Arnaud Crimée est devenu en quelques années un acteur-clé dans le développement du Beach Soccer en Guadeloupe. La perspective d’une sélection guadeloupéenne pour le prochain championnat d’Amérique ouvre la voie à une nouvelle génération de sportifs.

Quel est ton parcours?
Je suis employé de banque, j’ai 30 ans cette année. J’ai commencé à jouer au foot à l’Etoile de Morne-à-l’Eau en minimes, j’y ai joué deux saisons. Puis j’ai fait du tennis pendant quatre ou cinq ans, du hand-ball, du basket. Je me suis un peu écarté du foot et vers 22/23 ans j’ai découvert le foot sur la plage.

 
Comment as-tu découvert le Beach Soccer?
C’était avec Sébastien Hell, nous étions en école de commerce et après les cours nous allions à la plage. Lui est un mordu de ballon, il a joué en nationale, je suis un fana de foot aussi, c’est comme cela que tout a commencé. Nous allions voir des  vidéos sur Youtube, essayions de reproduire les techniques, les “skills”, les jongles, les virgules…

 
Quelle est l’origine du Beach Soccer?
Ce sont surtout les Brésiliens qu’on voyait jouer à la plage, mas ce sport n’était pas encore très développé ni médiatisé. Depuis 2005, la FIFA est devenue organisateur des compétitions. En Guadeloupe, c’est en 2007 que l’on est venu faire une détection, nous étions un peu en colère à l’époque car on ne l’a pas su, pourtant nous nous entraînions depuis des années. Nous étions sur la plage de Sainte-Anne à jouer chaque week-end, jour férié… Nous avons vraiment eu l’impression d’avoir raté une chance.

 

 

“…c’est le côté spectaculaire, le jeu aérien, la technicité, ce sont d’autres sensations…”

 

 

 

Il existe très peu de structures pour pratiquer: le terrain du Moule, de Sainte-Anne, celui de Port-Louis. Quelles démarches avez-vous effectué pour développer cette activité?
A Port-Louis le terrain est là mais il n’y a plus de sable, on jouait donc sur la plage de Sainte-Anne en calant des pierres pour marquer les cages. Quand nous avons commencé,  la ligue n’avait pas de commission associée au Beach. Nous avons monté une équipe en 2012 lorsque le tournoi a été remis à jour et nous l’avons gagné. Nous avons créé notre association,  Gwada Beach Soccer, et un an après la Ligue nous a dit qu’elle était désireuse de diversifier le football car c’était une période un peu morose pour le football français qui perdait des licenciés. L’objectif était donc de pouvoir “stopper l’hémorragie” en diversifiant dans le Futsal, le Beach… Nous tombions à point nommé et j’ai intégré une commission afin de dévellopper l’activité. Trois équipes ont été créées au Moule. Un premier tournoi s’est déroulé en 2013, et l’année d’après sous l’égide de la Ligue nous avons organisé le Nivea Beach Soccer, il y avait beaucoup de monde. Cette année nous avons débuté le championnat de Beach Soccer avec la sélection pour la participation au Salvador.

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C’est la première fois qu’il y a une sélection guadeloupéenne?
Exactement. La Ligue de Guadeloupe est membre à part entière de la CONCACAF (équivalent de l’UEFA pour l’Amérique), ce qui lui donne le droit de participer à ce championnat. Le Beach Soccer est en train de se développer et nous sommes prêts à monter une équipe.

Que représente le football pour toi?
Ce qui m’attire dans le football, c’est la simplicité. Tu as juste besoin d’un ballon. J’aime cette dualité entre l’individuel et le collectif. Quand je joue au foot, je prends du plaisir lorsque nous avons montré un jeu intéressant, si je joue bien mais que l’équipe n’est pas bonne, je ne m’amuse pas. Je préfère un match que l’on perd mais où l’on s’est fait plaisir. Pour moi c’est cela le football, cette passion. Je ne suis pas rémunéré pour toutes mes fonctions, mais s’il faut passer le motoculteur je le fais! Je me suis retrouvé plusieurs fois pour des tournois à monter le terrain tout seul. Ce que j’aime dans le Beach, c’est le côté spectaculaire, le jeu aérien, la technicité, ce sont d’autres sensations que dans le foot “classique”. Cela n’en a pas l’air quand on regarde un match mais ne serait-ce que de lever et passer le ballon c’est très technique et c’est plaisant à voir. Toute cette combinaison-là correspond à ce que j’aime vraiment dans le football.

 
Quels est le profil-type d’un joueur de Beach soccer?
C’est un joueur technique, qui sait manier le ballon. Le terrain est accidenté, comporte des dunes. Il faut s’adapter à ce terrain et être à l’aise avec le ballon. Il y a plusieurs profils, les Russes, première nation du monde au Beach, n’ont pas de gestes très spectaculaires par exemple mais sont efficaces. Les Brésiliens sont plus fantaisistes.

Quel regard portes-tu sur les déclinaisons du foot (en salle, Jorky ball, Freestyle)?
C’est très bien car cela permet à chacun de se retrouver. Généralement on commence toujours une saison à 30 et 40 pour finir avec juste l’effectif. Certains se démotivent, ne trouvent pas leur place. Tandis qu’avec plusieurs déclinaisons, chacun peut essayer autre chose pour mettre en valeur sa technique. Si tu es plus aérien, amateur d’arts martiaux, peut-être que le Freestyle te conviendra mieux. Cela permet à chacun d’avoir ses sensations.
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Quelles sont les principales différences avec le foot “classique”, au niveau du matériel, du temps de jeu?
La différence principale, c’est la taille du terrain qui est plus petit (35 mètres sur 25 environ). Le terrain est divisé en quatre zones, il y a toujours des corners, des penalties, des coups d’envoi au milieu comme au foot. La différence est que cela va très vite, c’est un sport où toutes les remises en jeu ne durent que quelques secondes, le gardien frappe directement le ballon au centre. Statistiquement parlant, un but se construit en trois ou quatre secondes. Autre différence, lorsqu’un joueur entame une bicyclette, on n’a pas le droit de le toucher. Cela reste un sport de contact mais comme au foot les tacles à deux pieds sont interdits. L’objectif est de marquer le plus de buts possibles pour garantir le spectacle.

Combien y a-t-il de joueurs sur le terrain?
Quatre et un goal, cela fait dix joueurs sur le terrain. On a droit à cinq remplaçants qui rentrent et sortent.

Quelle est l’équipe qui t’a le plus marqué?
En foot classique, c’est le Barça à l’époque de Ronaldinho, Déco, Xavi… C’était un plaisir de les regarder. Pour moi la référence c’était Ronaldinho, son côté imprévisible, c’était un artiste au-delà du joueur. En Beach Soccer,  c’est la Suisse qui m’a le plus impressionné, ainsi que l’équipe de Tahiti.  Je suis admiratif car en Suisse ils n’ont aucune plage et ont une réelle technicité au Beach. Je suis parti la semaine dernière à Miami et l’instructeur FIFA qui nous faisait la formation justement est l’entraineur suisse. Ils n’ont pas pu se qualifier lors de la dernière coupe du monde et c’est lui qui a coaché l’équipe de Tahiti. Comme quoi tout s’explique. Ces deux équipes ont la même technique, cet homme a vraiment mis sa touche dans leur jeu.

 

 

“… nous pouvons vraiment jouer un rôle d’acteur majeur dans la Caraïbe”

 

 
Que penses-tu de la récompense du Ballon d’Or?
Franchement, le football classique, je ne comprends pas trop où cela va. Durant la dernière Coupe du monde on l’a attribué à Christiano Ronaldo, pour moi il a fait une grosse saison mais ne le méritait pas sur cet événement là.  Il a été transparent et son équipe complètement fantomatique. Cela devient une vraie mascarade car un joueur comme Neuer méritait vraiment une récompense, il a porté son équipe nationale, a révolutionné son poste et finit troisième, c’est aberrant. Quelqu’un comme Thierry Henri qui était très performant ne l’a jamais eu. Je pense que c’est la récompense d’un média et des lobbys. Le football classique est de plus en plus une mascarade, tant au niveau financier qu’en raison de la coupure entre les joueurs qui sont starisés et les gens qui pratiquent, notamment les enfants. Il n’y a plus de proximité, tout est médiatique. Quand tu entends Ronaldo dire qu’il est triste parce que Messi a eu une augmentation de salaire et pas lui, dans un pays en crise comme l’Espagne, c’est n’importe quoi! Je n’arrive plus à me reconnaître dans le football à cause de ce côté-là. Dans le Beach, je retrouve ce côté plaisir même si à notre échelle cela existe aussi, il y a des primes au match… L’argent pourrit le sport. Le côté social et humain devrait l’emporter.
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Si tu joues en sélection guadeloupéenne, pourras-tu ensuite jouer en équipe de France?
C’est possible. Rien n’empêche un joueur guadeloupéen d’aller jouer en “métropole”. Dans l’autre sens, cela ne l’est pas en revanche.

Quand la compétition se déroulera-t-elle?
Du 28 mars au 4 avril. On jouera le premier match contre Trinidad, le deuxième contre le Mexique, ensuite les îles Turks-et-Caïcos. Si l’on passe, on jouera les quarts et après les matchs de classement. Je souhaite que les gens prennent conscience de la chance que l’on a en Guadeloupe de pouvoir pratiquer ce type de sport, je pense sincèrement que si tout le monde joue le jeu, les municipalités en terme d’accompagnement dans les infrastructures (ce n’est pas ce qui coûte le plus cher sachant qu’il y a des subventions allouées par la FFF), les fédérations comme la LGF pour continuer à développer la discipline, nous pouvons vraiment jouer un rôle d’acteur majeur dans la Caraïbe. Ici on bénéficie d’une très bonne formation “à la française”, si l’on crée des sections de Beach pour les gamins, on peut former d’excellents joueurs. Encore faut-il les inciter et les recruter. C’est un sport attrayant, il y a presque autant de femmes que d’hommes dans le public. La prochaine étape est de s’occuper des jeunes qui sont très demandeurs, surtout au Moule qui est un vivier. Il faut qu’on soit à leur écoute et que l’on mette les infrastructures nécessaires à leur portée. C’est pour eux qu’il faut créer des compétitions, notamment internationales, pour qu’ils puissent s’exprimer.

GWADA BEACH SOCCER
Facebook officiel: Gwada Beach Soccer

 

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