Ce jeune martiniquais s’est attaché à la musique et y a consacré ses forces pour devenir un DJ de renom. En association avec des artistes caribéens ou aux commandes de son émission sur Trace, il vise avant tout à rester novateur.

Présentation
Je m’appelle Frédéric. Je viens de Martinique, j’ai 35 ans.

Ta rencontre avec le DJing?
Cela a commencé vers 1997, j’aimais toucher à la musique. Un de mes amis avait une platine dont il ne servait pas, moi j’avais des radiocassettes. J’enregistrais des sons et des mix à la radio, car il n’y avait pas Internet comme maintenant, et j’habitais au François, c’était la galère. Je faisais donc mes mix sur des cassettes, pour moi les platines, c’était vraiment un luxe. À cette époque, j’écoutais beaucoup Sun FM, les mix du vendredi soir avec DJ Jeff qui a été vraiment important pour moi. Ensuite, j’ai eu l’occasion de faire quelques anniversaires et ça passait bien alors je me suis encore plus investi, jusqu’à créer un projet final pour mon Bac (j’étais en section Littéraire) autour de la musique. C’était à l’époque de Titanic et j’avais remixé la bande-son, ce qui m’a valu un 18 au Bac. J’ai eu envie de me lancer même si mes parents n’étaient pas trop favorables.

Comment as-tu choisi ton nom?
Après mon Bac, ma mère m’a donné un an, comme une année sabbatique, pour trouver des études dans la musique, sinon je devais faire ce qu’elle voulait. J’ai trouvé une école de musique en France, mais on me demandait un stage dans le domaine de l’audiovisuel ou de la radio. Et comme j’étais un “fan” de Sun FM, je les ai contacté au culot. Il y avait un animateur qui s’appelait BIG G, un américain, je lui ai expliqué pour mon stage et il accepté. Alors qu’il ne prenait pas de stagiaire il m’a carrément proposé d’intégrer l’émission du vendredi soir, la Friday Night, pendant un mois. DJ Jeff m’a proposé dix minutes dans l’émission de la semaine suivante. C’était une vraie chance qu’il me donnait mais je n’avais encore aucun nom de DJ. À cette époque, il y avait une émission qui s’appelait le Bigdil sur TF1 avec Vincent Lagaff, c’était un DJ qui animait un jeu dans lequel il fallait reconnaître les sons, et en arrivant sur scène il a dit : “est-ce que vous êtes Flyos”? Cela m’a interpellé et ce n’est que le lendemain, avant que l’on annonce mon mix lors de l’émission que j’ai lancé comme nom DJ Fly et depuis ce jour, c’est resté.

 

“Je suis parti en France acquérir un diplôme de Technicien Producteur de musique…”

 

Tu as donc commencé avec des K7, quand as-tu acquis tes propres platines?
Et bien au final, mon mois de stage s’est transformé en six mois, je prenais totalement mon pied. L’ingénieur du son sur Sun FM qui était Directeur de Maxxi FM m’a proposé d’intégrer son équipe, ce que j’ai fait pendant quatre ans en tant que technicien du son et DJ. C’est là-bas que j’ai fait ma première émission de mix. J’avais une émission de Hip Hop RN’B d’une heure qui s’appelait Groove Mix. Et ce n’est qu’après ces quatre années que je suis parti en France acquérir un diplôme de Technicien Producteur de musique afin d’être vraiment qualifié. J’ai donc obtenu ce diplôme international et j’ai investi dans du matériel, une première platine pour vinyles que j’ai achetée à un DJ puis une platine Numark CD avec un plateau Vinyle. Après, je me suis lancé sur le gros matériel pour entrer dans la cour des grands.

Quand tu parles de gros matériel, c’était aussi pour commencer la production?
Non. J’étais encore un débutant, la production est venu bien après vers 2007-2008, lorsque j’ai produit mon premier album West Indeez Coast en tant que compositeur, sur lequel j’avais de gros artistes tels que Tok, Chico, Yeahman C, Goldee, Stone J, E.sy kennenga, Papa Tank… Et après celui-là, chaque année, j’ai enchainé les albums.

Tu es arrivé sur la fin du vinyle en tant que DJ et cela devait être compliqué d’en trouver.
J’allais souvent en France dans les magasins à Châtelet comme Urban Music, mais les vinyles, c’était vraiment encombrant. Je préférais acheter les CD et toutes les dernières compilations. Et pour le transport, c’est incomparable.

Avec le CD, il n’y a pas les a capella ou les versions instrumentales…
C’est clair, mais un des mes amis avait toujours les dernières sorties en vinyle et j’en récupérais beaucoup chez lui pour travailler. Et comme tout le monde, quand Internet est arrivé, nous avons de nouveau eu accès à toutes ces versions en numérique.

Avec Internet qui permet aux artistes de diffuser directement la musique à leur public, le rôle du DJ a-t-il changé?
Oui, totalement. Avant les gens découvraient les sons en radio, en soirées, le rôle du DJ était d’être un précurseur.

Quelles sont tes influences musicales?
J’ai grandi avec du reggae, du zouk mais comme j’ai beaucoup voyagé avec mes parents qui sont des globe-trotters, cela m’a permis de rapporter des sons de partout. J’écoutais vraiment de tout. Mes parents avaient aussi des gîtes touristiques, j’étais en contact avec des gens d’ailleurs et je me suis fait beaucoup d’amis. Je passais pour un dinosaure quand les gens écoutaient ce que j’avais dans mon walkman! J’ai toujours été ouvert sur le monde, aimé découvrir ce qui se passe ailleurs. Je n’ai pas vraiment de style prédéfini, je fonctionne plus par période, parfois de l’électro, parfois de la musique latine, une autre période où ça va être reggae dancehall… Je n’ai aucune limitation musicale, je me balade au gré de mes inspirations. C’est comme cela que je prends aussi des idées pour composer, que je découvre des artistes.

Tu vas en Jamaïque régulièrement?
Oui, j’y étais encore cette année. Trinidad aussi mais moins souvent.

Le statut des DJs là-bas est-il différent de chez nous?
Le DJ là-bas est payé pour passer du son. Je sais que tous les sons que j’ai déjà sorti avec des Jamaïcains, comme CeCile, Richie Loop etc ne passent pas en Jamaïque. Ils passent en Angleterre, au Japon, en Chine, aux Pays-Bas… Tout simplement parce que je n’ai pas payé pour qu’ils le jouent. Donc il faut croiser les doigts quand on sort un son, pour que les DJs l’apprécient et le diffusent jusqu’aux oreilles du public.

Tu collabores avec des artistes sur tes compositions, mais as-tu déjà collaboré avec des artistes pour la scène? Lors d’une tournée par exemple?
Non, je n’en ai jamais eu l’opportunité, même si j’ai collaboré par exemple avec Pompis (Rude Boy) ou Xman (Bécane sans frein), c’est eux qui sont mis en avant. Même si c’est moi qui ai produit, bien souvent je ne suis même pas booké avec l’artiste pour une scène. C’est un travail un peu ingrat parfois, il y a ceux qui chantent et ceux qui produisent. Par contre, être DJ sur des scènes peut déboucher sur de futures collaborations, comme par exemple avec CeCile la Jamaïcaine. C’est lors d’un show sur lequel on m’avait réservé en tant que DJ pour elle que le projet est né, et nous avons enregistré le hit Set it. D’autres sont en préparation.

 

“ A la radio j’ai carte blanche, je joue ce que je veux, c’est mon émission…”

 

Tu as commencé à la radio, et après tout ce parcours, tu es désormais sur Trace. Pourquoi ce choix?
Il ne faut pas oublier que dans la musique, il y a deux publics. Celui qui va en soirée, qui correspond en Martinique à 1 ou 2% de la population et celui qui écoute la radio. Quand je suis sur Trace, je touche des millions de personnes, un public vraiment large. Même quand il y a une période “morte”, au carême par exemple, grâce à la radio il y a toujours une présence. C’est comme un chanteur, s’il ne sort pas des morceaux régulièrement, il passe vite aux oubliettes car il y en a d’autres derrière prêts à prendre le moindre petit espace, c’est là le challenge. Si un bon DJ martiniquais part en France pendant un an pour faire une tournée ou autre, lorsqu’il revient, les boîtes sont déjà passées à autre chose, et le public aussi. Dans la musique, les gens sont infidèles car rien n’est défini par un artiste directement. C’est pour cela que je suis obligé de garder une vitrine pour toucher le maximum de personnes et grâce à cela, j’ai eu des contrats en Guadeloupe, en Guyane, car forcément en retour les gens m’invitent. Alors qu’en soirée, je peux être limité dans ma sélection au profit de l’ambiance, à la radio j’ai carte blanche, je joue ce que je veux, c’est mon émission, mon univers. Trace laisse l’antenne à DJ Fly, et c’est du DJ Fly qu’ils veulent.

Ce qui pourrait être une routine n’en est finalement pas une…
Non en effet, c’est un plaisir permanent. Et la recherche de nouveaux morceaux est un perpétuel challenge pour toujours garder la primeur et me démarquer des autres. Les autres DJs sont mes collègues, mais nous sommes en compétition permanente, pour faire le buzz, avoir le mix ou la production du moment. Avant, notre rôle était de diffuser de la musique, maintenant c’est devenu un métier presque de commercial. Tu vends des soirées, des mixs, tu vends tout, c’est une entreprise.

Cela te convient-il?
Oui bien sûr. Ça fait maintenant 17 ans que je vis de ça et j’en suis vraiment fier. J’ai la chance de faire un métier que j’aime, ce qui n’est pas donné à tout le monde. J’ai la chance de me lever dans la musique et me coucher dans la musique. La musique, c’est ma vie. Il y a des moments où ça marche, d’autres non, mais ce ne sont que des expériences qui rendent plus fort, qui permettent de se remettre en question aussi. Que ce soit pour la musique ou autre chose, c’est ainsi que je fonctionne. Je suis toujours positif, à fond dans ce que je fais, je suis un optimiste.

Quels sont les derniers projets sur lesquels tu as travaillé?
Forcément le morceau que j’ai fait avec CeCile qui est devenu un véritable “tube”, il a été diffusé dans toute l’Europe. Mon premier titre c’était avec Tok et V-ro, ensuite il y a eu des hits avec X Man, Pompis , Nicky B… Je travaille actuellement sur un One Riddim avec des artistes locaux et des Jamaïcains. Je viens de sortir un single avec une artiste inconnue, Shanel Hill, on a tourné le clip à New York.

Tu produis aussi des artistes?
Oui en effet, je l’ai prise sous mon aile et c’est ce que je vais faire à l’avenir, faire découvrir de nouveaux artistes. Parce que travailler avec des artistes connus c’est bien, mais il faut donner leur chance aux autres, comme certains ont pu me la donner.

 

DJ FLY
www.djflyfr

Facebook: DJ FLY
Instagram: DJ Fly

Texte: David Dancre
Photos: D.R.

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