Né en Dominique, il grandit entre la Guadeloupe et Marie Galante avant de découvrir le Graffiti dans les années 90. Il fait désormais partie du paysage local avec ses réalisations sur les  bâtiments de Pointe-à-Pitre.

Quand et comment as-tu découvert le Graffiti?
J’ai découvert le Graffiti en marchant dans les rues de Pointe-à-Pitre pendant les années 90.
A cette époque, le Graffiti et le tag étaient en plein essor ici et ce jusqu’en 1996. Il y avait de la compétition entre les quartiers ou les rues partout dans la ville. Et une fois, alors que je me promenais dans le quartier des Lauriers, j’ai rencontré Warner, Chris et Doogy qui étaient en train de peindre une fresque. C’était une opportunité car en général ils peignaient la nuit, et entre voir une œuvre et la voir prendre forme il y a une grande différence. J’ai totalement adhéré aux lettrages, à l’association de couleurs qui était complexe à mes yeux à cette époque. Car quand tu es habitué aux crayons et que tu découvres un nouvel outil c’est toujours passionnant et intéressant. Tu expérimentes. Il y avait aussi une hiérarchie à respecter, on ne venait pas peindre comme ça car il fallait respecter la hiérarchie et les quartiers.

Est-ce que tu dessinais déjà avant le Graffiti?
Oui, mais de manière autodidacte, je n’ai pas fait d’école d’art. Je dessine depuis très jeune. J’ai beaucoup été inspiré par les Marvel (Comics Book) et Dragon Ball Z (Manga).

 

“Je me souviens aussi de sessions dans les cités où les amis dansaient sur des bouts de cartons dans la cage d’escalier…”

 

 

D’où vient ton nom d’artiste?
C’est par rapport à l’idéologie du jeu vidéo, qui représente un labyrinthe avec des obstacles à surpasser pour réussir et gagner … C’est une métaphore de la vie.

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Tu fais partie d’un crew?
Je fais partie du groupe A.E.M. (Artiste En Mouvement) depuis 1993, et qui a été créé en 1989 par Warner et Chris. D’autres noms ont défilé dans ce groupe mais c’est vieux tout ça… Les piliers sont restés, Doogy, Clek, Pwoz, Toon, Warner et moi-même Pacman. Nous sommes tous des vétérans avec une partie qui est en France et le reste en Guadeloupe.

 
Quelles sont pour toi les valeurs que véhicule le Graffiti?
Je suis assez nostalgique de l’ancienne époque, il n’y avait pas d’Internet alors. Je me souviens que pour être à la page de ce qui se passait en métropole au niveau Graffiti nous profitions des amis qui avaient l’opportunité d’y aller et qui nous rapportaient des magazines comme Radikal, R.E.R. ou tout autre magazine qui était affilié à l’art urbain. Il n’y avait pas grand-chose mais c’était fait avec une vraie énergie. Je me souviens aussi de sessions dans les cités où les amis dansaient sur des bouts de cartons dans la cage d’escalier alors que d’autres gribouillaient un dernier lettrage, l’échange permettait la performance. Aujourd’hui cela a changé, les gens téléchargent Photoshop et ils te disent qu’ils sont infographistes, on perd cette valeur Hip-Hop classique et c’est dommage. Il y a des disciplines dans l’art urbain qui ne sont plus aussi authentiques qu’avant, même si il y a toujours des puristes. Dans le rap par exemple, il n’y a plus beaucoup de rappeurs à part peut-être Kery James que j’apprécie toujours autant parce qu’il est toujours bon et qu’il ne change pas, mais on les compte sur le bout des doigts que ce soit dans le Rap US ou français. Au niveau Graffiti, à part les anciens qui sont toujours là, la nouvelle génération ce n’est pas ça du tout. On essaie de donner des bases mais ils veulent pousser plus vite que d’autres. L’époque a changé, avant moi il y avait des choses et après moi il y en aura aussi. Maintenant, il faut savoir comment le jeune aujourd’hui qui veut se lancer, ou qui est passionné de l’art urbain et ce quelque soit la discipline, va garder cette authenticité que nous avions à l’époque.

 

“Chaque artiste a son style et son regard sur la vie de tous les jours dans le monde”

 
Est-ce que tu fais encore de l’illégal?
Beaucoup moins, c’est sûr. Car quand on grandit, on a des priorités et comme tout graffeur sur le circuit, quand on a des choix à faire et que cela devient notre quotidien professionnel. On a forcément moins le temps pour la rue mais dès qu’il y a une occasion moi je dis toujours oui.
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Comment définis-tu ton style?
Je dirais plutôt entre le réalisme et la BD, en passant par des messages de rappel dans notre société.

 
Le message est important pour toi?
Bien sur que c’est important. Mais tout artiste quel qu’il soit, chanteur, danseur ou peintre ont tous un message. Maintenant chaque artiste a son style et son regard sur la vie de tous les jours dans le monde. C’est la manière dont il divulgue le message qui définit sa pertinence. Parce que si l’on regarde le message des graffeurs dans les pays qui sont en guerre, ce sont des messages de liberté et dans d’autres comme à Londres ou New York, c’est artistique. Cela change selon l’emplacement géographique, et la vie de chacun dans ces endroits. Moi je suis plus dans les personnages et dans d’autres choses qui peuvent toucher.

Tu es plus sur les personnages que sur le lettrage…
Oui et depuis mes débuts. Avant tout le monde était dans les lettrages, et très peu dans les personnages réalistes. Quand j’ai rejoint A.E.M. tout le monde faisait des petits B-Boys et des lettrages. Et lorsque nous allions sur les terrains vagues ou lors de manifestations il fallait se démarquer, j’ai donc décidé d’aller dans des choses un peu plus techniques. Dans A.E.M. il n’y avait que Doogy et moi qui nous attaquions à cette partie-là alors que Clek était plus dans le  “vandal” et que les autres faisaient des lettrages. Chacun avait une tâche, et c’est d’ailleurs pour cela que lorsqu’il y avait des émissions télé ou des festivals, c’était Warner et moi. Parce que ce que nous exploitions comme direction était plus commerciale, ça ne choquait pas, nous rentrions plus dans les mœurs. En tant que crew, nous étions assez complémentaires et c’est ce qui nous a permis d’évoluer aussi, à l’image d’un groupe de danse, avec un qui danse debout, un au sol, d’autres avec des figures. Du vandal, j’en ai fait quelques-uns comme ça même si je n’étais pas plus fort que d’autres, mais il faut au moins en faire un ou deux quand-même. Il y a aussi le Toy, on ne «toyait » pas les gens comme ça, on allait les voir et si il fallait clasher quelqu’un on y allait à coup d’artistique… Ce n’était pas un trait! C’était la performance, le vrai clash! Et c’est ce qui nous permettait aussi de progresser encore…
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Comment est né le projet sur les bâtiments de Pointe-à-Pitre?
Cela rentre dans un cadre professionnel. Ce qui s’est passé politiquement parlant, que ce soit au niveau des mairies, de la région ou même des gens qui habitent dans les cités est qu’ils se sont rendus compte que leur quartier était sale, que personne ne respectait rien. Et il y a eu une démarche dans les quartiers sensibles pour embellir l’environnement. Mais avant que nous peignions des fresques sur plusieurs étages (la seule personne qui peignait sur de telles surface c’était «Groover»),  c’était limité à quelques lettrages que nous faisions lors de fêtes de quartiers ou autres journées organisées par des associations. Au fil des années, ils se sont rendus compte que cela ne servait à rien, car un gars graffait là mais n’était peut-être pas du quartier alors son graff était effacé. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, le graffiti était encore très mal vu, c’était un vrai frein pour nous exprimer. Nous pouvions avoir de beaux discours, quand nous prononcions Graffiti, le cliché de dégradation et l’association à la délinquance ou à la violence était présent. Ils ne cherchaient pas à comprendre la beauté de la réalisation. Et ce n’est que plus tard qu’ils sont partis dans les fresques, en commençant avec Pwoz, puis au fur et à mesure ils ont vu que ça tenait, que politiquement ça passait, que les jeunes, les vieux, le maire appréciaient. Puis nous avons mis des programmes en place et jusqu’à maintenant cela se passe bien.Ca fait du bien aux gens, ils retrouvent un peu de joie, de couleurs dans leur cage d’escalier. Je ne sais pas pour les autres artistes, mais pour ma part j’essaie de toujours prendre en compte les attentes de ceux qui y habitent. Il faut rester lucide sur ce que les gens veulent.

 

“Ce sont les gens qui créent les lieux et pas l’inverse donc je crois en la Caraïbe…”

 
Est-ce que tu aimerais exposer en galerie?
Je suis actuellement en train de sonder cet aspect d’expression, mais je ne veux pas faire comme mes collègues. Je ne veux pas aller en France ou à Londres pour aller dans m’exposer dans les endroits à la mode et pourtant j’ai déjà eu des propositions. Je suis plus intéressé par la Caraïbe. Je ne veux pas oublier d’où je viens et avec les artistes qu’il y a en Guadeloupe il y a de quoi faire. Il faut juste casser cette chaîne de dire qu’il n’y a jamais rien. C’est clair qu’il y a des choses ailleurs et très peu ici mais nous pouvons les créer nous-mêmes. J’étais à la Dominique au mois de juillet pour une action humanitaire où mon rôle consistait à aller peindre chez les pauvres. Je frappais à la porte de leur case pour leur proposer de mettre de la couleur dans leur maison et pour moi c’est ça le graffiti, cet échange humain. C’est ma vision personnelle, pour moi le graffiti ce n’est pas juste un aérosol dans les mains et placer un lettrage.  Il ne faut jamais oublier qu’un graffeur comme un autre artiste a toujours une histoire. On a tous une histoire difficile, un vécu, et c’est le Graffiti qui a été notre thérapie. Il nous a aidé dans tout, boire, manger, être perçus autrement et êtres respectés par les gens. L’artiste qui tient la bombe doit faire ce qu’il faut pour faire apparaître ce qui doit être. Je ne dois pas ma vie à un diplôme  mais au Graffiti , et ce qu’il a fait pour moi je peux le transmettre aussi à quelqu’un qui vit quelque part dans un ghetto ou ailleurs. Et quand je dis transmettre, ce n’est pas que tout le monde devienne graffeur, l’idée est de transmettre la joie que j’ai mis dans le graffiti. C’est en rencontrant, en échangeant que l’on est dans l’urbain, cette interaction permanente. Pour résumer, le Graffiti ce n’est pas que prendre une bombe pour peindre deux trois pièces et faire des expositions, il y a tout le coté pédagogique avec ses codes. Ce sont les gens qui créent les lieux et pas l’inverse donc je crois en la Caraïbe et c’est ce que j’enseigne à mes élèves puisque j’enseigne aussi pour les bacs professionnels dans le domaine artistique au  lycée du Lamentin.

Que penses-tu de l’évolution du «Street Art»?
C’était mieux avant, par rapport à la relation humaine. La confiance et la parole suffisaient pour mettre de l’ordre… Mais à part cela nous avons beaucoup évolué techniquement et les gens acceptent mieux aujourd’hui le Street Art.

Quelles sont tes ouvrages de références dans l’art?
Il n’y en a pas vraiment, surtout aujourd’hui. Mises à part les bases classiques du dessin, il faut laisser agir nos idées et nos émotions. Maintenant il y a Internet, tout va très vite. Pour ma part je pense qu’il faut juste avoir Dieu dans sa vie spirituellement parlant, et le laisser guider ta vie.
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Quels sont tes artistes favoris?
Loomit, Daim, Shadow et Noé Two.

Est-ce que tu vis de ton art?
Oui, je vis de mon art sans problème grâce à Dieu merci.

Quel regard porte ton entourage sur ton art?
Il sont très contents et ravis de ce qui se passe dans ma vie avec le Graffiti.

Quels sont tes projets?
Continuer d’embellir les cités et préparer ma prochaine exposition dans la Caraïbe.

 

PACMAN
Site officiel: www.alpacman-gallery.com

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