C’est à Orléans qu’il a fait son apprentissage du DJing, en écoutant le Cut Killer Show puis en participant à des concours de scratch. Après des études supérieures de commerce, il a travaillé pour le magazine The Source et pour La Fouine, avant de composer ses propres morceaux. Ses derniers singles sont le reflet de l’univers musical dans lequel il évolue, à mi-chemin entre le Hip Hop et le Dancehall.

Présentation.
J’ai 32 ans, je suis né et j’ai grandi à Orléans. Je faisais beaucoup de glisse, du roller. C’est à 13 ans que j’ai décidé de devenir DJ, mais je n’avais pas d’argent pour acheter des platines. J’ai fait des petits boulots, j’ai tondu des pelouses, aidé des voisins… A 15 ans, le frère d’un ami a acheté le premier graveur 1X, à l’époque où les ordinateurs n’en étaient pas encore équipés. C’est comme cela que j’ai gravé des logiciels et des CDs, en copiant ceux que je prenais à la médiathèque. Je les revendais, je gagnais 500 francs par semaine, une somme énorme quand tu as 15 ans! A mes 16 ans, j’ai dépensé tout l’argent que j’avais gagné en achetant des platines.

Comment t’es venue cette envie du DJing?
Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai été marqué par La Haine et Le Cut Killer show. Je faisais du basket en sélection nationale et le samedi, on se hâtait de prendre notre douche après le match pour ne pas rater le Cut Killer Show à 22 heures. A Orléans, il n’y avait pas grand chose au niveau du son, à part les mix-tapes de DJs locaux. Le seul moyen d’écouter les nouveautés, c’était cette émission. Mon père était informaticien, j’ai toujours été très attiré par la technique. La musique et la technique m’ont dirigé vers le DJing, beaucoup de mes amis se sont dirigés vers le Rap. J’ai commencé directement à composer, j’avais récupéré un vieil ordinateur de la société de mon père et avec un “pauvre” logiciel, je composais avant d’avoir mes propres platines.

 

“Je suis l’un des rares DJs en France à n’avoir pris aucun virage…”

 

Un univers musical dans lequel tu te sens plus à l’aise?
Cela reste le Rap, je suis l’un des rares DJs en France à n’avoir pris aucun virage, ni électro quand David Guetta est arrivé avec Sexy Beach, ni Zumba ou “camping”… Je suis très urbain au sens large, Dancehall, Afromusic, j’ai besoin qu’il y ait des paroles et un sens, des “punchlines”. Tout ce qui est impersonnel, je ne suis pas dedans.

Tu as fait des soirées, des concerts avec des artistes, mais tu ne t’es jamais penché vraiment sur la technique?
Cela me plaisait énormément quand j’ai eu mes platines, entre 16 et 19 ans, mais je n’étais pas très bon et à Orléans, il y avait déjà DJ Need qui était champion du monde. A le regarder, je voyais ma médiocrité! Je me suis plus amusé à faire de la musique et faire danser les gens. Le scratch, c’est un peu enfermant, ghettoïsant. Même si j’ai gagné quelques “battles” quand DJ Need n’était pas là, ou DJ Moon, mon voisin qui avait fini 4ème ou 5ème aux Championnats de France; les gars étaient plus forts! Je me rapproche beaucoup de ce côté divertissement des DJs américains, ce n’est pas grave de ne pas être au summum de la technique tant qu’on met les bons sons au bon moment, et que l’on interagit avec le public.

Pourquoi avoir choisi ce nom?
Je l’ai choisi à 13 ans, cela convenait à mon caractère car j’étais très déterminé. C’est un nom qui me semblait bien convenir au scratch, avec le B de Battle qui sonnait bien.

Peu de temps après tu es parti à New York?
A 16 ans je me suis retrouvé DJ, enfermé dans ma chambre après le lycée chaque soir, je faisais le minimum pour ne pas redoubler et perdre du temps à l’école. Un an plus tard, on m’a laissé mixer devant mon premier public pour la fête de la musique, et j’ai été remarqué par DJ Nemo (Aurélien Chapuis) qui travaille aujourd’hui pour l’Abcdr du Son. A l’époque, il était animateur pour Radio Campus Orléans, son émission s’appelait Beat Sessions, une sorte de Cut Killer show local. Il a apprécié ce que je faisais et m’a fait venir dans son émission où j’ai rencontré le groupe Baraka et leur Dj Kill. Celui-ci avait créé un site, www.hiphopgame.com, le plus gros site de Hip Hop au monde à l’époque, un genre de Booska-p mondial. Eminem ou 50 Cent avaient déclaré suivre l’actualité sur ce site… C’est ce gars qui avait une dizaine d’années de plus que moi qui avait créé ce site que toutes les stars du Rap connaissaient. Je l’ai accompagné à New York, pour faire un documentaire sur le Hip Hop, de ceux qui rappent dans la rue jusqu’à Jay Z. Grâce à DJ Kill qui faisait hiphopgame.com, on avait tous les contacts avec les artistes pour les interviewer. Le documentaire est sorti en DVD chez Sony et est passé sur Canal+ juste après la diffusion de 8 Miles (Biopic sur Eminem, NDLR). C’est à ce moment-là que je t’ai rencontré et que je suis monté sur Paris, quand tu m’as proposé d’intégrer la rédaction de Track List, je suis parti pour un essai toute une journée avec Ludacris. Ensuite, pour The Source, tu m’as proposé les traductions au départ et quand vous avez mis le CD Sampler, j’ai fait les mix-tapes. Nous avions à l’époque toutes les exclusivités US. J’étais encore en école de commerce à Orléans, je prenais le bus pour venir dans les bureaux à Paris. Tout le monde connaissait mon nom mais personne ne me voyait, ils imaginaient DJ Battle noir et américain, au lieu d’un jeune blanc français. Nous avons organisé une soirée pour The Source dans un club de St Germain-des-Prés, c’est au cours de cette soirée que j’ai mixé, à 4 heures du matin. C’est l’assistante d’Eric Lelièvre, le directeur marketing de Polydor qui m’a repéré, et m’a proposé de participer à un battle de crews. Je devais être avec DJ Kill mais il a décommandé et je me suis retrouvé seul aux platines. J’ai gagné 3/0 contre les plus gros DJs parisiens. C’est comme cela que je me suis retrouvé dans les plus grosses soirées hip hop parisiennes, tous les dimanche au Duplex en 2005.

C’est après cela que tu as commencé à collaborer avec des artistes?
C’est grâce aux mix-tapes que je faisais pour The Source, j’en réalisais environ 25 par an, je prenais tout le marché! C’est comme cela que j’ai commencé à tourner en province, en juin 2006 on m’a booké pour la fête de fin d’année de Sup de Co de la Rochelle, le même soir que la Fouine. Mais après son show, il est resté m’écouter et a demandé mon numéro. Notre collaboration a duré neuf ans.

 

“Mon père partait souvent au travail avec les cellules des platines pour être sûr que je travaille les cours!”

 

Et aujourd’hui tu t’es spécialisé dans le beatmaking.
Avant que DJ Khaled ne soit renommé, je hostais déjà dans les clips et je faisais des remix avec des rappeurs. Cela a marqué, j’ai été le seul à crier sur des morceaux comme le fait maintenant DJ Khaled. Tout le monde m’appelait, pour des mix-tapes ou des soirées. Au micro, j’étais très fort, j’étais l’un des seuls à le maîtriser et à ne pas être en panique que ce soit devant 500 ou 5000 personnes! Je suis revenu aux Etats-Unis après neuf ans d’interruption, en 2014. J’ai récupéré une résidence au VIP Room, au Griffin à New York. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de singles, un peu comme David Guetta mais dans l’urbain. J’ai trouvé ma couleur et sorti mon premier titre avec Lexy Panterra, Twerk Lesson, en juin 2016. Je voulais faire une vidéo “propre” malgré le titre du morceau, j’ai vu celle de Major Lazer où Lexy Panterra danse et lui ai proposé de chanter. C’est une fille qui est très fitness, pas une stripteaseuse. Le deuxième morceau est sorti il y a quelques mois, Downtown. Le challenge était qu’elle ne twerke pas de tout le clip! J’en ai fait une partenaire, nous avons fait la promotion ensemble, trois tournées, en Europe, au Maghreb… J’ai préféré cela plutôt que payer 50.000 euros à un artiste comme Young Thug pour rapper son couplet vite fait, et qui n’aurait même pas partagé le son sur les réseaux sociaux. J’ai préféré mettre l’argent dans le clip.

Tu as sorti il y a peu un nouveau morceau?
C’est mon 3ème single avec Tenny et Mr. Vegas. J’ai repris pour le refrain un riddim classique ragga des années 90, qui avait été popularisé par Mr. Vegas. Je l’ai contacté pour retravailler le son, il m’a envoyé les voix en 24 heures seulement! Walshy Fire, l’un des DJs de Major Lazer est un ami, et comme je faisais quelque chose qui sonnait un peu caribéen, nous avons finalisé ensemble et nous apparaissons tous les quatre dans le clip qui a été tourné en Martinique et à Miami. Nous avons dû annuler la Guyane à cause des événements liés au conflit social, et j’avais envie de montrer un quotidien différent, la mangrove, les bidonvilles de Fort-de-France, les crews de bikers… Les Américains n’avaient pas cette vision de la France, ils avaient plutôt l’habitude des clips de zouk en mode paysage de carte postale… Cela les a surpris.

Tu as un album en préparation?
C’est l’objectif final, mais lorsque j’en serai là, les singles seront déjà vieux. Je me donne huit singles pour être reconnu à l’international, j’en ai déjà fait trois et deux autres sont en préparation avec des Américains et seront finis durant l’été. C’est aussi une façon de représenter la France, il ne faut pas nous sous-estimer.

Quel regard tes parents portent-ils sur ce que tu fais aujourd’hui?
A la base, ils pensaient que cette passion me passerait très vite. C’est lorsque j’ai économisé pour acheter mes platines qu’ils ont réalisé que j’étais sérieux. Mon père partait souvent au travail avec les cellules des platines pour être sûr que je travaille les cours! Finalement, ils se sont rendus compte que mon entourage de rappeurs n’était pas composé de mauvaises personnes, ils m’ont fait confiance et j’ai continué les études jusqu’à 21 ans pour leur prouver que j’étais capable de devenir mon propre patron. J’avais réussi le concours de Sup de Co à Paris mais j’ai choisi de ne pas poursuivre. Ils sont très fiers aujourd’hui, j’ai pu subvenir à mes besoins et ils voient que je suis heureux. Ils sont très concernés et suivent mon actualité.

DJ BATTLE
Facebook: DJ Battle
Instagram: DJ Battle

Texte: David Dancre
Photos: D.R.

 

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