En menant deux carrières, l’une en cuisine et l’autre à la télévision, Babette de Rozières a fait découvrir au public français les richesses des Antilles. Un délicieux mélange d’exotisme, de convivialité et de fraîcheur.

Après des études d’Histoire, vous vous êtes tournée vers la cuisine, pourquoi ce changement de parcours?
J’ai suivi ce parcours d’Histoire-géographie pour quitter ma famille, après le Bac, il fallait absolument que je me sente libre. J’avais 17 ans et la seule façon de quitter le cocon familial c’était de faire des études. Mais j’ai trouvé que j’avais un don pour la cuisine, je cuisinais pour mes amis dans ma chambre d’étudiante, tout le monde trouvait cela bon, moi-même j’y ai pris goût et je me suis dit que c’est un métier que je pouvais faire. J’ai passé des concours pour pouvoir travailler et j’ai réussi celui de l’ORTF en 1968. Un jour, j’ai rencontré la directrice du Grand Hôtel à Paris, j’ai travaillé au standard pour faire des heures supplémentaires, et là je suis allée voir en cuisine, j’ai rencontré des chefs, j’ai appris la technique, tout en profitant du dîner et du petit déjeuner gratuits que l’on m’offrait! J’ai trouvé que c’était un métier convivial, généreux, de partage, c’est tout à fait mon état d’esprit. Cela n’a pas été facile mais j’ai réussi quand même. Je suis partie avec des handicaps car j’étais une femme, en plus antillaise, avec la prétention de devenir chef. J’ai affirmé mon caractère malgré les interdits et ma mère qui m’a lancé un ultimatum: “tu choisis la cuisine ou moi”! J’ai choisi la cuisine, je ne me suis pas démontée, tout en continuant ma carrière à l’ORTF. Cela m’a permis de rencontrer beaucoup de gens formidables.

Vous avez fait connaître la cuisine antillaise au grand public, est-elle considérée aujourd’hui comme un élément à part entière de la gastronomie française?
Je suis la première noire à avoir fait de la cuisine à la télévision, à avoir parlé d’épices, de produits exotiques. Maintenant, les chefs qui me critiquaient lorsque je parlais des noix de coco, des fruits de la passion, des ananas et des mangues, ceux-là inscrivent à leur carte les mêmes produits, c’est le signe que la cuisine a beaucoup évolué.

 

“…la cuisine, c’est un métier de convivialité et de partage…”

 

Parmi vos recettes, quelles sont celles qui ont connu le plus grand succès?
Nous avons une cuisine qui n’est pas très élargie dans la diversité mais je crée mes recettes aux connotations exotiques. Personnellement, le plat que j’aime par-dessus tout est le court bouillon de poisson à la créole, bien citronné, avec un piment dedans et une sauce un peu épaisse, accompagné d’un bon fruit à pain.

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Au niveau de la pâtisserie, les restaurants antillais proposent généralement peu de choix (banane flambée ou flan coco…) Quelles alternatives proposez-vous à vos clients?
Nous avons une multitude de choix parce que nous avons des fruits à profusion, mais nous n’avons pas l’habitude de fabriquer des desserts. J’aime le fruit nature qui conserve toutes les vitamines intactes, mais si l’on se penche sur les desserts, nous avons un moyen énorme de faire des choses que les Français ne connaissent pas. Une tarte à l’abricot “peyi” ou aux pommes cythère par exemple. Je fais des moelleux au chocolat aux patates douces, des soufflés au coco… Nous avons la matière première pour faire tout ce que l’on aime.

Dans votre restaurant de Maule, vous avez privilégié la convivialité (peu de couverts, pique-nique dans le jardin…) C’est un concept à contre courant de la tendance actuelle (toujours plus grand, plus vite)?
Quand les gens viennent chez moi, je veux les faire voyager dans leur assiette, je leur dit qu’ils vont partir en voyage en outre-mer, sans décalage horaire! Il faut leur faire connaître notre cuisine. J’aimerai que tous les restaurants antillais aient au moins un menu créole à leur carte, car c’est notre identité que l’on a dans l’assiette. Je ne sais pas ce qui se fait aujourd’hui mais par définition, la cuisine, c’est un métier de convivialité et de partage, je trouve tout à fait naturel d’inviter les gens dans mon jardin. Le fait de créer un restaurant dans le cadre de ma propriété, cela veut dire que j’aime les gens, que je veux partager avec eux. Je ne suis pas la meilleure mais je suis différente à tout point de vue, j’ai un autre état d’esprit. Je suis née dans une île où il fait beau et où les gens sont conviviaux, je ne peux pas recevoir les gens autrement que dans la chaleur de nos outre-mer. C’est l’ambiance que j’ai créée, j’ai fait de ma maison un havre de paix créole.

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La cuisine à la part belle à l’écran depuis quelques années. Comment expliquez-vous cet engouement?
Quand j’ai commencé la cuisine, ce n’était pas à la mode, mais les gens ont compris que cela avait meilleur goût de cuisiner à la maison. Je n’apprécie pas beaucoup les émissions de télé-réalité, mais elles ont permis de prendre conscience qu’il fallait cuisiner. Les jeunes, les femmes, les maris s’y mettent, ils ne vont plus à la facilité comme avant avec le micro-ondes… Les enfants même apprécient, ils sont fiers de ce qu’ils ont préparé et le mangent. C’est une très bonne chose. Aujourd’hui, je suis reconnue comme un chef respecté et populaire, les gens aiment La cuisine de Babette et me le témoignent bien. Je suis inscrite sur une liste aux élections régionales pour créer des emplois, de la formation professionnelle pour les jeunes, aider les hôteliers, les petits producteurs, faire progresser la culture. C’est désormais ma mission.

BABETTE DE ROZIÈRES
Site officiel: www.lacasedebabette.com

LES P’TITS PLATS DE BABETTE
Sur France Ô, le dimanche à 11h15

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