Urbain par essence, Pro a marqué les rues de son style futuriste. Il déstructure aujourd’hui ses premières inspirations pour donner à la bande-dessinée une nouvelle dimension.

Comment as-tu découvert le Graffiti?
Je m’intéressais au Graffiti dans les années 80,le vrai détonateur fut quand j’ai vu peindre devant mes yeux Mode 2 et Colt en 1989 dans ma ville Choisy-Le-Roi , lors du bicentenaire de la révolution française.J’ai tout de suite compris que j’allais épouser cet art.

Est-ce que tu dessinais déjà avant?
Oui, j’ai toujours dessiné autant que je m’en rappelle, ma mère a toujours des dessins de moi à cinq ans! C’était comme une thérapie, une évasion, les gens qui dessinent des heures peuvent comprendre ce que je veux dire, tu es seul face à toi-même.

 

“J’entretiens toujours ce rapport manuel que ce soit avec un crayon, une bombe, un pinceau ou l’aérographe”

 

D’où vient ton nom d’artiste?
Je cherchais un nom qui me mettait une sorte de pression, un nom à honorer, Pro me convenait bien et un tag à trois lettres était original à l’époque, tout le monde en avait quatre ou cinq. Le 176 ensuite est en référence à mon année de naissance 1976.

IMG_3890bueno
Le Graffiti est une discipline issue du Hip Hop, qui est à l’origine un mouvement culturel alternatif et contestataire. Comment la définis-tu et quelles sont pour toi les valeurs que véhicule le Graffiti?
Le Graffiti était là avant le Hip-Hop. Les gens écoutaient de la Funk, du Rock. C’est bien plus tard que le public l’a associé au Hip-Hop. J’ai travaillé trois ans aux côtés d’un grand artiste américain, Seen, un pilier de la culture Graffiti et il me l’a souvent relaté, à l’atelier on bossait sous Jazz, Pink Floyd ou Deep Purple! Pas une goutte de Hip-Hop, il était allergique à ça! Moi, j ai perdu ce truc de Paris, de l’associer au Hip-Hop. Mais le Graffiti a toujours été un peu à part, comme le canard boiteux dans une famille, beaucoup plus radical que la musique ou la danse. Toujours vu d’un certain œil. Après, la meilleure façon de comprendre les valeurs du Graffiti c’est de le vivre ; Vu de l’extérieur c’est très sectaire avec ses lois et ses codes, le vrai graffiti n’est pas fait pour le grand public. Ce n’est vraiment que pour les passionnés, un peu à la manière du freejazz. Mais ce n’est que mon avis.

 
Tu es capable de faire aussi bien des personnages que du lettrage, dans quel domaine te sens-tu le plus à l’aise?
C’est selon les périodes je pense mais j’essaye de jongler avec tout mes atouts, de toute façon j’ai toujours ma ligne directrice et mon univers, les gens me connaissent pour ça. Mais depuis quelques années je maîtrise bien ou je veux aller dans l‘abstrait.

 
Tu as es toujours resté très urbain dans la pratique, est-ce que tu travailles sur ordinateur?
Je ne touche pas trop à l’ordi à part les choses basiques, j’ai toujours privilégié le travail à la main, je suis un peintre pas un graphiste. J’entretiens toujours ce rapport manuel que ce soit avec un crayon, une bombe, un pinceau ou l’aérographe, j’adore apprendre de nouveaux trucs et les tester dans la vraie vie sur de la vraie matière. Dans ce monde ultra cybernétique, faire quelque chose de ses mains sera vraiment rare dans le futur, tout est poussé dans le sens de la machine. C’est pour cela que dans mes tableaux tu peux souvent retrouver des rapport au machines ou à des choses mécaniques, les forme de mes lettres sont très futuristes, c’est un sujet que je creuse.

 

“Je cherchais une manière de pousser l’art de la bande dessinée et le faire évoluer vers un résultat abstrait…”

 

 

Après le travail à la bombe, tu travailles maintenant la peinture sur toile avec également des Poscas…

Je travaille à l’acrylique et au pinceau principalement sur toile. C’est une autre façon de travailler que sur des murs.

Ce que tu proposes aujourd’hui avec tes personnages de comics déformés marque définitivement une évolution dans l’identité de ton style. Comment en es-tu arrivé là et comment le définis-tu?
Je cherchais une manière de pousser l’art de la bande dessinée et le faire évoluer vers un résultat abstrait tout en gardant l’essence du comics. J’ai commencé à lire des comics américains très jeune, ma mère m’achetait des “Strange” (bande dessinée en kiosque dans les années 80), j’ai commencé à les recopier dès l’âge de 6 ans. Cet univers m’a toujours suivi à vrai dire, il fut normal que je m’en serve, le développe pour en faire ma force dans le graffiti donc le basculement sur toile fut logique, je l’ai fait évoluer dans une forme abstraite sur ce nouveau support.
Magician Orko Distortium::93cm par 97cm
Tu exposes maintenant régulièrement en galerie (tout en continuant de faire des murs). Comment t’es venu cette démarche? Les propos de certains «puristes» ne vont pas dans ce sens, qu’en penses-tu?
C’est la continuité de ma carrière je pense, et je n’ai jamais cherché à rentrer en galerie, ça m’est arrivé dessus comme beaucoup de choses de ma vie.  Je pense que le travail reste la clef, les gens ne prêteront attention à toi que par l’énergie que dégage ton travail. Je prend cela comme de la boxe, je suis prêt à tout moment et m’entraine sans relâche six jours sur sept! Je suis plus souvent à mon atelier que chez moi. Pour ce qui est des propos des  «puristes», ce n’est pas mon problème, je suis ma route, aucun d’eux ne me donne a manger. J’ai confiance dans ma peinture.

Que penses-tu du «Street Art»?
Le même sentiment que ma réponse précédente, ce n’est pas mon combat. Chacun s’exprime dans la discipline qu’il a choisie. C’est un peu comme le foot et le rugby, le graffiti et le street art, c’est le même terrain, la même pelouse, il n’y a que les buts et les règles qui changent!

Tu as sorti un livre récemment, est-ce que c’est ta contribution à l’histoire de l’art?
Déjà ce fut un accomplissement personnel après 25 ans de graffiti, il fallait que je fasse le point et dévoile un peu mes archives au public, j’ai commencé en regardant Mode2 peindre et c’est lui qui a fait la préface de mon livre, c’est un honneur et aussi un moyen de boucler un cercle. Dans le graffiti j’ai créé un style, une façon de peindre, il fallait laisser une trace et ce livre est le meilleur moyen. De plus, le livre contient plus de 250 pages, des interventions d’autres artistes, beaucoup de grandes photos et toutes les disciplines et supports sur lesquels j’ai pu peindre. Ça va du métro à la sculpture sur bois. J’ai essayé de faire un ouvrage très complet qui me représente bien même pour les personnes novices à cet art et à mon style.
_MG_0210
Quelles sont tes ouvrages de référence  graffiti et dans l’art?
Le premier livre qui a changé ma vie fut Spraycan Art, j’ai mis la main dessus lorsque j’avais 13 ans, toute ma jeunesse j’avais lu des Comics et là je découvrais quelque chose de différent mais avec des similitudes, comme les gros à-plats de couleurs, les onomatopées… Croiser les deux univers était mon but.

 
Quels sont tes artistes favoris?
Jack Kirby, Dondi, Moretti, Moebius, Drouillet, Kandisky, Picasso, Adami, Romita… J’en ai beaucoup qui me viennent en tête !!!

Est-ce que tu vis de ton art?
Oui je vis de ma peinture, c’était le but que je m’étais fixé depuis le départ, réussir à devenir mon propre patron, faire de ma passion mon métier, me lever avec un but bien précis. Dieu m’a donné le don de savoir dessiner, j’ai toujours su que c’était mon arme dans la vie et un moyen de communiquer très fort. Je ne voulais pas gâcher cela et aujourd’hui j’en récolte les fruits. Mais je suis conscient que c’est un privilège car avant j’ai toujours travaillé dans des emplois qui ne me plaisaient pas et qui empiétaient sur mon temps et ma créativité.

Quel regard portes-tu sur ton parcours?
Beaucoup de détermination et de travail acharné sans relâche, l’envie à chaque fois de progresser, de passer les paliers. Après chaque journée est une nouvelle étape, je ne vis pas dans le passé, mais je sais que j’ai fait les bons choix dans mon parcours.

 

“J’ai arrêté la musique en 2009 pour me consacrer à 100% à ma peinture, je ne trouvais plus de plaisir à faire de la musique…”

 

 

Quel regard porte ton entourage sur ton art?
Mes proches sont fiers de moi et apprécient ma peinture, tous ces efforts ne furent pas vain.
Mais la vie, c’est comme un bateau, rien n’est stable, je dois maintenir mon cap, je ne sais pas de quoi sera fait demain. Tant que la peinture me fait vivre je mets toutes mes forces dedans.

Es-tu déjà venu peindre en Guadeloupe?
Non, mais en Martinique en 2004, je suis parti dans la famille d’un ami proche, j’ai beaucoup apprécié et même graffé quelques murs du côte de Fort de France.

Tu es également rappeur. Où en est ta carrière?
J’ai arrêté la musique en 2009, pour me consacrer à 100% à ma peinture, je ne trouvais plus de plaisir dans le fait de faire de la musique, malgré le fait que j’en écoute toujours autant, mais la peinture m’est vraiment vitale et je ne pouvais plus couper mon énergie dans deux disciplines différentes, il fallait faire un choix.

Quels sont tes projets?
Je vis au jour le jour, tout ce que je sais c’est que je vais toujours intensifier mon travail en galerie, exposer à l’étranger, gagner encore plus de technique sur toile, toujours peindre quelques murs, développer le travail en volume aussi, c’est mon objectif pour 2015 .
Sinon mon livre Cosmonometry est toujours disponible sur mon site www.cosmonometry.com.

PRO 176
Facebook officiel: Profécy

Partager cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.