Pratiquant différents arts martiaux depuis 35 ans, Cheik Kongo est issu de la première génération du M.M.A. français mis sous les projecteurs des médias via l’U.F.C.. A force de travail et de discipline, il est devenu une référence reconnue par toute la communauté. Une notoriété qu’il met au service de ses ambitions pour l’avenir de son sport.

Tu as découvert les arts martiaux à cinq ans avec le kendo et le karaté, peut-on en déduire qu’il y avait déjà une philosophie des arts martiaux dans l’éducation de tes parents?
Oui, j’ai grandi sur les traces de mon grand frère Rudy (paix à son âme) et de mon cousin Marc Angevin, tous deux férus d’arts martiaux. Je les voyais s’adonner à ces sports, donc tout naturellement j’ai eu envie de les suivre, de faire comme eux… Et j’ai attrapé le virus.

Tu as par la suite pratiqué la boxe thaïlandaise, le kickboxing, la lutte grecquo-romaine, le pencak silat. Qu’est-ce qui t’a poussé à autant te diversifier?
L’envie de me dépasser, d’aller toujours au delà de mes limites. Une sorte d’instinct de survie, ce besoin d’être capable de me sortir de n’importe quelle situation, de me confronter aux autres.

 

“Cette discipline répondait à toutes mes attentes, un parfait mélange de tous les sports de contact et des arts martiaux…”

 

Tu es un des précurseurs du M.M.A. en France, comment l’as-tu découvert et qu’est ce qui t’a attiré dans ce sport?
Par pur hasard. De par tous les sports que je pratiquais, je faisais du M.M.A. sans savoir que c’était alors une discipline à part entière. Je suis tombé sur un combat… Et cette discipline répondait à toutes mes attentes, un parfait mélange de tous les sports de contact et des arts martiaux permettant une infinie combinaison de techniques.

La pratique du M.M.A. étant interdite en France comment as-tu procédé dans le développement de tes ambitions?
J’ai dû faire d’énormes sacrifices. Je n’avais aucun soutien financier, aucun sponsor, alors je bossais la journée en tant que commercial et m’entraînais le matin très tôt, à la pause de midi, puis le soir… Et tous les week-end, toute l’année, sans relâche.

cheick kongo vs lavar bellator 123

Que penses-tu de la législation française qui interdit la pratique du M.M.A. en France?
Elle est obsolète et très hypocrite : Le M.M.A. compte des centaines de clubs en France dans lesquels on enseigne notre discipline en toute légalité à des milliers d’adhérents passionnés. C’est un sport complet, aujourd’hui très encadré qui permet une pratique en loisir parfaitement en adéquation avec les questions de sécurité, d’hygiène et de santé qui nous sont chers.  Pour autant, on nous empêche toujours de nous développer et de nous reconnaître. Je pense très sincèrement que notre expansion fait très peur à certaines fédérations très puissantes comme celle du Judo qui ne cache d’ailleurs pas son inimitié.

C’est en 2001 que tu as débuté ta carrière professionnelle en M.M.A. (victoire face à Doog Ward par K.O.) et que tu as commencé à enchaîner les titres (champion d’Europe de boxe française, champion du monde de boxe thaîlandaise). Quel a été le déclic?
Je ne sais pas s’il y a eu un déclic, je pense que le travail paye, toujours. Cela faisait six/sept ans que j’étais dans le circuit, je ne me suis jamais reposé sur mes acquis, j’ai toujours cherché à apprendre de nouvelles techniques, essayé de me perfectionner. Peut-être que l’expérience acquise m’a aussi aidé à atteindre plus facilement mes objectifs. J’étais prêt.

Tu t’es entrainé avec des légendes telles que Anderson Silva ou Wanderlei Silva, qu’est-ce- qu’ils t’ont apporté?

Déjà, quand tu t’entraînes avec des pionniers, des stars de ta discipline, c’est bien sur un énorme kiff mais c’est surtout un immense honneur. Ils m’ont confirmé qu’on pouvait devenir un Grand Champion et faire preuve d’humilité. Ce sont tous deux des gens simples, faciles d’accès. C’est ce qui m’a marqué le plus.

CHEIK KONGO - Mirko Crocop

Aujourd’hui tu fais partie de ces «Légendes», et travailles avec Quinton «Rampage» Jackson au sein de la team : Wolfslair MMA Academy. Pourquoi avoir intégré cette team?
Je ne sais pas si je suis une «légende» en revanche je peux vous dire que Rampage fait aujourd’hui partie de ma famille, je le considère comme mon frère. Quand je l’ai rencontré, nous avions le même manager (Juanito Ibarra). Très vite le courant est passé, et quand il a décidé de rejoindre une team basée en Angleterre, je n’y ai vu que des avantages. Finalement, j’ai dû me résoudre à déplacer mes camps d’entraînements aux USA pour le côté pratique mais tout comme Quinton, je suis resté fidèle à la Wolfslair et à notre manager Antony McGann.

Tu as posté une photo sur Facebook avec tous tes produits dopants (confiseries, gâteaux, sirop, etc…) Donc tu peux te permettre des «travers» dans ton régime? Et tu faisais également référence au dopage, présent comme dans tous les sports, qui est de plus en plus mis en avant et sert les détracteurs du M.M.A. Qu’en penses-tu?
Je peux tout me permettre. J’ai de bons gènes (merci maman), je ne suis jamais au régime, et je suis pratiquement toujours au même poids depuis plus de 10 ans : Entre 105 et 109 kilos. Le dopage existe dans tous les sports. Je trouve plutôt sain qu’on en parle et que certains combattants se fassent attraper, cela prouve qu’il y a une volonté de nettoyer notre discipline de cette saleté de la part des plus importantes organisations de M.M.A. comme l’UFC ou le Bellator. Pour ma part, je milite pour un sport clean et suis la preuve vivante qu’on peut réussir, être performant sans être shooté à je ne sais quelle hormone. Je mets aussi souvent en garde nos jeunes combattants qui pensent que les raccourcis même dangereux les conduiront plus vite au sommet… Dites non à la drogue.

 

“J’aimerais qu’une ligue des combattants se crée pour qu’il y ait une grille de salaires et bonus applicables à tous.”

 

Tu as combattu dans différentes disciplines, donc dans plusieurs organisations, que penses-tu du format actuel de l’U.F.C.?
J’ai aimé être à l’UFC, dans l’absolu, j’y ai passé sept belles années. Ce que je regrette, c’est qu’il n’y ait pas de règles propres à l’obtention d’un combat pour le titre. Vous pouvez avoir plusieurs victoires d’affilée et ne pas vous voir proposer d’affronter le Champion dans votre division, c’est frustrant et injuste quand d’autres, parce qu’ils ont un nom, se voient tout offrir sur un plateau. Autre point négatif: la disparité des salaires. J’aimerais qu’une ligue des combattants se crée pour qu’il y ait une grille de salaires et bonus applicables à tous. Pour le reste, je trouve le tout sacrément bien huilé.

Quels ont été les désaccord avec eux pour que tu quittes l’organisation?
Le désaccord portait sur le montant de mon salaire. Pas sur le nombre de combats. Ils m’ont proposé une somme qui ne me semblait pas être justifiée compte-tenu de ma carrière à l’UFC. Les négociations n’ont pas abouti, j’ai donc refusé de signer un nouveau contrat.

Comment es-tu arrivé au Bellator? C’est une ligue moins médiatique que l’U.F.C., est-ce que c’est une deuxième division ou bien tout simplement la relève?
Pour moi, c’est la relève! Et l’arrivée de Scott Coker va accélérer le phénomène «Bellator.2» Une fois libre de tout engagement avec l’UFC, Bjorn Rebney, ex dirigeant de l’organisation a pris contact avec mon manager pour me proposer un contrat, ainsi qu’à Rampage. J’ai aimé l’accueil et le niveau de discussion que nous avons pu avoir, j’ai alors assisté à quelques événements et me suis lancé. Je ne regrette absolument pas ce choix même si je sais que les portes de l’UFC ne me sont pas du tout fermées.

Tu as gagné ton dernier combat par soumission et maintenant tu es en route pour combattre le tenant du titre. C’est une revanche sur l’U.F.C. ou tout simplement un défi personnel?
Un défi personnel. Ce dernier combat, je le gagne par soumission contre un ancien, et non des moindres combattants de l’UFC, Lavar Johnson. Forcément, j’y pense un peu mais quand je combats pour le Bellator, je me focalise sur mon projet : devenir champion de cette organisation et me prouver qu’à presque 40 ans, je reste dans le TOP 15 mondial.

 

« Courage– Respect – Humilité – Intégrité – Discipline – Honneur J’essaye de les partager au travers de mes combats et de ma personne. »

 

Il y a maintenant 15 ans que tu as commencé ta carrière en M.M.A., quel regard portes-tu sur l’évolution de ce sport?
Je suis heureux de constater que malgré la non reconnaissance du M.M.A. en France, ce sport s’est démocratisé et touche un public très éclectique et vraiment passionné. Sur un plan international, je vois de plus en plus de combattants français briller dans de belles organisations et c’est pour moi une belle victoire sur ceux qui veulent nous empêcher de progresser. Quant au M.M.A., il est aujourd’hui hyper encadré, réglementé, sécurisé, de quoi le pratiquer en toute confiance et quiétude. C’est donc un regard on ne peut plus positif que je porte sur ma discipline.

Tu auras bientôt 40 ans, comment évalues-tu le futur de ta carrière professionnelle?
40 ans en 2015… Je travaille à être le nouveau Champion Heavyweight du Bellator et défendre ce titre autant de fois que nécessaire… C’est déjà en soit, tout un programme. J’ai aussi commencé à manager quelques combattants français, je compte développer cette activité et aider à porter haut les couleurs de la France partout où elles pourront briller. Et puis d’autres choses que je me garde bien d’étaler, tout simplement parce qu’il vaut mieux se garder de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué!

Quel regard porte ton entourage sur le M.M.A.?
Ils sont à l’image du Grand Public. Au début, ils n’aimaient pas trop, par méconnaissance puis s’y sont vraiment intéressés en suivant mes aventures, et aujourd’hui, ils sont fans. Sauf ma Maman, mais c’est plus par peur qu’il arrive quelque chose à son fiston (Rires).

Les femmes sont de plus en plus présentes dans ce sport en tant que pratiquantes mais  également en tant qu’arbitres, ce qui est très précurseur pour une discipline aux codes soit-disant machistes. Qu’en penses-tu?
C’est une évolution nécessaire et naturelle, le M.M.A. est un sport complet, les femmes y sont les bienvenues, elles ont réussi, en poussant la porte des clubs, à dépasser ces à-prioris tenaces qui voudraient que les sports de combat soient réservés aux hommes… Ce qui est faux, la preuve! Non seulement c’est une discipline qui développe harmonieusement tout le corps mais c’est aussi un excellent moyen d’apprendre de façon ludique à se défendre et se sortir de situations complexes. Donc, je suis très favorable aux femmes pratiquantes du M.M.A.

Il y a des rumeurs sur la conception d’une ligue M.M.A.? Qu’en penses-tu?
Il existe deux instances en France qui militent pour la reconnaissance du M.M.A. : La CNMMA tenue par Bertrand Amoussou et la FPAMM dirigée par Gérard Garson. Sauf que ces deux là ne s’entendent pas. Tant que nous serons divisés, nous n’avancerons pas.

Quelles sont les valeurs du M.M.A.?
Courage– Respect – Humilité – Intégrité – Discipline – Honneur J’essaye de les partager au travers de mes combats et de ma personne. J’espère en être un fidèle représentant.

Un dernier mot?
Je salue tous les fans de M.M.A. en Guadeloupe et dans les Dom-Tom et remercie l’équipe de LOUPE pour cette interview. Vous pouvez me suivre via mon Facebook. A très bientôt.

CHEICK KONGO
Facebook officiel: Cheik Kongo

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