A 45 ans, il fait partie de la première génération de graffeurs qui a su évoluer avec ses outils pour guider son talent. De l’aérosol à la souris en passant par le dermographe. C’est son état d’esprit qu’il met aujourd’hui en ligne avec son réseau social W4nkr.

Comment as-tu découvert le Graffiti?
Ma première rencontre avec le graffiti, a dû être à la télé, avec un documentaire sur l’avènement du Hip Hop à New York. On y voyait des danseurs, des Djs, des rappeurs et évidemment des graffeurs. Ca a été un électrochoc pour moi. Et jusqu’à aujourd’hui cela a eu une incidence plutôt positive sur ma vie. C’était aux alentours de 1984, on était comme des fous. C’était nouveau, dynamique et tellement différent de ce que l’on pouvait voir à l’époque. Bon, c’est vrai qu’avec le recul, quand tu regardes certains clips ou documentaires, ça a un peu vieilli mais il se dégageait une réelle énergie à l’époque.

Est-ce que tu dessinais déjà avant le Graffiti?
Bien sûr! D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours dessiné. Mon premier fait d’armes, une reproduction de coupe de corps humain copié dans un dictionnaire. J’avais environ 6 ans, mes parents étaient scotchés! Par la suite, je me suis orienté vers la BD pendant mon adolescence, puis le graff est arrivé..

“…Le graff est né bien avant le Hip Hop mais il a émergé en même temps médiatiquement parlant”

 

D’où vient ton nom d’artiste?
Je ne sais plus trop… Je cherchais un nom sympa, qui sonnait bien à l’oreille et qui s’écrivait bien aussi. J’ai eu plusieurs pseudos au début : Spider C, Drayton, puis enfin Obsen. Cela sonne mieux, on est d’accord?
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Tu fais parti d’un crew?
Je fais partie de plusieurs crews. Dans l’ordre, 196 NBA, VHS, MFC, 219, CP5, RAW, WAB. Je sais, ça fait un peu beaucoup, mais dans ce milieu, on a tendance à intégrer des crews au fur et à mesure des rencontres et collaborations. Mais mes deux groupes principaux sont RAW et CP5.

 
Le Graffiti est une discipline issue du Hip Hop, qui est à l’origine un mouvement culturel alternatif et contestataire. Comment le définis-tu et quelles sont pour toi les valeurs que véhicule le Graffiti?
Pour commencer, il y a de nombreuses théories concernant le Graffiti quand à sa relation avec le Hip Hop. En fait le graff est né bien avant le Hip Hop mais il a émergé en même temps médiatiquement parlant. D’où une association entre ces deux mondes. Cela dit, quelques ténors et précurseurs de graff n’ont rien de Hip Hop. Seen par exemple, considéré par beaucoup comme le “godfather du graff” est un amateur de rock. D’autres sont issus du punk ou d’ailleurs, pas que du Hip Hop. Et à en observer la génération actuelle, ça part dans tous les sens. La mainmise du Hip hop sur le graff est de plus en plus floue on va dire.

 
Comment expliques-tu que tu sois plus porté sur le lettrage?
Par paresse! En début de “carrière” je ne faisais que des personnages. Je ne savais faire que ça d’ailleurs. J’étais super nul en lettres. Et un jour, j’ai eu le déclic. Le travail de la lettre a quelque chose de très enrichissant. Cela demande une recherche conséquente et cela demande de l’acharnement et de la créativité pour se démarquer des autres. Quand quelqu’un te dit : “mec, je regardais tes lettres quand j’étais plus jeune, ça m’a beaucoup influencé!”, ça fait plaisir.

 

“Aujourd’hui je me consacre essentiellement au style que l’on pourrait qualifier de néo-cubique”

 

Comment définis-tu ton style?
Mon style est polymorphe, c’est à dire que je n’ai pas de style propre. Mes lettres alternent entre formes anguleuses et arrondies. Et puis j’ai eu plusieurs périodes : les lettres basiques en chrome, les couleurs, les lettres à inspiration thaïlandaises… Aujourd’hui je me consacre essentiellement au style que l’on pourrait qualifier de néo-cubique. Des lettres en aplat, sans contour, se chevauchant par mélange de couleurs. Je me reconnais bien là-dedans. C’est vrai que c’est à des années lumières du graffiti originel, mais je pense qu’il y a tant à explorer. Alors pourquoi ne pas sortir des terrains battus?

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Que penses-tu du «Street Art»?
C’est un terme générique qui veut tout dire et rien à la fois. C’est de l’expression murale? De l’expression urbaine? Sauvage? Spontanée? Personne n’en sait rien, c’est un terme inventé par les galeristes pour vendre. L’art de vendre du graff à des gens fortunés sans qu’ils aient l’impression d’en acheter. C’est un emballage en fait. Concernant certains artistes street art, il y a évidemment Banksy, la méga star, qui quoiqu’on en dise véhicule un message intéressant. Même s’il fait dans la manipulation et le secret (on ne sait toujours pas qui c’est), je pense que c’est un des artistes dont les générations futures se souviendront parmi quelques autres.

 
Quels sont tes ouvrages de références dans l’art et dans le graffiti?
Je ne sais pas trop. Je possède quelques bouquins, mais aucune référence forte. Il y a évidemment le combo Spraycan Art et Subway Art, qui demeurent des incontournables, sinon je ne vois pas trop. Et puis je n’achète pas de livres de graff. Tous ceux que je possède m’ont été offerts! Je suis plus branché bouquins de graphisme, de photos et de tatouages. Je sais, je suis un traitre à la cause!

Quels sont tes artistes favoris dans l’art et dans le graffiti?
Des préférés, je n’en ai pas, même si le travail de certains m’impressionne. Je fais référence à Lek avec son style torturé et architectural, Delta (Boris Tellegen), Bates à l’époque, mon pote Poch,  pour la précision, Jayone, Lokiss, mais bon la liste est longue.

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Tu as toujours travaillé sur ordinateur, ce qui t’a permis de transposer ton univers graphique sur différents supports du type Street Wear avec Badguyz, les magazines sur Track List et Get Busy, sur des pochettes d’album, aujourd’hui chez Trace… Tu as même réalisé un DVD sur lequel tu as animé ton univers (Still Free) et aujourd’hui tu reviens avec des toiles issues de ton travail en 3D sur ordinateur… Avec quel outil te sens-tu le plus à l’aise, avec une bombe ou une souris dans les mains?
Avec le manque de pratique de la bombe, vu la “dispersion” artistique dont je fait l’objet, je dirais que la souris est l’outil que j’utilise le plus. Le danger: une virtualisation de ton travail. Cela reste numérique, en somme, sans vraiment de résonance dans le monde réel, enfin si peu. J’aime peindre à la bombe, mais je n’en ai plus trop le temps, malheureusement.

 
Tu t’es également lancé dans le tatouage, tu as besoin de t’exprimer sur différents supports?
Le tatouage, c’est un des aspects de ma folie. Une petite passion. J’aime toucher à tout. Le tatouage ça me trotte dans la tête depuis des années. Le coté “home made” surtout. Je sais, c’est mal d’après certains pros qui voient ça d’un mauvais oeil, mais je n’en fais pas un business. Cela a été l’occasion pour moi de me remettre au dessin plus traditionnel, ça m’a changé du graff et ça m’a fait un bien fou. Je suis fan de dessin japonais et de tattoo old school… Je n’encre que des proches (famille et amis) dans les conditions d’hygiènes adéquates en plus, donc que demande le peuple? J’y suis venu après être allé à un mondial du tatouage au Jardin d’acclimatation. J’ai eu un déclic. Voir les mecs bosser, ça m’a parlé de suite. Quelques années plus tard, j’ai investi dans du matos. Deux bécanes, une traceuse et une ombreuse. Un kit un peu “cheap” trouvé sur le web. J’ai commencé avec ça. Je me suis orienté au départ sur du cheap pour savoir si ça me plaisait vraiment. La tenue, l’objet, le bruit, tout ça… Cela a donné lieu à des séances assez cocasses, mais concluantes. Du coups, j’ai accroché. De fil en aiguille (c’est le cas de le dire!) j’ai investi dans du matos pro. Je ne pique pas trop en ce moment mais je vais m’y remettre sous peu. J’ai un peu hâte, d’ailleurs…

 

“L’idée est de proposer une alternative et pas d’entrer en concurrence avec Facebook…”

 

 

Tu es actuellement sur le lancement d’un site réseau social alternatif ? Peux-tu nous présenter le projet?
Alors là, c’est mon “big projet” du moment! Cela s’appelle W4NKR (prononcer wanker, branleur en anglais), j’ai conscience du fait que le nom en rebute certains, mais c’est à prendre au second degré avant tout. Car à y regarder de plus prêt, on a tous un coté branleur en nous, mais ça ne nous empêche pas de mener à bien certains projets, faire face à nos responsabilités, innover dans nos disciplines respectives etc… L’idée est donc de créer une communauté libre et créative a partir d’un réseau social. Le projet peut paraitre un peu fou quand on pense à l’énergie et les moyens nécessaires à la mise en place de ce genre de truc, mais j’y crois! Je crois au potentiel de ce projet. L’idée est de proposer une alternative et pas d’entrer en conccurrence avec Facebook, car c’est impossible! Une place dans laquelle les problèmes liés aux données personnelles seraient exclus, un lieu d’échange ou la notion de censure ne serait pas la même, un lieu qui remplirait sa fonction première : rassembler les gens! Bref, vaste projet qui soit dit en passant sera accompagné d’un magazine papier mettant en avant des profils intéressants croisés sur le site. Pour ceux que ça intéresse, les pré inscriptions se font ici : www.w4nkr.fr
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Quel regard porte ton entourage sur ton art?
Un regard plutôt bienveillant. J’ai eu la chance tout au long de ma vie d’être plus ou moins soutenu par ma famille. Il faut savoir que c’est mon père qui m’a transmis l’amour du dessin. Quand j’étais tout petit, mon père griffonnait un peu. Ca m’a donné le virus, mais il a arrêté, je ne sais pas pourquoi. Toujours est-il, ma famille, mes proches, me soutiennent dans mon action, et ça je crois que c’est important. Même s’ils pensent que je suis un peu cinglé. Ce qui est le cas!

Quels sont tes projets?
J’en ai plein en tête, mais je n’aurai pas assez de toute une vie pour tous les tester ou les réaliser. Et puis soyons réalistes, le principal frein aux projets, c’est le manque de moyens financiers. Même si on est débrouillard, l’argent permet tout de même de faire avancer les choses. Mais pour l’heure, je me consacre pleinement à w4nkr. Un pas à la fois!

OBSEN
Site Officiel: www.obsen.fr
www.w4nkr.fr

 

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