Duke fait partie de la première génération de DJs qui a participé à l’émergence du Hip Hop français. Avec le groupe Assassin depuis 1998, il cultive un esprit d’indépendance et propose sur son label Street Trash le fruit de ses collaborations.

Comment s’est faite ta rencontre avec le DJing?
Mon oncle était DJ, plutôt funk et disco. Il mixait déjà dans des boîtes de nuit et avait plein de disques à la maison, j’ai été donc très tôt en contact avec le vinyle et j’ai commencé à mixer. Quelques années plus tard, j’ai assisté à un show-case de Dee Nasty et Lionel D. C’était la première fois que je voyais un DJ scratcher devant moi, et Dee Nasty maîtrisait assez pour m’en mettre plein la vue, j’ai eu envie de faire de même. Moi, ce qui m’ennuyait, c’étaient les morceaux qui tournaient longtemps, je voulais que cela aille vite, mettre des parties du morceau et zapper sur un autre, le scratch et le passe-passe m’ont permis d’affiner cette technique, le cut simple. Je me suis procuré les vidéos du DMC 88, où j’ai vu Cash Money en action et j’ai compris le fossé qu’il y avait entre la France et les États-Unis. Cela a été mes deux premiers contacts avec le DJing, Dee Nasty et Cash Money. Jusque-là, je scratchais avec le bouton de volume! J’ai gagné de l’argent pour acheter ma première platine. On m’a ensuite rapporté une table de mixage de New York à 500 francs, j’avais 17 ans. Il y a des métronomes comme Clyde ou Crazy B, tu ne sens même pas les morceaux rentrer. Clyde réglait les aigus et les basses dans son casque pour avoir pratiquement le même son d’un disque à l’autre! C’est une école qui m’a influencé. J’ai été DJ pour des groupes et lorsque tu te mets au service d’un groupe, le scratch devient finalement peu important. Même en soirée, cela devient vite pénible.

C’était difficile à l’époque d’être un précurseur dans ce milieu, ne serait-ce qu’au niveau du matériel?
A l’époque, j’étais déjà très connecté avec les acteurs du Hip Hop hexagonal, on m’envoyait des K7, des démos de partout… Le matériel n’a jamais été un frein à notre école.

Tu habites toujours à Lyon après tous ces voyages, une ville comme New York ou Paris ne t’ont jamais attiré?
J’ai habité pas mal de villes du monde, de Montréal à NY, de Paris à Lyon en passant par Genève, Bruxelles, ou encore Rio de Janeiro, mais j’aime pouvoir rentrer chez moi et me déconnecter pour avancer sur mes projets. Lyon est la ville parfaite pour cela, à deux heures des plus grandes villes françaises, c’est central en somme.

 

“Tous mes projets, je les envisage comme une œuvre, de la cover au morceau en passant par le clip.”

 

Quelles sont tes influences musicales?
Tout ce qui est bon, cela peut paraitre simpliste comme réponse, mais c’est vrai.
Il y a différents styles de DJs, soirées, animation, concert, technique, comment te définis-tu?
C’est variable selon l’endroit où je suis et ce que l’on attend de moi. Je fais toujours ce qu’il faut pour répondre aux attentes du public sans être un jukebox à la demande, ce qui me gonfle foncièrement.

Quand tu découvres un morceau, tu imagines tout de suite un mix?
Cela dépend. Il y a eu deux manières de sélectionner et de mixer, avant et après Serato (logiciel de mixage pour DJ, NDLR). Avant, je voulais juste mixer les morceaux que j’aimais, puisque je n’achetais que ce qui me plaisais, commercial ou non, ce qui ne plaisait pas toujours. J’ai du trouver un équilibre entre les “bangers” et les morceaux que je faisais découvrir. Tout le monde n’avait pas accès aux disques et en soirée, les gens voulaient écouter ta sélection. Avec Internet, tu as accès à tout et de bonne qualité et même si je ne m’en sers pas toujours, j’ai choisi de m’adapter à ce nouveau monde pour rester en place. Je peux faire des édits à l’avance, c’est une nouvelle façon de préparer les soirées, c’est ce qui va mettre le rythme. Je ne me sers pas de Serato comme d’une boîte à rythme mais pour surprendre les gens avec des morceaux qu’ils connaissent mais dont je propose de nouvelles versions. J’ai toujours aimé faire mes propres versions en ayant les disques en double. Parfois, j’écoute un morceau, les couplets me plaisent mais pas le refrain. Ce logiciel permet par exemple de changer le refrain ou la fin, c’est vivant.

C’est pour cela que tu es aussi beatmaker?
Jusqu’en 1992-1993, les sons étaient très compliqués, Public Enemy, NWA, c’était très “noisy” avec beaucoup de boucles différentes et tu sentais que le son avait été fait par un vrai musicien, il y avait au bas mot 23 pistes sur ce genre de tracks. Ce n‘était pas très accessible mais j’ai commencé à mettre en boucle des morceaux que j’accélérais, je rejouais un beat avec une vielle boîte à rythme etc. Et c’est à force d’écouter des disques que j‘ai eu envie de faire des morceaux et de travailler avec des Américains, car le Rap français, très “hardcore”  à cette époque, est devenu piano/violons après 1995, et j’ai toujours aimé la réactivité des MC’s américains.

Tu as toujours ton label Street Trash?
J’ai monté mon premier label en 1996, 3ème sous-sol production car j’avais un studio basé en sous-sol a cette epoque. C’était plus une marque de fabrique à poser sur les K7 mais cela a permis de donner naissance à quelques projets, dont mes mix-tapes, qui ont pu sortir dans de bonnes conditions. En 2003, j’ai sorti le premier projet de Profecy, Le cri des briques, et c’est là que j’ai réfléchi à un vrai Label. On était fan des films d’horreur de série B des années 80, c’était l’une de nos références. Street Trash, c’est le nom qui est resté et le label existe depuis 14 ans.

 

“Totalement indépendant, je ne cherche même pas à ce que mes disques soient dans les bacs.”

 

Sur ce label tu as collaboré avec de nombreux artistes, peux-tu en dresser une liste rapide?
The Alchemist, Conway The Machine, Reks, Guilty Simpson, MED, HDBeendope un jeune prometteur de Brooklyn… J’ai encore beaucoup de choses qui vont arriver sur le vinyle. J’imagine toujours la personne qui va arriver sur le son mais parfois, ce n’est pas possible d’avoir tout le monde. Ce sont les occasions qui font les projets, la collaboration devient évidence à force de discuter. Je veux de vrais morceaux et non un featuring que tu payes alors qu’il n’y a aucun feeling… J’ai eu un temps un projet d’album, mais je préfère sortir mes morceaux sur des formats EP et maxis. Tous mes projets, je les envisage comme une œuvre, de la cover jusqu’au morceau en passant par le clip. Quand j’ai fait le morceau avec Conway, je l’écoutais depuis deux ans et je savais déjà qui je voulais pour réaliser la pochette, le tatoueur Gumo qui m’a fait une pochette complètement folle ou Pro sur la pochette de mon projet avec Keith Murray, American Werewolf.

Tu es le DJ d’Assassin depuis 17 ans…
19 ans. On a commencé a bosser ensemble quand Pyroman a fait sa tournée radio en 1998.

Vous venez de faire la tournée L’âge d’or du Rap français, n’était-ce pas un peu tomber dans la nostalgie?
La grande différence était déjà dans la composition du plateau. Tout le monde y avait pensé mais personne ne l’avait fait. C’était une opportunité que nous ne pouvions refuser, qu’Assassin joue devant 14 000 spectateurs. C’est une tournée de qualité avec des personnes comme Rocca, X-Men, 2 balles… C’est une musique qui a 30 ans et beaucoup de personnes n’avaient jamais eu l’occasion de nous voir jouer, ce n’est pas forcément le public d’Assassin. La tournée va durer jusqu’à novembre, il y a de la demande et tous les groupes donnent le meilleur d’eux-mêmes. On a fait le casting et sans se retrouver en position de tête d’affiche, on n’était pas un vieux groupe qui ne tournait plus depuis 20 ans, on a toujours fait des concerts.

N’as-tu jamais eu envie de faire de la radio?
J’aurais aimé, si les portes ne s’étaient pas refermées au nez au profit de gens “mieux placés”, pas forcement plus talentueux, mais connectés, si tu vois ce que je veux dire.

Tu réalises aussi des clips?
Oui, le premier je l’ai fait pour Profecy en 2006, La vie en Dozes. J’ai sorti 12 ou 13 clips dont certains pour Squat (leader du groupe Assassin, NDLR), filmés et montés par mes soins. J’ai fait aussi quelques documentaires et des reportages pour le Planeta Ginga, un festival que l’on développe au Brésil avec Squat et Freddy Vitorino. Je fais beaucoup de mes propres visuels. Totalement indépendant, je ne cherche même pas à ce que mes disques soient dans les bacs. Si tu veux mes disques tu les trouves sur mon site. Quand Back Seat avec Conway est sorti, j’ai eu 300 commandes d’un coup, j’ai fait moi-même les paquets !!! Je fais tout, tout seul, et ma boutique en ligne cartonne. J’ai pris la décision depuis 2015 de me passer des distributeurs conventionnels, les sites internet qui te prennent la moitié de ton argent par exemple, sans même daigner mettre ton produit en avant. A l’ère d’Internet, rien n’est impossible, le monde est à portée de main.

DJ DUKE
Facebook: DJ Duke

Site officiel: djdukeassassin.bandcamp.com

Texte: David Dancre
Photos: D.R.

Partager cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.