Découvert au sein du groupe Le Remède, Eklips s’est depuis  illustré par ses performances vocales en tant que beatboxer, en imitant les rappeurs français ou américains. Il nous annonce la sortie d’un EP pour lequel il a composé tous les sons «à la bouche», mais aussi des morceaux chantés, à découvrir en avril.

 

Pourquoi Eklips? C’était ton premier nom d’artiste?

Non, mon premier nom c’était avec mes amis d’enfance, on formait un groupe qui s’appelait les ZMC, les Zoulous Masters of Ceremony. Je ne me souviens même plus de mon blaze à cette époque, on se donnait des noms américains (rires)! Après, j’ai fais partie d’un groupe qui s’appelait les Criminal Gang, alors que je viens de Bourgogne… Je crois que je m’appelais Réacteur Killer, cela ne voulait rien dire! Eklips, j’ai trouvé ce nom-là en 1997 je crois. C’est en regardant la lune dans ma ville natale, elle était presque pleine, Eklips, car « lips » ce sont aussi les lèvres en anglais et je fais du bruit avec ma bouche. Je trouvais que cela m’allait bien, la nuit, le jour, le disque lunaire… Je suis un peu la tête dans les étoiles.

 

… je n’avais jamais vu personne faire cela, j’ai commencé sans même savoir comment cela s’appelait. J’appelais ça du Big Boss!

 

 

Tu faisais déjà du Beat Box lorsque tu as choisi ce nom? Comment t’es-tu découvert ces capacités ?

Oui, j’ai commencé dans Futfut, je n’avais jamais vu personne faire cela, j’ai commencé sans même savoir comment cela s’appelait. J’appelais ça du Big Boss! J’étais tout petit et la musique que j’écoutais, ou celle que mes sœurs écoutaient, j’essayais de la refaire à la bouche, Michaël Jackson, Mano Negra, du Funk… Je faisais ça naturellement, comme on peut siffler.

 

C’est venu avant que tu connaisses le Rap ?

Oui, mais assez vite je me suis mis à aimer le Rap, la culture Hip Hop me fascinait. Il y avait Rapline à la télé (j’ai 36 ans). J’ai entendu parler de Rahzel de The Roots, j’ai découvert d’autres artistes, mais il n’y avait pas Internet ni Youtube, on avait très peu d’infos à l’époque. On avait une petite émission locale chez nous, je découvrais Assassin, IAM, NTM, Public Enemy.

Aujourd’hui, combien de sons arrives-tu à reproduire en même temps ?

Trois. Je me sers de la bouche pour faire la rythmique, la langue peut faire un autre son, plus les cordes vocales. Dès fois, on va tellement vite qu’on a l’impression d’en entendre en 4 ou 5.

 

Il me semblait que chez Killa Kela c’était 6?

Je le connais très bien d’ailleurs. Je ne me considère pas comme le plus technique de la Terre non plus! C’est un mélange de deux/trois sons en même temps, plus le micro et la respiration qui donnent l’illusion. Avec le nez aussi, tu peux sortir des sons.

 

Tu as aussi rappé?

J’ai commencé par Beat boxer, ensuite je me suis mis à imiter ce que j’écoutais. Je n’avais pas spécialement envie d’écrire des paroles, j’étais trop jeune, je ne savais pas quoi dire. Au départ, c’était le cri de Joeystarr qui me fascinait, je les avais vu dans des vidéos sur scène, en concert, je crois que c’était le Zénith en 1991 ou 92. Je me suis inspiré de ça. J’ai ensuite commencé à écrire, à rapper, c’était ma passion.

 

Cela a toujours été en moi et c’est ce qui a pris le dessus

 

 

Je t’ai connu avec Le Remède, tu faisais aussi du Beat Box dans le groupe?

Oui, des interludes sur l’album, mais pas des instrus entières. Sauf pour un morceau où j’avais refait l’instru de Mobb Deep, Got It Twisted. Cela a toujours été en moi et c’est ce qui a pris le dessus, c’est aussi pour cela que l’on s’est séparés. Je suis un mec solo, j’ai du mal à être dans un groupe. On commençait à avoir des divergences artistiques. J’ai voulu arrêter.

 

Tu t’épanouis aujourd’hui tout seul. Le Beat Box étant quand même un marché limité, tu as développé tout un show autour…

J’aime bien tout mélanger : le Beat Box, l’imitation, la voix, le chant, le rap, les remix, l’improvisation…

Et l’humour ?

Un peu, parce qu’imiter des voix, cela fait un peu rire. Mais ce ne sont pas vraiment des parodies. C’est une performance. Je me mets à la place du rappeur, j’essaie d’écrire un peu comme lui.

 

Quel morceau t’a permis d’exploser?

Schyzofrench Rap, le premier. Pour le deuxième que j’ai fait peu de temps après, j’ai mis les gens que j’imitais à mes côtés: La Fouine, IAM, Seth Gueko, Sexion d’Assaut… mais eux, ils ne parlaient pas. C’est le concept qui a fait le buzz.

 

Tu as fait aussi le buzz avec ton imitation des rappeurs américains : Busta, Snoop… Cela a fait halluciner même les Américains.

Oui, mais la vidéo qui a vraiment buzzé aux Etats-Unis, c’est celle où je refais l’historique du Hip Hop en 4 minutes, en 40 ou 50 morceaux. La vidéo a été faite il y a environ 5 ans, elle a recueilli 49 millions de vues je crois.

 

Moi, j’essaie d’apporter un côté musical, une performance, un jeu de scène. J’ai beaucoup de scène dans les pattes et quand je monte sur scène, il faut qu’il se passe un truc.

 

Comment expliques-tu que l’Human Beat Box soit si peu connu ou reconnu ?

Cela reste quand même « spé », ce n’est pas « mainstream » et il vaut mieux que cela reste comme ça. Il y a bien eu Doug E.Fresh ou Bobby McFerrin avec Be Happy cela a super bien marché. Le Beat Box aujourd’hui, c’est davantage des battles, les jeunes sont très techniques, tous les jours il y a en un nouveau qui met en ligne une vidéo. Cela finit par se ressembler, mais il y a des trucs que je ne peux pas faire. Moi, j’essaie d’apporter un côté musical, une performance, un jeu de scène. J’ai beaucoup de scène dans les pattes et quand je monte sur scène, il faut qu’il se passe un truc.

 

Le Beat Box est souvent assimilé au Rap, mais il peut aussi être chose, non?

Bien sûr, il y a des groupes de salsa qui font toute la musique à la bouche… Il y a des beat boxers en électro, en reggae, certains viennent du jazz, même s’il y en a beaucoup dans le Hip Hop.

Quels sont les artistes que tu préfères imiter, où tu te sens le plus à l’aise?

Joeystarr par exemple, c’est archi dur, je n’arrive pas à mettre autant de volume que lui, on dirait un éléphanteau (rires) ! Ce raclement de gorge n’est pas naturel chez moi. Je serai plus proche vocalement de gens comme Booba, c’est plus simple pour moi.

 

Tu as l’oreille absolue ?

Je ne sais pas. Je n’y connais rien en solfège, mais j’ai une bonne oreille, c’est sûr. J’arrive à m’entendre.

 

Nous entrons dans une ère horrible, on ne peut plus rien reprendre. Alors que c’est justement la clé, de faire revivre des morceaux, de leur redonner une seconde vie…

 

Tu disais ne pas te limiter au Rap?

Oui, je suis ouvert d’esprit. J’aime le Rap parce que je kiffe les samples originaux : la Soul, la Funk… C’est devenu la guerre maintenant pour prendre un sample, il faut payer cher. Nous entrons dans une ère horrible, on ne peut plus rien reprendre. Alors que c’est justement la clé, de faire revivre des morceaux, de leur redonner une seconde vie… Je trouve qu’il y a une vraie dictature qui s’est installée dans la musique. C’est pour cela que j’aime la scène, c’est un endroit où l’on peut faire ce qu’on veut. J’espère qu’il en sera toujours ainsi. Sur scène, je peux reprendre Thriller, James Brown, je mélange tout… Mon but est de créer une grosse ambiance, faire du bruit, être généreux pour le public. Être sur scène, c’est ma passion, sans ça je déprimerais.

 

Tu as aussi travaillé sur des projets en studio ?

Oui, avec Le Remède, puis Schyzofrench Rap, un EP où je faisais moi-même les featuring, pour ne pas à avoir à appeler les gens (rires)! J’ai fait un album, Monsters, mais sans beat box et cela n’a pas marché. J’avais habitué les gens à faire des imitations et j’ai débarqué sans promo, en indépendant, mais je ne regrette pas cette expérience en studio. J’ai envie de sortir un EP 100% vocal qui va s’appeler LIPS, je pense le sortir en indépendant. J’ai perdu beaucoup de temps à essayer de trouver de grosses maisons de disques, mais elles m’ont toutes dit que c’était de la bonne musique… c’est rassurant. Je vais le sortir humblement en digital le 7 avril 2017 sous le label Radio Krimi Records.

Les gens te connaissaient pour le Beat Box, mais tu as proposé du rap, c’est difficile de changer de style?

Oui, mais il y a de très bons morceaux sur cet album. Certains labels ont refusé de me signer car je n’avais pas de moyens pour la promo, pour passer en radio… Même pour mon EP Beat Box, cela sera difficile, mais j’y crois. C’est du nectar, du sirop de Beat Box (rires)!

 

Tu as composé toutes les instrus toi-même?

J’ai tout fait à la bouche. J’ai enregistré à New York, c’est réalisé par Diesel, ex-KDD. C’est mon pote, un super musicien, on a apporté chacun nos idées et on un vrai résultat.

 

Tu rappes également sur certains morceaux?

Oui, il y a des instrus mais je chante aussi sur certains morceaux. Je me suis transformé en une sorte de Marvin Gaye ou Ottis Redding (rires), il y a des inspirations soul, funk, jazz, et forcément une touche Hip Hop. J’ai laissé parler la musique, c’est vraiment moi.

 

… j’ai fait Booba avec Rohff, forcément les deux acolytes n’allaient pas aimer. J’ai fait des phases vraiment «abusées», mais c’était dans l’esprit de la performance.

 

Tu as plutôt l’habitude des shows, où l’on voit bien que tu fais tous les sons. Comment un disque peut-il faire percevoir ces capacités ?

Tu l’entends, il y a des bruits de bouche, des petites respirations, je voulais qu’on l’entende. Forcément c’est mixé et il y a des effets, mais ce n’est pas trafiqué non plus.

 

Quel rapport entretiens-tu avec les rappeurs?

Généralement j’ai de bons rapports. Ils apprécient ce que je fais et sont parfois étonnés. Pour le morceau La réconciliation, j’ai fait Booba avec Rohff, forcément les deux acolytes n’allaient pas aimer. J’ai fait des phases vraiment «abusées», mais c’était dans l’esprit de la performance. Cela m’a permis de passer à Urban Peace, au Stade de France. Mais c’est normal que les personnes n’apprécient pas qu’on les imite, je peux comprendre. Sur scène, je garde deux ou trois classiques, mais je peux faire Method Man, Snoop, Eminem, Kery James, Lino… Personne ne peut faire cela.

 

Il y a un bon réseau de Beat Boxers en France?

Oui, on se connaît tous. Il y a régulièrement des battles, des championnats de France chaque année et en Allemagne, des championnats du monde, pas tous les ans cependant. Mais c’est toujours très bien organisé, l’événement est diffusé en streaming. On m’appelle pour juger aussi. C’est une vraie communauté.

 

Sur quels critères sont jugées les performances?

Le show, l’interaction avec le public, la musicalité, la technique, l’originalité. Il y a des personnes très techniques mais qui font toujours la même chose, au bout du trentième, le jury se lasse. D’autres sont moins techniques mais font tellement réagir le public qu’ils sortent du lot.

 

C’est une discipline qui pioche dans le Deejing, le Rap, la musique, avec une mise en scène qui est très importante.

Oui, il y a toute une organisation avec l’ingé-son, la lumière qui fait vivre le spectacle. Plus tard, j’aimerai tourner avec un véritable orchestre, mais cela demande un gros budget. C’est déjà un défi de faire ce que je fais tout seul.

 

Tu as intégré le Jamel Comedy Club depuis la rentrée. Comment s’est faite la rencontre?

C’est la production qui a pensé à moi pour apporter un truc original donc je fais ce que je sais faire le mieux, être moi-même.

 

Et tu continues toujours de tourner avec DJ Mouss…

Oui on tourne encore ensemble, là nous revenons tout juste d’une tournée en Asie.

 

Facebook: lips.beatbox

Instagram: eklipsbeatbox

Youtube: EklipsTV

 

Texte: David Dancre

Photo: Cédric Roux

Show Case à Citadium (15 Ans) / Reebok

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