Avec un palmarès impressionnant, Fabio Pinca personnifie la réussite dans la boxe thaïlandaise. Il sera en Guadeloupe au mois d’octobre à l’occasion d’un stage pour transmettre les valeurs de ce sport, encore jugé marginal.

Comment as-tu découvert la boxe Thaïlandaise?
J’étais très intéressé par les sports de combats, les films d’actions comme Kickboxer, Bloodsport, et quand j’ai découvert une vidéo avec des combats qui se déroulaient en Thaïlande, j’ai tout de suite accroché. C’était une période durant laquelle j’avais déjà essayé quelques sports de combat comme le karaté, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Il n’y avait pas réellement de contacts. Ensuite, j’ai fait du Kickboxing. Lorsque j’ai trouvé un club de boxe thaï dans ma ville je me suis lancé. J’avais 16 ans et à partir de ce moment-là je n’ai plus lâché.

Qu’est-ce qui t’a plu dans ce sport?
C’est un sport complet. Dans un premier temps j’étais à la recherche du “contact”, mais en le découvrant je me suis vraiment retrouvé dans la philosophie du sport, ses rituels. Toute la culture autour me passionne.

 

 

“Un combat qui se termine par une victoire, on oublie tout de suite que ça a été dur.”

 

 

A quel moment as-tu décidé de faire une carrière dans la boxe?
Au début je n’avais aucune ambition de ce type, c’était simplement pour le plaisir. Mais au fur et à mesure des entraînements, on m’a proposé un combat, et à partir du moment où j’ai ressenti cette sensation d’aller sur le ring, je me suis dit que je voulais aller un peu plus loin. J’ai été encore plus sérieux à l’entraînement, j’ai continué les combats et tout s’est enchaîné très naturellement, avec toujours l’envie d’aller plus loin, de me dépasser.
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Comment as-tu associé cette décision à ta scolarité?
Vers 17-18 ans, j’ai un peu lâché ma scolarité, ce qui a ce moment là m’a permis de me consacrer entièrement à mon sport, même si je n’arrivais pas à en vivre. J’ai dû cumuler les petits boulots à côté, souvent dans la restauration, car avec le service du midi et du soir les horaires étaient adaptés à mon rythme d’entraînement (deux fois par jour). Je me suis davantage consacré à ma carrière sportive qu’à ma vie professionnelle.

Le sport est un élément essentiel de ton bien-être?
Oui, bien sur. Mais j’avais aussi besoin d’avoir un but dans ma vie. Quand tu es adolescent, tu ne sais pas trop ce que tu veux faire et la boxe thaï m’a permis de fixer des objectifs dans ma vie.

Tu as un palmarès impressionnant avec 93 victoires dont 33 par K.O. sur tes 120 combats en professionnel. Ces résultats démontrent une variété dans ta boxe?
J’essaie d’être complet. Je ne suis pas un puncher, je n’ai pas gagné tous mes combats par K.O., j’essaie d’être le plus complet techniquement, de faire de belles prestations, de produire du joli Muay Thaî et de faire du spectacle pour le public.

 

 

“Je pense que la boxe thaï a une mauvaise image dont elle pâtit depuis ses débuts en France.”

 

 

La dimension spectacle est importante?
C’est quand même le public qui te fait vivre, c’est important que lorsqu’il se déplace, il en ait pour son argent. Qu’il reparte satisfait de nos prestations en découvrant des styles, de la variété dans la boxe. Le but n’est pas la victoire absolument, je cherche vraiment à faire un beau combat.
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Quels titres as-tu décroché?
J’ai été deux fois Champion de France, Champion d’Europe.  J’ai décroché 4 ceintures de Champion du Monde dont 3 WBC: champion international WBC, deux fois champion du monde WBC. J’ai gagné le Thaï Fight et récemment la ceinture mondiale IFKA  face à Reece Macallister C’est vrai qu’il y a beaucoup de ceintures mais pour moi, les ceintures de la WBC sont les plus prestigieuses. Ce n’est pas forcément la ceinture mais aussi les adversaires que tu rencontres. J’ai rencontré tous les tops de ma catégorie, Français ou Thaïlandais, et ma fierté est plus à ce niveau.

Quels sont les combats dont tu gardes les meilleurs souvenirs?
Il y a des combats qui marquent le public par l’engagement déployé sur le ring. Celui contre Body, le Thaïlandais que j’ai boxé à Paris, c’était un combat serré, nous nous sommes fait comptés tous les deux plusieurs fois dans le combat. Un autre forcément, c’est ma victoire au Thai Fight qui est un gros tournoi en Thailande.

Le plus difficile?
J’ai en eu beaucoup, mais les plus durs sont les défaites. Un combat qui se termine par une victoire,  on oublie tout de suite qu’il a été dur.

Tu es resté fidèle au Gym Boxing Saint-Fons depuis tes débuts, ce qui peut paraître évident aujourd’hui à la vue de ta réussite. Qu’est-ce qui a motivé ton choix en premier lieu?
Comme je te disais au début, c’est le hasard et la proximité. C’était le seul club du coin et quand j’ai évolué avec mon entraîneur Nasser Kassem, je n’ai pas ressenti le besoin d’aller ailleurs. Je suis fidèle, c’est comme ça que je considère les choses. J’ai commencé avec lui et je terminerai avec lui. Il n’avait pas vraiment formé de “champions” auparavant, mais dans la même période il y a eu un groupe de 4/5 boxeurs qui ont vraiment évolué et ont fait de supers résultats. Nous avons appris ensemble et nous sommes encore là.

 

“Le 17 septembre il y aura Duel au Cirque d’Hiver, je vais rencontrer Andrei Kulebin.”

 

 

On occulte souvent le staff autour des athlètes pratiquants des sports individuels.
C’est clair, il y a toute la “team” derrière. Tous les gens avec lesquels on s’entraîne tous les jours, on évolue, on apprend en se tirant vers le haut.

Et quels sont pour toi les facteurs de ta réussite?
La détermination et le travail. Je ne suis pas quelqu’un qui était surdoué au départ, mais un gros travailleur. Je m’entraînais deux fois plus que les autres et je pense que c’est l’une des clés de mon parcours.
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Dans ce sport (mis à part Lebanner qui est l’exception), il y a un vrai manque de reconnaissance de la part des médias généralistes. Quel est ton regard sur cette situation?
Cela reste un problème en France. Je ne saurais pas l’expliquer, mais c’est forcément plus dur pour nous. Les boxeurs se doivent d’avoir une vie professionnelle pour pouvoir vivre, alors que c’est un sport qui demande beaucoup de sacrifices, de temps d’entraînement. C’est souvent dur de combiner les deux mais c’est comme ça pour l’instant. Heureusement il y a encore quelques médias qui s’intéressent à nous en dehors des médias spécialisés. Il y a une équipe d’OKLM TV qui est venue me suivre à la salle, ils vont me suivre dans la préparation au combat jusqu’à septembre pour Duel au Cirque d’Hiver. Je pense que la boxe thaï a une mauvaise image dont elle pâtit depuis ses débuts en France. J’organise aussi des événements, donc je le constate avec les marques qui ne souhaitent pas associer leur image à la boxe thaï. L’UFC aux Etats-Unis touche tout le monde, même le grand public. Il y a des salles de MMA avec une clientèle de tout type, femmes, enfants, jeunes, plus agés. En France nous sommes encore bridés, ce ne sont que des jeunes issus de la banlieue qui s’entraînent dans les clubs de boxe thaï ou de MMA.

C’est peut être également dû à la multitude des organisateurs pour les galas de boxe thaï?
Il est clair que si tout le monde se réunissait et faisait une fédération pour tous, ce serait beaucoup mieux. Mais c’est compliqué et si j’avais la solution, sois sûr que je ferais tout pour la mettre en place.

Tu organises donc des combats, exerces-tu un métier en parallèle ou bien la boxe est devenue ton métier à temps plein?
Au début, j’ai pas mal galéré. Après les petits boulots, Nasser m’avait fait rentrer en tant qu’éducateur pour m’occuper des jeunes dans la ville de Saint-Fons, ce qui m’a permis de concilier le travail et mes entraînements, j’avais des horaires aménagés. Et il y a trois ans j’ai ouvert une salle “Ring Side”, dans le 7ème arrondissement de Lyon avec de la boxe Thai, du MMA, de la Boxe Anglaise, remise en forme, ouverte à tout le monde, justement pour faire découvrir ces sports à une autre clientèle. Je n’ai pas vocation à créer des champions mais plutôt à ce que les gens viennent se défouler chez moi en découvrant les sports de combats.

 

« Pourquoi pas? Je m’entraîne un petit peu. Cela me tenterait bien avant d’arrêter ma carrière de monter dans une cage. »

 

 

Après Wendy Annonay qui est venu en mars, tu vas venir en octobre pour un stage organisé par Erikc Anselme du Caraibeen Boxing Club de Saint-François. Est-ce une démarche que tu as souvent?
Je me déplace beaucoup dans les clubs, j’anime de nombreux stages car je suis très sollicité. C’est quelque chose que j’apprécie vraiment, partager avec des pratiquants le savoir que j’ai pu acquérir. Transmettre est essentiel.
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Es-tu déjà venu en Guadeloupe auparavant?
Ce sera ma première fois.

Quelles sont tes autres passions?
La boxe thai c’est à plein temps, du matin au soir je suis dedans. Je n’ai pas trop le temps d’avoir d’autres passions, mais j’aime bien le MMA. regarder les combats de l’UFC, pratiquer aussi en loisir.

Tu seras peut-être un jour au MMA?
Pourquoi pas? Je m’entraîne un petit peu. Cela me tenterait bien avant d’arrêter ma carrière de monter dans une cage. Aujourd’hui, ça devient presque une suite logique, je ne vais pas boxer pendant encore dix ans et je n’ai pas envie d’avoir ce regret de ne pas avoir essayé.

Tu as suivi l’Euro 2016? Du côté italien et français?
(Rires) J’ai supporté l’Italie. Je n’ai regardé que leurs matchs. Ils ont tellement bien joué, j’étais déçu . Quand j’ai regardé le match contre l’Allemagne, j’étais en Chine, c’était juste après mon combat. J’étais comme un dingue. C’est normal j’ai la double nationalité, mais forcément une fois que l’Italie est sortie j’étais pour la France et je suis déçu que les deux équipes aient perdu.

Tes prochains objectifs?
A court terme, j’ai un programme assez chargé à partir de septembre; entre les combats et les stages je dois avoir une date par mois. Le 17 septembre il y aura Duel au Cirque d’Hiver,  je vais rencontrer Andrei Kulebin. Le 8 octobre, j’ai un autre gros combat face à Liam Harisson à Bolton en Angleterre. Après, j’enchaînerai avec un tournoi, une date en novembre, en décembre à Dubai, je tourne beaucoup. Mon agenda est chargé jusqu’en 2017!

FABIO PINCA
Facebook officiel: Fabio Pinca

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