Jean-Marc Mormeck a su  conquérir le monde par sa boxe et nous a fait vivre des moments historiques du sport français. Il laisse aujourd’hui une place vide dans le noble art pour rentrer au Panthéon des sportifs français.

Dans la conférence de presse qui a suivi ton dernier combat face à Mateusz Masternak, tu décrivais ta carrière comme étant plus belle que tous tes rêves d’enfant. Qu’est-ce qui t’a permis d’aller aussi loin?
J’ai fait des choses que je ne pensais même pas faire. Au départ, je rêvais d’être champion du monde, mon père voulait que je sois champion de France, au final j’ai fait neuf championnats du monde! J’ai repoussé les limites de la performance, de l’âge, et je pense que cela commence par une personnalité. C’est ma personnalité de toujours finir ce que j’ai commencé, au moins de faire mon maximum pour y arriver. Ma volonté de toujours vouloir avancer aussi, mon entourage, car j’ai rencontré des gens qui m’ont aidé, soutenu, donné envie et tout cela a contribué à me dépasser et ainsi réaliser la carrière que j’ai faite.

Justement ne penses-tu pas que tu aies pu faire le combat de trop?
Je ne pense pas qu’il puisse y avoir un combat de trop mais des combats de trop. Car ce n’est pas un combat qui va faire que l’on ne soit plus performant, c’est plus dans les combats qui précèdent. Si il y a eu un «mauvais diagnostic» dans le suivi médical. De plus, comme je l’ai déjà dit, je n’avais pas combattu depuis 27 mois lorsque j’ai fait le combat du 26 juin face à Tamas Lodi et que j’ai gagné par K.O. à la 4ème reprise. Ensuite j’aurais normalement dû faire un combat transitoire pour me permettre de rencontrer Masternak, mais j’ai refusé car cela repoussait constamment les échéances, et j’ai voulu le combattre directement. Maintenant avec le recul je pense que j’ai peut être pêché par excès puisque si j’avais fait ce combat j’aurais été mieux préparé pour l’affronter et le battre. J’ai tenu dix rounds, je l’ai touché aussi, je n’ai pas été plus en difficulté que cela. Cela a été un combat dur mais je pense qu’il m’a manqué du «Ring». Quoi qu’il en soit je n’ai aucun regret sur ce que j’ai fait.

Comment vis-tu cet après, ce réveil à chaud?
Ça ne fait que qu’une quinzaine de jours que c’est terminé donc je ne peux pas encore vraiment parler d’après ou si je le vis bien ou mal. Aujourd’hui tout va bien, mais réellement en faisant ce combat, en faisant ce choix, j’avais déjà pris la décision de mettre un terme à ma carrière et je l’avais annoncé donc c’est totalement assumé. Je suis bien entouré, par ma compagne, mes amis, des gens positifs qui gravitent autour de moi et il y a encore d’autres challenges à relever. La boxe a été une étape qui m’a permis d’être connu et reconnu, de faire ce que j’ai fait et j’irai sur d’autres routes.

JMM 3

En fin de combat tu as une fois de plus demandé le soutien du public pour continuer à suivre les évènements de boxe car tu as conscience du délaissement médiatique et économique auquel est confronté la boxe anglaise aujourd’hui. Quelles sont pour toi les raisons de cette situation?
Je pense que la boxe est un peu dans le creux de la vague actuellement. Il y a le M.M.A. qui est arrivé et qui nous a pris une part de marché car ils fonctionnent très bien aux Etats-Unis et dans le monde. Il reste la France parce que c’est encore interdit mais où ils ont tout de même également pris une part du marché national. Il y a beaucoup moins de boxeurs charismatiques qu’avant. Il n’y en a qu’un et c’est Floyd Mayweather, c’est un extra-terrestre! C’est le seul qui fait 20 ou 50 millions de dollars par combat. C’est le sportif le mieux payé de la planète et qui règne  sur la catégorie depuis 10 ans. Nous en France, nous n’avons eu qu’un promoteur unique qui n’a pas pensé à la relève. et parallèlement la télévision s’est désintéressée. Mais ça repartira, on voit par exemple sur mon dernier combat qu’il y a un vrai public pour la boxe. La salle était pleine, nous avons fait le troisième meilleur chiffre d’audience de la chaine (l’équipe 21, ndlr)… Moi j’y crois.

Tu parles du monopole des frères Acariès?
Oui parce que c’étaient les seuls et uniques. Mais en premier lieu je pense que quoique l’on dise, car on m’en veut déjà, la fédération n’a pas fait son boulot et la boxe est en décrépitude. Mais c’est une crise mondiale… Ca repartira.

D’ailleurs le président de la fédération française de boxe t’a répondu avec une lettre car il se sentait attaqué par rapport à tes propos…
D’ici la fin de semaine il aura sa réponse, mais c’est très démonstratif comme réaction je pense. Il m’attaque sur mon âge, mais moi à 42 ans je fais de l’audimat, je rempli les salles, la presse suit et je suis promoteur de mes combats. Je donne des résultats, mais lui qu’est-ce qu’il donne? Donc je l’encourage à regarder les réseaux sociaux et à constater ce que les gens pensent.

 

“Parce que je pense qu’il y en a que l’on a oublié, j’aurai toujours un regard sur la Guadeloupe.”

 

En tant que boxeur tu as dû partir aux Etats-Unis et notamment travailler avec Don King pour accéder à tes ambitions. En tant que promoteur, envisages-tu de continuer à proposer aux jeunes boxeurs une alternative au circuit français actuel comme avec  Khedafi Djlkhir ou Daouda Sow?
Oui, j’ai travaillé avec eux et ils sont devenus champions de France. Mais avant moi ils avaient signé avec Mahyar Monshipour qui leur a promis 15000€, alors qu’ils étaient médaillés d’argent. Mais ça n’existe pas. Il n’y a pas d’économie pour ça, je ne vais pas promettre ce que je ne peux pas donner. Lui leur a donné une fois en pensant s’y retrouver dans le temps sur l’investissement. Moi je ne pouvais pas proposer de tels tarifs mais je leur ai donné ce que j’ai pu avec un contrat, qu’on renegocierait si ils devenaient champions de France. J’ai tenu ma promesse, ils sont devenus champions de France et ils sont partis chacun de leur coté car on leur proposait plus, mais en juin, après mon combat, la fédération m’a appellé en me demandant de faire boxer Khedafi Djlkhir parce que je pouvais lui offrir une visibilité qu’eux ne pouvaient pas. La boxe c’est un sport et c’est celui qui m’a permis d’être qui je suis aujourd’hui, donc si je peux lui redonner ses lettres de noblesse en organisant des choses, déceler des champions pourquoi pas.

En mettant un terme à ta carrière tu es rentré au Panthéon des sportifs français qui ont marqué l’histoire mondiale du sport. Comment définis-tu ton héritage?

Je ne peux pas définir mon héritage, c’est aux autres de voir ce que j’ai fait ou pas. J’ai fait appel à Grand Corps Malade en lui disant avant d’arrêter ce sport que je voudrais remercier le public, les gens qui m’ont aidé, encouragé, porté. On récompense les gens une fois qu’ils ne sont plus là, enfin la légion d’honneur je ne l’aurais pas à titre posthume puisque je l’ai déjà eu.

JMM 2
Tu marques aussi l’histoire du sport en Guadeloupe avec Muriel Hurtis et Thierry Henry qui viennent également de raccrocher cette année, qu’est-ce que cela représente pour toi?
La Guadeloupe c’est ma maison, j’y suis né j’y vais tous les ans, j’y ai tous mes soutiens. Donc si je peux déceler des boxeurs, des champions, lancer des jeunes ou quoi que ce soit d’autres j’essaierais d’être là. Parce que je pense qu’il y en a que l’on a oublié j’aurai toujours un regard sur la Guadeloupe.

Tu es né à Pointe-à-Pitre et tu as grandi dans le 93, deux départements qui souffrent des clichés médiatiques négatifs. Quel regard portes-tu sur ces deux viviers?
Il y a des gens biens et des mauvais partout. D’où je viens et où j’ai grandi ne me définit pas. Cela a clairement contribué à forger mon caractère mais c’est pour tout le monde pareil. Ensuite c’est la détermination dans ce que tu fais qui prime et l’image est très importante. J’ai pu m’associer avec des rappeurs (357 MP, ndlr) par le passé sans subir ces clichés et par exemple aujourd’hui j’aime beaucoup Kery James mais j’ai collaboré avec Grand Corps Malade parce que je pense que c’est l’homme de la situation pour ce que je voulais.

 

“Ce n’est pas parce que l’on vient de banlieue que nous sommes voués à l’échec pour citer Kery”

 

Tu es devenu ambassadeur chez Mauboussin. C’est un grand cap pour le luxe de prendre comme ambassadeur un boxeur qui de plus est noir.
La vie est faite de rencontres, et c’est ma personne, l’image que je représente qui m’a conduit là, je pense que les choses se mettent en place d’elles-mêmes dans l’action. Ce n’est pas parce que l’on vient de banlieue que nous sommes voués à l’échec pour citer Kery.

Est-ce que tu pourrais partager un moment-clé qui pour toi a marqué ta vie et permette de te définir en grande partie aujourd’hui?
Par rapport au sport, c’est ma rencontre télévisuelle avec Marvin Hagler. Quand j’ai vu son combat face à Thomas Hearns il y a eu un déclenchement chez moi, j’ai voulu être ce type. J’ai voulu être Marvin Hagler, un héros, un champion. J’étais totalement fasciné. Je me suis donc orienté vers la boxe et c’est devenu ma passion car j’ai gardé cette image et ça m’a motivé. Ce sont les trois rounds les plus violents de l’histoire, c’était démentiel. Quand Marvin est coupé et que le médecin le visite, on pense qu’il va l’arrêter. Il se sent en danger, il se jette sur Hearns comme un animal, le pique et c’est terminé.  Rien n’est jamais perdu. J’ai  trouvé ça fabuleux et cela m’a donné envie.

JMM 4

Quels sont les autres sports que tu pratiques?
J’ai commencé par le foot, parce que j’aime ça aussi et je touche toujours la balle. Sinon le squash car c’est très proche de la boxe, cette violence dans un petit périmètre c’est incroyable pour la condition, le dynamisme, c’est explosif.

Quelle est ta référence en matière de boxe?
Encore une fois je vais dire Marvin Hagler car il a fait ce dernier combat contre Ray Sugar Leonard, qu’il a perdu ( personnellement je suis sceptique quand aux juges mais bon c’est l’histoire.)  On lui propose alors de faire la revanche, et il décline l’invitation. C’est le seul qui n’est jamais revenu. Il a laissé la boxe. Alors que c’était un immense champion. J’ai aimé le boxeur, l’homme pour sa parole, ses valeurs justes, il n’a jamais eu l’appât du gain quand il a exercé ce sport qui nous l’a fait connaître.

Ton plus beau souvenir?
Ma ceinture mondiale quand je bats Virgil Hill parce que personne n’y croit et l’on pense que je suis juste venu faire de la figuration. Mais finalement je le bats avant la limite avec la manière et derrière 9 championnats du monde.

Ta plus belle rencontre sportive?
En 2002 quand je suis géré par Don King. Quoi qu’on dise, c’était le promoteur de Mohamed Ali et Mike Tyson. C’est lui qui gérait la boxe avec les Marvin et compagnie. C’était merveilleux.

Ton champion de tous les temps?
Nelson Mandela.

 

Palmarès

Champion du monde poids lourds-légers WBA (2002-2006,2007) et WBC (2005-2006,2007)

Champion Inter-Continental WBA poids lourds (2010)

Champion Inter-Continental WBA poids lourds-légers (200-2001)

Champion de France poids mi-lourds (1998-1999)

JEAN MARC MORMECK
Facebook officiel: Jean-Marc Mormeck officiel

Partager cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.