Alliant glisse, vitesse et vol, le kite surf regroupe des adeptes de plus en plus nombreux. Un sport extrême décrypté par le champion du monde, Alex Caizergues, impatient de battre un nouveau record.   

Comment est né le kitesurf?
Dans les années 1980, deux frères bretons, les frères Legaignoux,  ont inventé le concept de l’aile gonflable qui une fois tombée dans l’eau peut redécoller, ce qui n’était pas le cas avant avec des cerfs-volants classiques, ou de type aile à caisson (un peu comme en parapente). Ce sont eux qui l’ont inventé tel que nous le connaissons aujourd’hui. Mais leur invention a mis du temps à être vraiment utilisée et développée et c’est finalement dans les années 2000 que ce sport est réellement né.

Quel matériel est utilisé?
Une aile gonflable et une planche qui varie selon le type de navigation. Nous avons des petites planches qui ressemblent un peu à des snowboards, que l’on appelle des Twintip, dont on se sert pour le freestyle, et des planches qui sont très proches des celles de surf pour aller dans les vagues, avec ou sans straps. Il y a aussi toutes les planches que l’on utilise en course. Parmi les variantes, les toutes dernières sont les planches à foil, ce sont des planches avec un gros aileron en dessous qui permet avec un peu de vitesse de s’élever au dessus de l’eau. C’est le dernier produit à la mode que l’on utilise en compétition. Pour ma part, j’ai des planches qui sont conçues pour aller très vite sur l’eau.

 

“Je ne connais aucun sport nautique qui procure autant de sensations.”

 

A quel âge as-tu découvert le kite?
Mon père et mon frère s’y sont mis au début des années 2000 et en les voyant j’ai eu envie d’essayer. J’ai commencé réellement en 2002 à 23 ans. J’ai donc découvert le kite assez tard, je terminais mes études, heureusement d’ailleurs sinon je n’aurais pas beaucoup bossé!

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Quelles sont les sensations que te procure la pratique?
J’avais fait du windsurf avant, du wakeboard, de la plongée sous marine, un peu tout ce qui touchait à l’eau mais je ne connais aucun sport nautique qui procure autant de sensations. Cela faisait un mois que je pratiquais et je sautais déjà à quatre ou cinq mètres de haut. Ce que je n’avais jamais envisagé en windsurf car il faut être dans les meilleurs mondiaux comme Camille Juban pour monter aussi haut. Au niveau des sensations, c’était juste énorme et cela n’a fait que progresser avec les années d’expérience, je monte maintenant à plus de dix mètres dès qu’il y a un peu de vent. Ce sont de vraies sensations de vol. Ensuite il y a la vitesse, je vais à plus de 110 km/h en vitesse de pointe, avec un record à 105 km/h de moyenne. En plus de ces sensations de vitesse et de glisse sans aucune protection, dans les vagues, tu retrouves des effets qui sont proches du surf, mais je prends dix fois plus de vagues qu’un surfeur. En surf, une fois que tu as pris ta vague, tu as besoin de ramer pendant un quart d’heure pour remonter au pic, en kite tu repars tout de suite. Et tout cela juste avec un cerf volant.

 
Cela paraît très accessible.
C’est un peu l’ambivalence du kite. C’est très accessible car tu vas progresser très vite, je me souviens qu’au début j’avais la sensation de multiplier par deux mon niveau à chaque session, cela t’obsède. Mais par ailleurs, c’est un sport de nature, un sport dangereux si tu ne le pratiques pas dans les conditions de sécurité maximales et sans prendre de leçons, c’est la base. J’ai donc fait comme tout le monde, un stage de trois jours qui m’a coûté un peu d’argent mais lors duquel on t’apprend vraiment les bases de la sécurité, du fonctionnement du cerf-volant. Car tu n’as pas idée, tant que tu ne t’es pas fait arracher avec le kite, de la puissance que cela a ; si tu accroches un kite à une voiture, tu peux la soulever!!!

 

“Mon record officiel est à 104,8km/h, cela représente la deuxième meilleure performance de tous les temps sur l’eau”

 

Tu as été champion du monde de vitesse à trois reprises,  avec un record mondial à 105km/h de moyenne, comment est-il calculé?
Comme tous les records de vitesse à la voile, nous sommes chronométrés entre deux points sur 500 mètres. Mon record officiel est à 104,8km/h, cela représente  la deuxième performance de tous les temps sur l’eau. Devant moi, il y a un bateau qui s’appelle Sailrocket. Il est un peu spécial, il ne ressemble plus vraiment à un bateau mais il est très efficace.  Maintenant, mon objectif est de battre son record qui est de120 km/h.

Le matériel joue-t-il pour beaucoup dans ce type de performance?
On fait souvent ce que l’on appelle des sauts technologiques, donc d’ici quatre ou cinq ans nous aurons peut être un nouveau système qui nous permettra de repousser ces limites. Je travaille toute l’année avec mon sponsor pour justement réaliser du matériel spécifique à ce type de record.

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Le kite te permet-il de vivre?
Oui, dès que les résultats ont commencé à arriver, j’ai eu des sponsors. Aujourd’hui j’ai cinq sponsors (Volkswagen – véhicule utilitaires/ Sosh/ GDF Suez énergie France/Ouest Provence / F-One) qui me permettent d’en vivre et également des fournisseurs ou partenaires.

Lorsque tu pratiques à haut niveau, tu es obligé de voyager. Comment gères-tu ces déplacements permanents?
J’adore cela, prendre l’avion, voyager. J’ai la chance de pouvoir le faire avec ma copine qui pratique également le kite à haut niveau, donc cela aide. Et c’est bien sûr possible grâce à mes sponsors qui financent mes déplacements. La seule chose un peu stressante, c’est de pouvoir voyager avec notre matériel sans que cela coûte une place d’avion supplémentaire, mais cela fait aussi partie du jeu.

 
Quelles sont pour toi les valeurs que véhicule le kite?
Un sport propre. On est sur un sport de nature qui ne pollue pas, quand tu fais une session tu n’as pas l’impression de détruire l’environnement et pourtant tu te régales pendant huit heures d’affilées sur l’eau. Les valeurs d’entraide, de partage, car même si c’est un sport individuel, on est quand même obligé pour décoller ou atterrir sur la plage d’avoir quelqu’un qui nous aide. C’est un sport individuel pratiqué en groupe. Tu n’es pas solitaire sur un spot comme cela peut l’être en surf ou windsurf. Toutes les valeurs des sports extrêmes sont présentes: dépassement de soi, proximité avec la nature et surtout des sensations fortes, des poussées d’adrénaline à tort et à travers.

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Quelle est la figure qui te caractérise et que tu préfères exécuter?
Je fais une rotation avant avec un Front Loop Grabé. J’attrape l’arrière de ma planche et je tends les jambes en mettant la tête en bas. Plus c’est haut, plus c’est beau.

 
Quel est pour toi le meilleur spot dans le monde?
Je reviens du sud de Madagascar, un spot qui s’appelle Anakao, c’est l’un de mes préférés, mais il y en tellement : Captown en Afrique du Sud, la ville du Cap de Bonne-Espérance, Jericoacoara au Brésil, l’archipel de Los Roques au Venezuela…

Es-tu déjà venu en Guadeloupe pour des compétitions ou en vacances?
Non, nous avons fait trois fois la Martinique, deux fois les Grenadines mais cela ne saurait tarder.

Quel sera ton programme dans les prochains mois?
Je sors un livre au mois d’octobre, pour permettre de découvrir l’intérieur de la vie d’un kitesurfeur. Un photographe m’a suivi pendant un an, on a fait beaucoup de “trips” (voyages sur des spots, ndlr). Fin juillet, je serai à San Francisco pour une épreuve de la coupe du monde de Foil. Et bien sur un nouveau record…

ALEX CAIZERGUES
www.alexcaizergues.com
Facebook officiel: Alex Caizergues
Twitter: AlexAC21

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