évènements de fitness étaient les seuls assez forts. Ou peut-être parce que mon ami David Fonclaud (qui a été le premier à me faire entrer en Martinique et en Guadeloupe pour enseigner), est un passionné de fitness, et m’a donc fait intervenir dans les évènements qu’il organisait de main de maître aux Antilles. Je dispense aujourd’hui 99% de mes stages dans des écoles de danse. Ragga Jam est un cours de danse, et non pas un cours de fitness. Cela ne ressemble pas à du fitness, sauf peut-être sur l’un des bienfaits communs aux deux activités: le bien être! Lorsque vous voyez un cours de Ragga Jam, vous vous rendez compte que le travail et les objectifs sont très différents.

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Tu présentes tes chorégraphies comme des clips. As-tu déjà collaboré avec des artistes pour le leur?
J’ai toujours été très réfractaire à cela. Danser derrière un artiste n’a jamais été ma priorité… Je veux créer et apporter quelque chose à un artiste, pas juste apparaître. Afin que ma vision reste intacte, j’ai préféré prendre plus de temps mais choisir mes projets et collaborations. En France, j’en ai eu deux importantes, avec des artistes pour qui j’ai le plus grand respect, pour leur combat sans relâche au bénéfice de notre musique et notre danse. Krys m’a donné la chance de chorégraphier le son de mon choix sur l’un de ses albums, cela a été un moment très fort et très important pour moi. Et Lord Kossity m’a demandé de danser seule librement durant tout son clip. Lui-même n’apparaissait que lors des dernières secondes. Cette expérience m’a transformée. Je leur suis vraiment reconnaissante.

Es-tu sollicitée en tant que chorégraphe pour des spectacles, événements ou films?
Oui, pour des spectacles à Los Angeles, des évènements dans le monde entier pour enseigner ou pour juger des «battles», des concours chorégraphiques, animer des conférences sur la danse. Pas encore de film, qui sait, peut-être un jour.

Comment es-tu devenu une égérie des marques de sports telles que Nike et Reebok?
J’ai été approchée par l’un des directeurs de la firme Nike, après un show à Paris, pour représenter la marque comme athlète danse et par la suite comme directrice artistique de leurs évènements en France. Cette collaboration a été tellement enrichissante qu’elle a duré sept ans. Reebok est une marque visionnaire et j’ai eu l’honneur de la représenter pendant une année. J’ai été contactée par une femme incroyable, une ancienne journaliste qui m’avait suivie sur l’un de mes voyages pour l’écriture d’un livre, et qui a pris, par la suite,  la direction de la marque.  Ce sont toujours des coups de cœurs artistiques et ces rencontres construisent de belles choses. Je ne serais pas devenue la femme que je suis sans elles!

 

“Le temps, la conviction, la passion, la patience et le travail font des miracles.”

 

Participes-tu à des “battles”? Pourquoi?
Non, je ne participe pas à des battles, je ne sais pas danser pour être meilleure que l’autre. Je danse quand je le sens, pour moi et pour offrir ce que je ressens au monde. Mais j’adore les battles et suis invitée à juger ces échanges, avec tout ce que mon expérience me permet de voir dans un danseur. Je préfère laisser cela à ceux qui sont faits pour la compétition, et je les contemple!

Dans quoi puises-tu ton inspiration pour créer tes mouvements?
La musique avant tout! La Jamaïque, la vie! Tout est inspiration. Mon fils est ma plus grande et profonde inspiration.

Pourquoi avoir choisi New York comme lieu de résidence?
J’ai vécu presque trois ans à NYC, pour réaliser mes rêves de petite fille, étudier la danse, m’abreuver de cette culture et progresser. Également pour amener ma vision aux USA et enseigner au fameux Broadway Dance Center. Ce fut une renaissance! J’habite depuis septembre dernier à Los Angeles.
Quels sont les lieux qui font bouger l’univers de la danse actuellement?
Los Angeles, Paris…
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Quels sont les artistes ou musiques qui t’inspirent le plus?
En Dancehall, il y en a  trop ! Busy Signal, Vybz kartel, Mavado, Tarrus Riley, Morgan Heritage, Capleton, Buju Banton, Voicemail, et encore des milliers. En musique en général, The Weeknd, Maxwell, TANK, Alicia Keys, Drake… la liste peut être très longue.

Qu’est-ce que danser t’apporte?
Je respire. J’ouvre ma peau. Je suis vraiment moi.

As-tu un modèle de danseur/se?
Bogle, Bouddha Stretch, Brian Green, et bien d’autres.

Quel est ton meilleur souvenir de danseuse?
Il y en a tellement! S’il fallait en choisir un, ce serait ma rencontre avec Crazy Hype du groupe MOB de Kingston. C’était en Russie, lors du Dancehall International, l’une des premières grosses rencontres de danseurs jamaïcains et européens. Je l’admirais depuis des années, j’avais même un peu peur car je donnais un cours après lui. A la fin du cours, il est venu danser dans le cercle créé par les élèves qui m’applaudissaient, nous avons dansé et échangé en “freestyle” pendant quelques minutes. Il a ensuite pris le micro et a parlé de ma danse. Je me souviens de l’avoir entendu dire “Real recognizes real inna blink of an eye”, et de mes larmes qui coulaient sur mes joues. Ce fut une consécration pour moi.
 Crazy Hype est un fervent défenseur du “Back To Basics”, il est un roi dans les rues de Kingston! Je craignais que ma vision ne soit pas acceptée mais il est allé au-delà de la forme et a vu le fond! Nous sommes les meilleurs amis maintenant.

Danse Ragga Jam

La danse est-elle l’école de la rigueur?

Oui. Le temps, la conviction, la passion, la patience et le travail font des miracles.

Tu viens souvent en Martinique (le 05 décembre prochain), à quand un passage en Guadeloupe?
Je suis tellement heureuse de revenir sur les îles de mon cœur! La Guadeloupe n’est pas encore au programme. Quand Dieu le voudra!consécration pour moi.
 Crazy Hype est un fervent défenseur du “Back To Basics”, il est un roi dans les rues de Kingston! Je craignais que ma vision ne soit pas acceptée mais il est allé au-delà de la forme et a vu le fond! Nous sommes les meilleurs amis maintenant.

La danse est-elle l’école de la rigueur?
Oui. Le temps, la conviction, la passion, la patience et le travail font des miracles.

Tu viens souvent en Martinique (le 05 décembre prochain), à quand un passage en Guadeloupe?
Je suis tellement heureuse de revenir sur les îles de mon cœur! La Guadeloupe n’est pas encore au programme. Quand Dieu le voudra!

LAURE COURTELLEMONT
Facebook: Laure Courtellemont Ragga JAM

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