Initiée en 2014, Pli Bel Lari est une opération de revalorisation du centre ancien de Pointe-à-Pitre. Les bénévoles de l’association Atelier Odyssée, présidée par Sylvie Adélaïde, embellissent les rues, créent des jardins collectifs et des installations artistiques qui réimpulsent la vie sociale et culturelle, mais surtout transforment l’image de ce quartier.

Qui sont les membres de votre association? A quelle fréquence vous réunissez-vous?
Les membres de notre association, pour certains, résident à Pointe-à-Pitre, d’autres viennent de tous les coins de la Guadeloupe. Ils sont tous animés par l’amour de cette ville pleine de potentiel et l’envie de participer à un changement positif. Les bénévoles font le ciment de l’opération Pli Bel Lari. Nous nous réunissons un dimanche sur deux pour la mise en œuvre de nos actions.

Le projet de revalorisation du centre ancien de PAP par des habitants est-il né d’un sentiment de délaissement par les collectivités locales?
Il est certain que le démarrage de Pli Bel Lari a été motivé par un besoin de réagir à une situation qui ne nous convenait pas. Qu’il s’agisse du cadre de vie ou de l’ambiance générale très tendue du quartier. Les sentiments de malaise et d’insécurité y étaient très prégnants et ne convenaient pas aux personnes qui ont notamment connu dans le passé, un Pointe-à-Pitre accueillant et convivial. Nous ne pouvions plus rester sans rien faire face à une situation qui nous semblait insupportable.


Vous avez réussi à mobiliser des partenaires qui vous fournissent du matériel, comment les avez-vous convaincus?
J’avoue que les débuts de Pli Bel Lari ont été assez incroyables, nous avons rapidement trouvé un peintre professionnel qui nous a appris bénévolement les rudiments de la peinture en bâtiment et avec le projet sous le bras nous avons frappé aux portes des entreprises susceptibles de nous aider. Les sociétés SIAPOC pour la peinture et GEDIMAT pour le matériel nous ont tout de suite suivi et accordé leur confiance. Rien de mieux pour booster une équipe déjà très motivée.

 

“C’est surtout une façon de revaloriser les habitants du quartier mais aussi son histoire…”

 

Quelles actions ont déjà été menées?
Les actions depuis 2014 sont nombreuses. Nous attaquons actuellement notre quatrième saison. Le projet Pli Bel Lari se décline en 3 volets: l’embellissement des rues avec la mise en couleur des façades; depuis 2014, une quarantaine de maison a pu bénéficier de notre intervention. Il y a également la création de fresques, de trompes l’œil et des réalisations d’œuvres de Street Art par des artistes de plus en plus nombreux à venir porter leur pierre à l’édifice. L’occupation des espaces délaissés avec l’installation d’œuvres d’artistes et les jardins collectifs dont un déjà réalisé et deux en cours de création. L’animation avec des projections cinématographiques publiques, des happening artistiques, des conférences, du théâtre, des expositions et le Chanté Nwel de fin d’année.

Avez-vous besoin d’autorisations avant d’aménager un espace?
Oui, nous sollicitons les propriétaires afin d’avoir leur autorisation pour intervenir, mais souvent, c’est eux qui nous contactent notamment pour la rénovation des façades. Quand nous ne trouvons pas le propriétaire nous minimisons nos interventions, mais nous essayons au moins de rendre les lieux plus propres.

Embellir la ville et surtout les quartiers dits sensibles, est-ce aussi une façon de revaloriser la population résidente et de l’amener vers plus d’autonomie?
Tout à fait, c’est même surtout une façon de revaloriser les habitants du quartier mais aussi son histoire et les personnages (artistes, musiciens, écrivains et autres) qui y ont vécu. Pli Bel Lari a permis non seulement aux maisons de s’ouvrir sur l’extérieur mais aussi de recréer un lien humain qui s’était étiolé au fil du temps. Ainsi, l’esprit de bon voisinage a repris le dessus et ce quartier est aujourd’hui un lieu où le vivre ensemble s’est imposé comme une évidence. Concernant l’autonomie, si l’on parle de se prendre en main en tant que citoyen, on est bien dans ce schéma.

Vos actions ont-elles suscité des initiatives dans les quartiers où vous intervenez? Changé des habitudes, des comportements?
Lorsque nous peignons une maison, trois ou quatre propriétaires des alentours décident de rénover également leur bâtiment. Donc l’effet domino est indéniable et nous avons plaisir à le constater. D’autre part, le comportement des usagers a également évolué. On note plus de respect dans les rapports entre personnes mais surtout l’image du quartier a changé. Le quartier devient peu à peu ‘’branché’’ et ces derniers temps, nous avons régulièrement la visite d’artistes et de créateurs qui viennent tourner leur clip ou faire des shootings.

Quelle est votre conception de la vie urbaine et de l’urbanisme? Avez-vous des “modèles” qui vous serviraient de fil directeur ?
Pli Bel Lari est une opération qui s’inscrit totalement dans une approche participative de la construction de notre cité. L’urbanisme participatif ou collaboratif a déjà fait ses preuves dans d’autres villes comme Lisbonne ou Barcelone. Je pense que le développement du territoire doit s’appuyer sur des personnes ressources qui ont la connaissance du terrain, l’expérience et le savoir-faire. La stimulation urbaine doit remplacer la rénovation urbaine. L’humain doit être remis au centre de la réflexion.

Que manque-t-il d’essentiel au centre-ville de PAP pour rayonner davantage et ne plus être perçu comme un ghetto?
Ce qui manque à Pointe-à-Pitre c’est un projet ambitieux partagé, capable de fédérer toutes les énergies et potentiels de cette belle ville.

PLI BEL LA RI
Facebook: PLI BEL LARI

ATELIER ODYSSÉE
Mail: atelier.odyssee97@gmail.com

par Cee Bee
Photos: D.R.

 

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