Placé au centre des polémiques pour ses propos, Booba est avant tout un artiste. Fidèle à des convictions souvent plus saines que celles de ses détracteurs, il incarne un symbole de réussite pour toute une culture et le miroir qui reflète une société en échec. Un statut qu’il assume avec confiance et une simplicité qui passe par les détails de la complexité d’un précurseur.

Tu t’exprimes habituellement beaucoup plus dans ta musique que dans les interviews, mais pour cet album tu as eu une grosse couverture médiatique, alors que comme tu le dis toi-même, tu n’en as pas vraiment besoin. Pourquoi ce choix?

Comme pour le précédent j’ai envie de te dire, mais c’est vrai que cette fois j’ai fait la couverture des Inrockuptibles et que l’article a fait beaucoup parler. Il y a aussi l’attente à prendre en compte, le buzz et tout mais je ne pense pas en avoir fait plus.

Cela est aussi dû à ta présence sur les réseaux sociaux, souvent repris par les médias qui s’en prennent à tes propos pour se mettre en avant. Comme tu as pu le dire: “Un peu plus tard comme Joeystarr je serais un Boss Of Scandalz”. Est-ce que tu l’imaginais comme cela?

Non. J’ai été surpris. Mais maintenant les médias sont tellement en galère que pour alimenter leur contenu, ils se servent des autres, ils piochent. Ils font les poubelles d’Internet. C’est mon média. C’est entre moi et mes “followers”, ça ne devrait pas être repris, ça devrait peut-être même être interdit. C’est comme si tu faisais une rubrique dans ton magazine, et que le lendemain c’était repris par tout le monde en s’appropriant l’information. Je trouve que ça fait un peu pitié.

C’est en plus de l’information hors contexte et bien souvent déformée.

Ils n’ont plus le monopole. Les magazines, tu sais de quoi je parle, s’ils ne t’ont pas en interview et qu’ils voient que tu es actif sur tes réseaux sociaux en donnant des nouvelles, et bien ils les reprennent pour eux.

Tu es devenu incontournable et tu as un côté inaccessible.

Pas si inaccessible que ça, mais pour certains oui c’est sur. Je suis “bankable”, je fais vendre du papier et j’intéresse. Quand on dit Booba, que tu aimes ou pas, tu cliques.

Finalement, n’est-ce pas normal de subir la critique d’autant plus que les gens qui te dénigrent n’ont pas grand chose à voir avec toi, par leur culture, leur parcours?

C’est la France. C’est l’incompréhension totale et ils jugent ce qu’ils ne connaissent pas, ils analysent ce qu’ils ne connaissent pas. En fait le problème c’est que nous, ayant grandi en France, nous comprenons leur monde et leur univers, mais pas eux. Ils pensent comprendre mais en fait ils sont “complètement à l’Ouest”.

 

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Crois-tu que le regard de la société française sur les questions de couleurs ou de diversité ait progressé?

C’est à peu près pareil. Le F.N. est toujours aussi présent et actif. Tu sais, les médias manipulent et parlent de ce qu’ils veulent. Je pense qu’il y a autant de sans-papiers, autant de gens que l’on renvoie dans leur pays, autant de discrimination qu’avant. Après, il y a des nouveautés, il y a les Roms par exemple qui sont “tout frais”. Ce sont de nouvelles cibles, mais je me considère comme un Rom. Je me rends compte que je ne suis plus comme “tout le monde”, je ne subis plus vraiment le racisme avec mon statut, je suis par ailleurs moins souvent en France. Pour le lambda c’est toujours pareil, il galère toujours pour rentrer au VIP sur les Champs Elysées, le regard bizarre quand il rentre chez le concessionnaire ou chez Louis Vuitton, ou tout simplement pour aller chercher du travail. Mais je n’attends pas que cela change. C’est Sarkozy qui disait: “la France aimez-la ou quittez-la”, mais nous on l’a aimée et elle ne nous aime pas, alors on la quitte.

C’est vrai que tu défends régulièrement des valeurs qui sont importantes en France.

Bien sûr. J’y ai toute mon équipe, ma famille. Je ne renie pas du tout d’où je viens. J’habite toujours à Boulogne quand je rentre. Mais ils ne font rien pour encourager la jeunesse, que ce soit au niveau du sport, des entreprises, du travail, des impôts. Dès que tu commences une entreprise, on te massacre avec les charges salariales, les impôts. Ce que je veux dire c’est que même quand tu fais preuves de bonne volonté, c’est trop difficile, on t’étouffe.

 

“La maison de disques ne me sert qu’à mettre mes disques dans les bacs et si il n’y a plus de bacs, je n’ai plus besoin de personne.”

 

C’est la première raison de ton départ?

Non. C’est un mélange de tout. D’une part aujourd’hui j’ai 38 ans, donc j’ai quand même roulé ma bosse et j’ai toujours aimé voyager. Si à 15 ans, lorsque je suis venu en High School pendant un an, j’avais eu les moyens, je serais resté à Détroit pour poursuivre mes études. Je ne rappais même pas encore. J’ai toujours eu cette attirance pour la culture américaine de par la musique. Parce que ma passion, ce que j’aime le plus, c’est la musique, la “black music”, et c’est de là-bas que ça vient. Si tu me mettais au bar dans un strip-club bien ghetto où je n’entendrais que du gros son, je pourrais rester assis toute la soirée, je serais comme un poisson dans l’eau. Je n’ai pas besoin de beaucoup. En France ce n’est pas possible, tu ne peux pas sortir dans un endroit “chic” qui va jouer du Hip Hop parce que ce n’est pas dans la culture, dès qu’il s’agit d’une grosse boîte, ce n’est pas Hip Hop du tout. A cause de mauvaises associations du genre: Hip Hop/banlieue, banlieue/racaille donc pas de soirées Hip Hop. Il faut que tu ailles dans une soirée “coupe-gorge” bidon. Aux Etats-Unis, c’est dans les mœurs, tu peux aller dans la plus grosse boîte de la ville et il y a au moins un jour où c’est Hip Hop avec des gens qui savent se tenir.

La “mort” du disque a relancé les concerts et surtout développé le numérique, comment abordes-tu ce passage de relais?

Ça va, mais l’industrie du disque est quand même catastrophique. Moi j’ai hâte qu’ils arrêtent complètement de faire des CD et qu’il n’y ait plus que du numérique. Le CD ne sert plus à rien, récemment un beatmaker m’a donné un CD, je ne savais même pas comment l’écouter, sur les nouveaux Mac il n’y plus de lecteurs CD.

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Le numérique te convient en tant qu’artiste?

C’est au point mais encore une fois cela n’a pas encore vraiment de sens. Quand mon album sort sur ITunes, il se retrouve instantanément sur d’autres plateformes en téléchargement gratuit. C’est comme si tu allais dans un magasin et que pour chaque produit tu avais le choix soit de l’acheter soit de le prendre gratuitement. La musique est devenue un consommable. Ce n’est plus un objet, ni quelque chose qui a de la valeur…

Justement, l’objet était le fruit du pont fait par les maisons de disques entre l’artiste et ses auditeurs pour créer une économie. En fait, avec le numérique, l’artiste n’a plus besoin des maisons de disques?

J’ai un deal de distribution. La maison de disques ne me sert qu’à mettre mes disques dans les bacs et si il n’y a plus de bacs, je n’ai plus besoin de personne. Je sors ma musique, elle va sur Itunes et c’est fini. Ce n’est pas plus mal. Tout évolue. Je suis maintenant un artiste confirmé mais par contre un débutant doit s’accrocher pour se faire connaître. Soit il faut être pistonné soit il faut sortir du lot. A l’image de ce que nous avions fait avec Lunatic à l’époque du Crime Paie. Personne ne nous jouait, on ne passait pas en radio, les maisons de disques ne voulaient pas de nous mais nous avons réussi à placer une chanson et ensuite le bouche à oreille dans la rue a fait le reste.

Tu disais “on n’est pas back dans les bacs puisqu’on est jamais parti”, est-ce que tu penses que c’est l’une des clés de ta longévité d’être resté au contact?

J’ai toujours pris cela comme du sport et lorsque tu pratiques, tous les ans tu fais le championnat. On me dit souvent que je suis productif, mais je ne m’en rends pas vraiment compte, je suis surtout régulier.

Tu ne regardes pas derrière toi?

Si. Mais je n’ai pas l’impression d’en faire des tonnes et des tonnes. Il y a des artistes qui font des mix-tapes, double mix-tape, double album.

Tu parlais tout à l’heure de cette difficulté pour les artistes “underground” de se faire connaître. Tu soutiens aujourd’hui des artistes comme Lacrim, Jul ou Gradur de la nouvelle génération. Tu restes positif malgré les expériences du passé?

Il y a toujours de bonnes choses qui sortent, heureusement. Seulement, il faut les découvrir. On est en France et il n’y a qu’une grosse radio qui est Skyrock. Et pour passer sur Skyrock il faut déjà être en maison de disques. Depuis que j’ai lancé www.oklm.fr, je m’en rends vraiment compte. Il y a un vivier de rappeurs de partout qui ont envie de manger le bitume!

www.oklm.fr avait l’allure d’un zapping du net et se recentre aujourd’hui sur la découverte d’artistes issus de la culture urbaine.

Cela a toujours été sur le même format, mais peut-être que tu as cette sensation parce que nous communiquons plus sur les artistes maintenant. Découvrir d’autres talents comme un magicien exceptionnel, ça ne court pas les rues. Il faut un incroyable talent.

Est-ce toi qui gère ce projet?

Oui, mais pas tout seul. On valide tout ensemble, c’est obligé. Il y a une ligne directrice, un état d’esprit, il faut que ça me corresponde. C’est comme cela que les projets durent je pense. Si un artiste fait une marque de vêtement juste pour prendre le chèque et ne s’investit pas dans l’identité des collections par exemple, et bien son empreinte n’est pas imprégnée dans la marque et ça ne marche pas.

Qu’est-ce qui caractérise un artiste, car même si tu ne te considères pas comme tel, tu as conscience d’avoir du talent?

C’est quelqu’un qui fait ce qu’il aime, qui n’est pas un suiveur. Quand il fait du son, il ne se demande pas: “à qui je m’adresse” ou “quel thème je vais aborder”? Un artiste, c’est spontané. C’est du caractère. Un boxeur va être dans son coin et écouter son entraîneur, mais il y a des rounds où il aura sa petite folie, son petit truc à lui, il sent qu’il faut faire autrement et ça fonctionne souvent. Ou comme un peintre qui se lève, qui peint direct. Un artiste c’est quelqu’un de créatif et qui a sa propre identité.

C’est amusant car tu dis ne pas être un artiste, mais la manière dont tu définis ce statut est identique à celle avec laquelle tu te décris souvent…

Oui, mais quand je dis que je ne suis pas un artiste, c’est plus dans le sens où je ne me prends pas au sérieux et que je n’ai jamais rêvé de cela. Je n’ai jamais rêvé de faire du Rap. J’adorais la musique mais je ne me voyais pas du tout rapper. Et puis je n’en fais pas des tonnes, il y en a qui font des ateliers d’écriture, comme si il y avait une technique. C’est bien, car moi aussi on m’a écrit mes premiers textes, mais certains se prennent vraiment trop au sérieux pour moi.

Quelles sont pour toi les clés de la réussite?

Déjà, il faut avoir un cerveau! (Rires) Savoir s’en servir, savoir s’entourer, être persévérant, bosseur. Il y a le talent mais il y a aussi le travail. Il faut croire en soi. Encore une fois il n’y a pas vraiment de formule magique. Mais l’entourage compte beaucoup.

Ce sont eux qui te définissent au quotidien?

C’est clair. Puisqu’au final les mecs disent “il est mal entouré”. Mais c’est toi qui fais ton entourage sinon tu es une victime.

 

“Il n’y a que moi qui l’ouvre et c’est un peu triste car ils ne se rendent pas compte du pouvoir que l’on a.”

 

Tu critiques souvent NTM, IAM, ou Solaar mais tu as repris des phrases ou fait des clins d’œil à des artistes qui en ont fait beaucoup moins (Disiz/Le Rat Luciano/Fabe…) Est-ce que la rivalité dans l’espace (93/92/13 etc) n’a pas laissé place à une rivalité dans le temps, faute de compétition dans la génération actuelle?

Ce qui m’a poussé à écrire “NTM, Solaar, IAM, c’est de l’antiquité”, c’est à cause des médias. Je voyais que dans la rue personne n’écoutait IAM ou NTM, mais à chaque fois qu’ils sortaient quelque chose, c’étaient les grandes éloges, alors qu’ils n’étaient déjà plus des rappeurs actuels. Beaucoup moins maintenant mais à l’époque ou je l’ai écrit c’était le cas. C’est du Rap dormant. Il faut arrêter de parler comme si ils vendaient encore 800 000 albums et qu’ils étaient écoutés par les jeunes et les moins jeunes. Personne n’écoute. Ils ne vendent plus de disques. Il reste Rohff, La Fouine, Kaaris. Rohff, même si il est moisi, c’est toujours un artiste qui peut, si il fait de la très bonne musique, rattraper son public et espérer vendre un minimum. Tous ceux dont on parle là, il y a l’avant clash et l’après clash. Comme je disais dans le clash tu laisses des plumes et ces trois là y ont laissé des plumes…Mais avant le clash c’était encore la compétition; Kaaris a eu un disque d’or avec son premier album je crois, La Fouine ça voulait encore dire quelque chose, il vendait encore un peu. Et il y a aussi ceux qui vendent plus que moi, les Black M, Maitre Gim’s, mais ce n’est pas la même division.

Ton leg est l’une des raisons pour laquelle tu as créé www.oklm.fr. Peut-être que ce qui te permet d’avoir du recul sur sa conception est aussi d’avoir appris de leurs erreurs?

Je ne pense même pas qu’ils aient fait des erreurs. NTM et IAM ont forcé, c’est comme si Solaar était encore en train d’essayer de rapper… Il faut arrêter au bout d’un moment. Quand je vois que Joeystarr sort un album, arrête! C’est perdu d’avance. C’est comme si un mec de 300 kilos projetait de faire le marathon l’année prochaine. Tu fais 300 kilos, tu n’as pas de Nike Air, arrête tout de suite. Mais je ne pense pas qu’ils aient fait des erreurs, parce qu’ils ont essayé au moins. Joeystarr avait B.O.S.S., Kool Shen avait IV My People, IAM, ils ont quand même lancé la Fonky Family…

Donc tu n’as pas reproduit ce schéma, ces “expériences”.

Peut-être, mais en fait ils n’ont rien fait je trouve. Dans mes albums j’invite toujours des gens, quand je fais Autopsie, je mets vraiment des artistes en avant avec de vrais morceaux qui plaisent. Sans dire que c’est moi qui les ait sortis, il y a beaucoup d’artistes qui ont participé à Autopsie qui ont aujourd’hui un certain public et un certain parcours. Alors que si tu regardes les artistes qu’il y avait sur B.O.S.S. ou IV My people, je ne sais même plus qui il y avait, mais il n’y en a pas un qui est encore là aujourd’hui. Et cela veut dire quelque chose. Je leur reproche aussi d’être trop lisses. Ils auraient pu se rebeller comme moi j’ai essayé de le faire en créant un mouvement alternatif. Eux, ils ont accepté que Skyrock leur coupe leur émission, Joeystarr avait B.O.S.S.! Tu n’acceptes pas normalement, tu ne te laisses pas détruire comme cela. Il n’y a que moi qui l’ouvre et c’est un peu triste car ils ne se rendent même pas compte du pouvoir que l’on a. C’est nous qui faisons la musique. Si demain ils arrêtaient d’aller dans leurs émissions, de leur donner à manger, ils commenceraient à créer leur propre chaine et leur réseau petit à petit. J’ai essayé avec les concurrents comme Goom Radio ou Génération, mais je n’y vais même plus, c’est pareil, ça n’a aucun sens. C’est devenu Skyrock en moins bien et sans satellite. Dès que tu passes Mantes-La-Jolie, tu ne captes plus. Avant ils faisaient découvrir. Skyrock: une radio de Rap sans DJ. Le but d’une radio est de faire découvrir, tu passes évidemment des artistes confirmés mais tu dois toujours avoir des émissions spécialisées où l’on fait découvrir des titres, des artistes, les coups de cœurs du DJ et cela n’existe plus aujourd’hui. Si tu veux découvrir des nouveautés c’est sur www.oklm.fr. Là, tu vas vraiment voir ceux que nous avons “kiffé”. Sur Skyrock tu ne découvres rien. C’est l’usine.

Tu es venu faire un show case à l’Agora en Guadeloupe, à quand une vraie date?

J’ai déjà essayé, mais on en revient à la France et au fascisme. Ils ne me laissent pas chanter en Guadeloupe. J’ai essayé de faire plusieurs concerts, mais le préfet ne veut pas. Pourtant quand c’est Diam’s ou Stromae, ils font des stades, mettent la sécurité et les gendarmes. Mais pour moi ils ne veulent pas. Lors de mon premier concert en Martinique, il y a eu 64 impacts de balles dans le plafond, donc cela les a un peu refroidis, mais si tu mets les gendarmes, tout se passe bien. Ma musique ne leur parle pas, ils n’ont pas envie de prendre le risque. Finalement, je ne peux pas et j’en suis réduit à faire des shows en boîte et c’est tout.

Tu as également profité de ta venue pour tourner le clip de Mové Lang avec Gato et Bridjahting?

Il arrive bientôt. Dans une semaine (mi-mai, ndlr).

Un clip dans lequel on peut te voir te lâcher comme très rarement. Même sur scène je t’ai senti beaucoup plus à l’aise…

C’est le morceau et le rhum! C’est aussi propre au type de son, le fait que l’on danse. Quand tu l’écoutes, tu as envie de danser. Le rap ça évolue. Par contre je ne danserais pas le reggaeton sur scène!

On te parle souvent d’une carrière cinématographique, tu disais que Mathieu Kassovitz te propose tous les ans de faire La Haine 2… Quels sont les rôles dans lequels tu te serais vu?

Le rôle de Ryan Gosling dans Drive dont je me suis inspiré dans le clip d’OKLM. C’est le rôle d’un personnage qui me ressemble un peu, introverti, dans l’action sans avoir besoin de trop s’exprimer. Etre un des braqueurs de Heat, genre Val Kilmer. Des rôles dans lesquels il n’y a pas vraiment de jeu d’acteur, mais plus des situations et une “gueule”, des expressions. Encore une fois, comme pour la musique, je n’ai jamais rêvé d’être acteur. Maintenant on me propose des projets, en me disant tu pourrais faire ceci ou cela, donc j’étudie la question…

 

“Ils ne me laissent pas chanter en Guadeloupe. J’ai essayé de faire plusieurs concerts, mais le préfet ne veut pas. ”

 

C’est surprenant vu comment tu te prêtes au jeu, surtout depuis le clip de Pitbull.

Oui, mais pourquoi? Parce que c’est moi le réalisateur et donc je façonne le clip à ma manière, je suis forcément à l’aise. Je sais où je vais, ce que je fais et je n’ai pas à sortir complètement de mon élément. Cela reste des choses simples à faire.

Tu as joué un rôle dans le long métrage de Chris Macari?

Non, on ne me voit que cinq secondes… Mais tu sais j’ai essayé, j’ai même fait des castings à Hollywood.

Quelle place occupe l’art dans ta vie en tant que public? A quoi es-tu le plus sensible après la musique?

Je dirais l’architecture. Les grosses villas. J’aime beaucoup les buildings. C’est peut-être à force de voyager, de voir beaucoup d’environnements différents. C’est clair que si tu restes à la campagne, l’architecture ne voudra pas te dire grand chose. J’ai toujours été sensible aux grosses structures. Même sur Instagram je suis abonné à luxuryworldtraveler, ils éditent des photos d’hôtels, de maisons, de châteaux, ça me parle. Je peux bien sûr apprécier beaucoup de choses mais cela ne m’intéresse pas vraiment d’approfondir dans l’art abstrait ou autre. C’est l’architecture, les voitures, parce que quand tu regardes bien une Lamborghini, la coupe, même le moteur, l’intérieur, c’est de l’art, c’est une sculpture ambulante. Le textile aussi pour moi c’est de l’art. La haute couture, ou même les vêtements en général, les découpes, les couleurs, les motifs, le graphisme. C’est ce que j’apprécie le plus. Même le vin par exemple j’ai essayé, il y a des gens qui sont dans les grands vins et qui ont voulu me convaincre avec des produits qu’ils me conseillaient, avec des plats appropriés, je goûte mais je n’arrive pas à apprécier. Pour moi ça reste du pinard!

 

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Le label 92i est désormais composé de 40000 gangs, Shay, Siboy. Quel est le calendrier des sorties? Et ta fonction sur leur projet?

40000 Gangs devrait sortir un album pour la fin de l’année avec une mix-tape avant. Shay prépare un clip mais je ne sais pas encore quand l’album sortira et Siboy prépare une mix-tape et il enchaînera ensuite avec l’album. Ma fonction est simple: en gros, je leur donne plus d’exposition, je leur fait profiter de nos médias, de nos outils. Un accès au studio, au mix. Pour ce qui est de la direction artistique, on les aide quand on participe aux choix, mais c’est vraiment eux qui gèrent. Cela ne m’intéresse pas de devoir superviser un artiste, déjà je n’ai pas le temps. Si je dois être toujours derrière à lui dire ce qu’il doit faire, pour moi ce n’est pas un artiste, c’est un fonctionnaire. On essaie de signer des gens qui ont déjà leur univers et qui n’ont pas vraiment besoin de nous pour faire leur musique. On est la pour apporter le reste, notre expérience, la logistique, nos réseaux.

En à peine dix ans, Unküt a su s’imposer dans le Street Wear et se décliner sur de nouveaux marchés comme avec le parfum. Quels sont les prochains objectifs?

Attaquer le marché américain. Ce que je ne peux pas faire avec la musique car il y a la barrière de la langue. Et avec Unküt il n’y a pas de langue donc pas de barrière!

L’acquisition de la licence DC Comics était déjà pour cette projection d’Unküt aux Etats-Unis?

Non, rien à voir, c’était juste une opportunité.

Donc pas de projet d’une ligne sport, pour le foot par exemple?

Non, Unküt et le sport c’est plus par affinités, de par les gens que l’on connaît. Parfois les joueurs en demandent, donc on leur donne. Il n’y a aucun contrat, rien. A la base, Unküt, ce sont des produits que j’apprécie afin que je puisse les mettre, ce sont mes goûts. Nous avons une gamme un peu sport, mais cela reste dans ce que je mettrais ou ce que j’achèterais.

“…je ne me vois pas marcher comme certaines grosses stars, entouré de gardes du corps qui repoussent les gens…”

 

Tu vis désormais aux Etats-Unis depuis presque dix ans maintenant, était-ce pour toi aussi la clé pour te permettre un épanouissement personnel loin de la célébrité?

C’est clair que c’est agréable de pouvoir être monsieur Tout-le-Monde. Mais attention, il y a des gens connus qui ne supportent pas de ne pas être reconnus, qui veulent toujours briller. Pour moi, c’est une liberté, de mouvement, d’exister tout simplement. On ne te regarde pas, on ne te prend pas en photo. C’est bien.

Pourtant tu es quelqu’un de très disponible, pour les photos par exemple.

Oui, c’est normal. Maintenant cela fait longtemps que j’ai commencé ma carrière, parfois je peux me retrouver en face d’une personne qui est venue à dix de mes concerts, a acheté cinq albums, deux mixtapes, qui a une armoire remplie de Unküt et qui rêve de me rencontrer. Si le jour où elle a enfin la chance de me croiser je la remballe, c’est la déception. Je me mets toujours à la place des gens, je me dis que je n’ai pas le droit de refuser. Cela peut parfois être ingrat, parce que forcément je ne peux pas répondre à toutes les attentes. Il y a beaucoup de gens qui comprennent, qui me voient signer 50 autographes et réalisent qu’à un moment, il faut que je parte. Mais je ne me vois pas marcher comme certaines grosses stars, entouré de gardes du corps qui repoussent les gens pour ne pas qu’ils me demandent de photos. C’est même souvent le contraire, je suis obligé de dire aux gardes du corps de laisser passer. C’est la moindre des choses, surtout quand je suis en déplacement et que cela rentre entièrement dans le cadre de mon travail.

BOOBA
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