La danse sharqi égyptienne véhicule tout un imaginaire associé à la femme et la société orientales. En l’amenant en Guadeloupe, Imane Sioudan a voulu ouvrir le public à d’autres formes d’expression corporelle et changer notre regard sur ce savoir authentique qu’elle enseigne.

Comment as-tu découvert la danse?
J’ai commencé ici en Guadeloupe par de la danse classique, à l’âge de cinq ans, j’en ai fait pendant une dizaine d’années. Lorsque je suis partie faire mes études, je me suis inscrite à un cours de danse orientale pour découvrir. Cela a été le coup de foudre et je me suis lancée dedans sans avoir l’idée de me professionnaliser au départ.

Quel type de danse orientale pratiques-tu?
Il y a différents types de danses orientales suivant les pays et les traditions, moi je fais de la danse égyptienne, appelée aussi danse classique sharqi, ainsi que des folklore égyptiens. Je reviens juste de deux semaines passées en Egypte où j’ai pu encore me perfectionner et ramener des choses authentiques.

 

“les gens s’arrêtent au costume mais ne voient pas le travail physique énorme derrière… ”

 
Qu’est-ce qui t’a attirée dans ce courant?
Il y  a tout l’imaginaire lié à la danse orientale, mais surtout une façon différente de travailler son corps, une grâce, une sensualité… C’est pouvoir faire ce que l’on veut de son corps, cela travaille énormément l’estime de soi, le relationnel et la convivialité dans un groupe.

 
C’est une danse souvent associée à la féminité, la séduction, parfois arbitrairement réduite à la danse du ventre… Pourquoi cette vision?
Je pense que c’est d’abord historique, lorsque les soldats de Napoléon sont arrivés en Egypte, ils ont probablement d’abord vu le ventre de ces femmes; ensuite, il y a le coté cabaret de cette danse qui est réel, c’est là qu’on va la voir danser en Egypte. Les gens s’arrêtent beaucoup au costume mais ne voient pas le travail physique énorme qui est derrière. Cela a l’air facile mais cela ne l’est pas, il y a une vraie technique comme en danse classique ou en jazz, il faut travailler des muscles que l’on a pas l’habitude de travailler, dissocier des parties, en mettre d’autres en accent…

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Le rapport à son corps est-il différent en danse orientale?
Je pense qu’on est beaucoup plus libre de s’exprimer dans la danse orientale, pour moi, elle devrait même être enseignée obligatoirement (rires)! Par exemple quand on fait de la salsa après de la danse orientale, on a tout de suite conscience de ses bras; même en jazz où l’on a pourtant une forte dynamique, on n’a pas forcément cette conscience du corps.

 

“C’est un épanouissement, quand je danse je suis vraiment dans mon élément.”

 

Il n’y a pas de codification comme en danse classique ou en jazz, comment quelqu’un peut-il devenir un “professionnel” reconnu en danse orientale?
Il n’y a pas de diplôme d’Etat comme en jazz, en contemporain ou en classique mais il y a des formations professionnalisantes, des séminaires; le problème est que l’on peut trouver un peu de tout, quelqu’un qui connaît deux ou trois mouvements et s’improvise prof sur internet! Il faut rechercher l’authenticité et le savoir, car savoir enseigner est quelque chose qui s’apprend, la connaissance du corps est importante, de ses limites, pour amener la personne à ne pas se bloquer.

Le danseur classique Patrick Dupont a mis sur pied il y a quelques années un duo avec une danseuse orientale, avec quel type de danseur aimerais-tu t’associer?
J’ai déjà travaillé sur des fusions, avec de la salsa, de la danse indienne, du zouk… En Guadeloupe où j’ai monté ma compagnie, nous avons tissé des liens avec les danses qui existaient et trouvé des passerelles. J’ai commencé à travailler dans cette direction mais cela prend du temps.
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Aujourd’hui, le statut de la femme est fréquemment mis en question dans les pays “orientaux”, la danse les aide-t-elles à s’émanciper?
Les femmes orientales n’apprennent pas forcément à danser, la musique est tout le temps présente là-bas et fait partie de leur vie. Dans un mariage tout le monde danse, dans la rue des hommes dansent… Pour moi, c’est plus dans les pays occidentaux que la question se pose dans ces termes là. En Occident, la danse est davantage un facteur d’émancipation, d’expression et de mise en valeur de soi.

Qu’en est-il des hommes, lorsqu’ils ne sont pas spectateurs, comment interviennent-ils?
Les hommes sont plus dans de la danse folklorique, mais depuis la révolution en Egypte les hommes dansent le “street shabi” dans la rue, c’est un peu comme de l’électro mélangée à du Hip Hop mais sur de la musique orientale, c’est vraiment sans code, très libre.

Tu as formé une troupe, Al Masryah (L’Egyptienne), pour quels types d’évènements?
Nous avons donné trois grands spectacles, à Robert Loyson au Moule, à l’auditorium de Basse-Terre et au théâtre du Lamentin, avec un conte et de la danse orientale. Nous avons fait le premier festival de la danse orientale en Guadeloupe, dont la deuxième édition a eu lieu cette année, pour échanger et se perfectionner. Nous sommes souvent invitées dans des mariages, nous apportons de l’originalité au public, avec nos musiques, nos costumes, nos chorégraphies…
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Qu’est-ce que danser t’apporte?
C’est un épanouissement, quand je danse je suis vraiment dans mon élément.  Au départ, ce n’était pas prévu mais aujourd’hui je me sens complètement moi.

As-tu un modèle de danseuse?
Dina, c’est une star internationale égyptienne. Je l’ai vue danser il y a deux semaines en Egypte, avec un orchestre de 20 musiciens, c’était incroyable. Elle a beaucoup fait évoluer la danse orientale, ne serait-ce que dans le costume pour bousculer les mentalités, même si parfois c’est un peu “too much” je trouve.  L’an dernier, elle a fait une émission où elle a invité des gens de partout dans le monde pour faire une sorte de téléréalité sur la danse orientale, au Caire. Mais j’aime beaucoup d’autres styles de danses, le tango, le contemporain, je vais voir des spectacles très variés.

Quel est ton meilleur souvenir de danseuse?
Il y en tellement! La première fois que j’ai dansé au Caire, mon premier spectacle avec ma troupe… C’est difficile de ne citer qu’une seule chose. A chaque fois que les spectateurs nous remercient, c’est un moment important.

La danse est-elle l’école de la rigueur?
Oui, c’est important. Justement en orientale puisqu’on est pas dans des choses codifiées, il faut prendre conscience de son corps mais aussi comprendre ce que l’on fait, ce qui se passe, il ne s’agit pas juste de remuer. Il faut de l’entraînement, on peut avoir des facilités mais il faut les travailler.

IMANE SIOUDAN
Facebook: Imane Sioudan

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