Berthet One est l’un de ces dessinateurs au parcours atypique. Du graffiti à la bande-dessinée militante, d‘expositions en ateliers animés en milieu carcéral, il s’emploie à prouver que le dessin peut aussi être une voie salvatrice.

Présentations?
J’ai 39 ans, je suis français d’origine congolaise. J’ai grandi à La Courneuve, à la Cité des 4000.

A quel âge as-tu découvert ta passion pour le dessin?
Vers l’âge de 10 ans. J’étais fan du club Dorothée et quand j’ai vu Cabu dessiner, je me suis dit que c’est ce que je voulais faire. J’ai découvert son travail dans Fluide Glacial, ce qui m’a permis de préciser mes ambitions. Puis le graffiti est apparu, j’avais 14 ans. C’est Brok qui me l’a fait découvrir et là ou j’ai grandi, à La Courneuve, il y avait  Queen qui avait fait la Zulu Letter, le premier magazine Hip Hop, dans lequel on trouvait Jon One, Skki, Lokiss, les tout premiers graffeurs. Ils venaient peindre sur un mur à La Courneuve et j’étais complètement subjugué. Tout cela avec le fait qu’à La Courneuve, Saint-Denis, Aubervilliers, il y avait les 93NTM, les 93MC, et dans mon école Mac Tyer. J’étais très Hip Hop mais dans mon environnement, beaucoup de gens faisaient de l’argent, je voulais aussi en faire. El Diablo, qui est comme un grand frère, me disait: “Berthet, arrête tes conneries, on sait que tu dessines, que tu graffes, que tu as de bonnes idées, nous on va faire Les Lascars, enchaîne c’est le moment”. Je ne l’ai pas écouté et j’ai pris dix ans de prison pour des braquages. C’est là-bas que j’ai repris ma passion pour le dessin et sorti ma première BD. J’ai alors passé le Bac, un BTS, je dessinais tout le temps, alors des amis m’ont inscrit à des concours que j’ai gagné. On m’a ensuite proposé de participer au festival d’Angoulême, à un concours qui s’appelle Transmurailles. J’étais un peu réticent, mais j’ai quand même fait un dessin et il s’avère qu’en 2009, j’ai gagné le prix. Les éditeurs sont venus me voir au parloir pour me proposer des contrats et c’est parti comme ça. J’ai sorti mon premier livre, Tome1 en 2011. Puis une amie m’a conseillé d’aller voir sur les Champs Elysées, rue du Faubourg Saint-Honoré, où il y avait une galerie spécialisée Street Art qui venait d’ouvrir. Mon travail leur a plu et j’y ai exposé mes dessins. Avec les études de communication, je savais comment vendre mon travail.

 

“Il y a beaucoup de talents inexploités, et ceux qui ne le savent pas finissent dans les halls d’immeubles…”

 

Etait-ce ton premier travail?
En effet, je n’avais jamais travaillé de ma vie auparavant. J’ai revu Eldiablo par la suite, pour lui dire qu’il avait raison à l’époque, et que maintenant j’avais compris. Je lui ai fait voir mes planches, il a tout de suite apprécié et aujourd’hui nous travaillons ensemble.
Après avoir sorti une BD, comment en es-tu arrivé à l’illustration?
J’ai sorti une BD, mais je me suis dit que c’était tout de même un métier compliqué dans la mesure où tu fais de beaux dessins mais ne gagnes pas d’argent. Je n’avais pas envie de retourner en prison et il a fallu que je crée pour gagner ma vie convenablement. J’ai monté une association dans laquelle j’ai pu proposer des ateliers de dessin tandis que mes amis rappeurs animaient un atelier de musique, d’autres dans la comédie, le théâtre, le cinéma… J’ai appelé mon association Macadam, parce qu’elle vient de la rue et qu’aujourd’hui, c’est mon gagne-pain. Les médias s’y sont intéressés et je travaille aujourd’hui avec eux, je réalise des pochettes de disques, des tee-shirts. Je procède avec des partenariats et pour l’anecdote, le premier s’est fait avec le Ministère de la Justice! Tu imagines, je sors de prison mais maintenant j’y retourne pour proposer mes ateliers. Cela démontre qu’il y a une vie après la prison, que l’on peut s’en sortir. C’est la même chose pour ceux des quartiers, il y a beaucoup de talents inexploités, et ceux qui ne le savent pas finissent dans les halls d’immeubles.

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Comment as-tu choisi ton nom?
Berthet est mon vrai prénom, One car j’ai suivi la culture Hip Hop.

Pourquoi avoir choisi l’illustration?
Comme je te disais, au début, c’est Cabu, mais j’avais en plus cette touche Hip Hop. J’arrive à toucher les gens qui aiment le dessin pur et dur, mais ma touche “fofolle”, ma vie de quartier, ma façon de m’exprimer aussi car je suis loin de Victor Hugo, c’est aussi cela qui fait sourire les gens.

Penses-tu que ce soit la qualité de tes dessins ou ce qu’ils expriment qui plaît?
J’espère que c’est la qualité du dessin car maintenant je travaille, c’est mon métier, alors qu’avant c’était inné. Je dois tout de même dire qu’avec le temps, tout en gardant ma personnalité, j’édulcore un peu plus, je deviens de plus en plus pacifique. Je veux que tout le monde me lise et pas seulement les gars de la rue, mais je ne suis pas non plus comme ces rappeurs qui faisaient du “hardcore” et qui font maintenant de la guimauve. Je compare beaucoup mes dessins à la musique, j’ai envie d’être un Tupac, un Notorious B.I.G., et c’est pour cette raison aussi que j’essaie de m’entourer des bonnes personnes. Aujourd’hui, mes BD Tome 1 & 2 s’adaptent au cinéma, on m’a proposé d’écrire avec des scénaristes renommés, mais j’ai imposé Eldiablo et Ismael (qui ont fait Lascars) car ils sont dans ma veine et très professionnels.

 

“Dessiner est toujours un plaisir, j’ai la chance de faire de ma passion mon métier.”

 

Qu’est-ce qui pour toi définit un bon dessinateur?
Son imagination, sa créativité, son humour.

Le dessin est l’un des moyens de communication les plus anciens de l’humanité, et demeure malgré tout exceptionnel, alors qu’il devrait être considéré au même titre que la parole. Qu’en penses-tu?
Moi je suis obligé de faire avec, sans le dessin je suis mort. C’est mon outil de communication, je ne sais pas écrire. Je peux commencer un dessin maintenant et le terminer demain à la même heure sans m’arrêter. Je pourrais dessiner en permanence, c’est là où je me retrouve. Et bizarrement, si tu regardes les enfants, tu leurs donnes un crayon et une feuille, ils vont dessiner. Ils ne vont pas chercher à faire des lettres mais des personnages, des paysages etc…

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Les outils et la technique suffisent-ils à faire un bon dessinateur?
Je n’ai jamais pris de cours de dessin, j’apprends en regardant. Pour mes premiers travaux, j’avais vu un type à la télévision qui faisait des planches sur un format A3, alors j’ai commandé des feuilles A3… J’ai fait la même chose dans le graffiti, observer les techniques. Je ne sais pas peindre avec des pinceaux mais j’en ai envie, c’est pour cela que c’est très important pour moi de voir le travail d’autres artistes, comme Noétwo, j’adore ce qu’il fait. J’ai la sensation que les techniques qu’utilisent les peintres me parlent vraiment.
Mets-tu des limites à ton expression?
Je ne vais pas dans tout ce qui est polémique et controversé.

Quel est ton outil préféré? Et pourquoi?
C’est le Posca! Car je suis à l’aise avec cet outil. Ils sont d’ailleurs partenaires de mon association.

As-tu recours au numérique?
Non, et c’est ma grosse lacune. Je ne sais pas utiliser les logiciels de dessin, Photoshop ect… je ne gère pas du tout. Je sais juste envoyer un email et des messages sur Facebook! Je suis motivé pour apprendre, mais j’ai du mal à me dégager du temps pour ça.

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Dessiner est toujours un plaisir lorsque l’on en fait son travail?
Dessiner est toujours un plaisir, j’ai la chance de faire de ma passion mon métier. Je me sens comme un footballeur, avec les zéros en moins sur mon compte!

Quels sont tes projets?
Ma troisième BD va arriver dans le courant de l’année, Allons Enfants. Elle traitera de La Déclaration des Droits de L’Homme et sera destinée aux enfants. C’est l’Education Nationale qui a entendu parler de mon travail et  m’a contacté. Cette BD ira dans toutes les écoles en France si tout se passe bien. Enfin, il y a l’adaptation du Tome 1 et du Tome 2 au cinéma que je coécris avec Eldiablo et Ismael.

BERTHET ONE
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