La boxe thaïlandaise lui a permis de connaître le succès et comme beaucoup d’autres sportifs de sa génération,  de se construire. C’est aujourd’hui entre la France et Miami qu’il s’entraîne.  Retour sur ses années de formation et son parcours dans l’ombre des médias.

Ou as-tu grandi? Quelles sont tes origines ?

Mon père est ivoirien et ma mère est française. Je suis né et j’ai grandi à Saint-Denis dans le 93, mais mes origines africaines sont très ancrées, je vais régulièrement là-bas depuis tout petit. Par mon éducation et ma mentalité, j’ai l’Afrique en moi.

Comment as-tu découvert la boxe thaïlandaise?

Dans les années 92/93 à la télévision sur les grandes chaines telles que TF1, Canal +,  qui diffusaient des galas. Dans mon quartier, il y avait une certaine fascination autour de ce sport. Bloodsport avec Jean-Claude Van Damme avait marqué les esprits au cinéma, c’était aussi un sport où les stars venaient de nos quartiers.

Tels que Dida, Dany Bill…

Bien avant que ceux-là deviennent des stars, il y avait Rob Kaman par exemple. Dany Bill, je m’entraînais dans la même salle que lui. J’ai eu comme exemple des champions de chez nous, que l’on voyait à la télévision, réussir dans leur discipline. Cela te booste et tu te dis que c’est accessible de par cette proximité. C’est aujourd’hui plus ouvert mais il y a eu des années vraiment très creuses pour la boxe thaïlandaise en France,  c’était beaucoup plus dur pour les jeunes de s’y projeter.

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Ce n’est qu’une question de média car il y a toujours eu des champions du monde français tels que Joe Prestia, Stéphane Nikiéma, Jean-Charles Skarbowsky, Jérôme Le Banner.

Tout à fait. Et même si ce n’était pas forcément médiatisé, il y a eu un engouement dans la banlieue pour ce sport où les champions venaient de chez nous.

A quel âge as-tu commencé ?

J’avais 13 ans et dès le premier entrainement j’ai accroché. Je me souviens avoir eu presque honte de dire que c’était mon premier entraînement, pour ne pas que l’on me prenne pour un débutant, j’avais dit avoir déjà un peu pratiqué dans un autre club. Je me suis senti obligé de faire bien et les gens me disaient : « cela se voit que tu as déjà pratiqué » ! A vrai dire, la première fois que j’avais mis les gants, c’était dans les caves de mon quartier à peu près deux ans auparavant. On était un groupe d’enfants et il y avait un type âgé de 5/6 ans de plus que nous qui nous mettait dans un petit local avec les gants pour nous montrer quelques techniques, même si ce n’était pas un grand professionnel. C’est donc après que j’ai fait le pas. J’ai suivi également mon grand frère qui pratiquait déjà la boxe thaïlandaise, j’en avais un peu assez d’aller jouer au foot tout seul.

Tu faisais du foot avant ?

Et j’étais bon d’ailleurs ! Mais le jour où j’ai découvert la boxe, c’était en pleine saison, j’ai tiré un trait sur le foot. Par moment je regrette un petit peu car au regard des salaires des footballeurs et de l’énergie que j’ai mis dans la boxe, je me dis que dans le foot j’aurais pu faire aussi de grandes choses.

“Il y a beaucoup d’autres pays très ouverts, la boxe thaï passe à la télé et ne souffre d’aucun cliché.”

 

Il est vrai que l’hygiène de vie des boxeurs et combattants en général demande un investissement et des sacrifices permanents.

J’ai pratiqué pas mal de sports, et c’est clairement l’un des plus difficiles.

Qu’est ce qui t’a plu dans ce sport et qui t’a motivé à poursuivre?

Les buts se fixent un par un. Au début, tu t’entraines, quand tu deviens à l’aise tu te dis que tu ferais bien un petit combat amateur pour voir ce que cela donne. La boxe c’est bien, mais si tu n’as pas fait un combat tu ne sais pas ce que c’est. Puis tu enchaînes les combats amateurs et tu te fixes d’autres objectifs parce que ça s’est bien passé, jusqu’à aboutir au championnat de France amateur. A l’origine, je voulais seulement décrocher un titre pour laisser ma trace. Et de fil en aiguille les objectifs sont devenus de plus en plus grands. Je suis passé professionnel pour avoir une petite fierté et le même cheminement s’est reproduit. Je suis devenu champion de France professionnel, j’ai repoussé mes limites à chaque fois mais sans réel objectif au départ.

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Tu n’avais jamais pensé à une carrière professionnelle?

Je mettais beaucoup d’énergie dans la boxe car c’est un sport que tu ne peux pas pratiquer à moitié, même en tant qu’amateur. J’ai fait des régimes pour faire le bon poids, j’allais courir … Il fallait y être à 200%. La boxe dans nos quartiers en a sauvé plus d’un, en fait je dis la boxe mais cela est vrai pour le sport en général, ou tout simplement d’avoir une passion et  de s’y consacrer entièrement. Cela marche ou ne marche pas mais pendant toutes ces années, cela t’a éduqué, donné une rigueur et donc tu as réussi à construire quelque chose. Je n’étais pas trop scolaire mais je suivais un cursus classique et j’ai obtenu le Bac pour que ma mère soit satisfaite, elle avait besoin de ce repère. Je l’ai eu sans travailler d’ailleurs… mais dans la boxe, il ne faut pas le crier trop fort car je pourrais passer pour quelqu’un d’intelligent 😉 Après, j’ai arrêté l’école.

Malgré sa grande démocratisation dans les années 90, la boxe Thaï souffre toujours de cette association à la violence en oubliant tout le coté sportif des combattants ainsi que les compétences de l’équipe technique. Qu’en penses-tu?

Il faut replacer les choses dans leur contexte, nous parlons de la France et pas du monde entier. Il y a beaucoup d’autres pays où c’est très ouvert, la boxe thaïlandaise est diffusée à la télé et ne souffre d’aucun cliché. La France, c’est particulier au niveau du sport en général.

Maintenant que tu vis à Miami tu t’en rends compte davantage peut-être ?

J’ai eu la chance de bénéficier d’un contrat avec une grosse organisation hollandaise « It’s Showtime » en 2006/2007, je boxais beaucoup à l’étranger car comme je disais tout à l’heure, il y avait de bons boxeurs mais les médias avaient du mal à suivre. C’est de l’hypocrisie, on va te montrer des filles dénudées ou des scènes d’une violence extrême au journal de 20H mais un sport dans lequel les deux personnes sont préparées, entrainées et motivées n’est pas bien accepté…

Des chaines comme l’équipe 21 ou Kombat ont pris ce relais ?

Oui, mais cela reste spécialisé. Il n’y a pas de gros supports médiatiques.

“J’espère encore relever quelques beaux défis et ensuite j’essaierai, entre autre, de former des champions.”

Quelles sont les difficultés que tu as pu rencontrer dans ton parcours ?

Je ne vais pas parler des difficultés, mais plutôt des chances que j’ai eues. Et la plus grosse chance est d’avoir été bien entouré. Bien entendu au niveau de ma famille, mais j’ai aussi eu des personnes autour de moi qui m’ont pris en main et qui ont su faire que je me concentre sur la boxe comme il le fallait, qui m’ont conseillé, ont géré mes affaires, mon argent. Et pour moi c’est le plus important que tu sois sportif, artiste ou autre, l’entourage est primordial. Il y a bien sur des parasites mais je n’ai jamais subi de trahison de la part des personnes en qui j’avais confiance. C’est pour moi ce qui a fait la différence jusqu’à aujourd’hui.

C’est donc en 2004 que tu es devenu Champion de France professionnel et que tu as participé aux Championnats du monde IFMA en amateur.

C’est un peu confus car ce sont des championnats du monde amateurs du fait que l’on combatte avec des casques et des protèges tibias, mais en réalité il n’y a que des professionnels qui y participent. Décrocher ce titre, c’est une vraie performance. Je ne l’ai pas obtenu mais me suis arrêté aux portes de la finale et j’ai donc remporté la médaille de bronze.

Quel est ton palmarès aujourd’hui?

4 fois champion du monde. 67 combats, 57 victoires dont 24 par KO, 10 défaites.

Comment définirais-tu ton style ?

Je me considère plus comme un technicien même si parfois je me laisse « emporter » par ma nature. J’essaie de privilégier la vitesse et la précision plutôt que la force brute. Et c’est comme cela que l’on me définit en règle générale. Je cherche le coté esthétique, cela peut paraître un peu bizarre mais lorsque c’est moi qui combat je ne trouve pas ça violent. Je peux trouver violent le coup que je vais recevoir par l’impact, mais lorsque c’est moi qui le donne je perçois plus le coté technique. Il ne faut pas se voiler la face, ce sont des types qui sont préparés qui s’affrontent même si ce serait hypocrite de dire que ce n’est pas un sport violent. On ne peut pas définir la boxe uniquement par la violence,  c’est l’une des facettes de sa pratique. Tous les sports de contact sont violents, le football, le rugby aussi. Cela fait partie du jeu.

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Quel est ton surnom?

Le Guépard. Pour revenir aux caractéristiques de ma boxe avec le coté technique qui se rapproche des félins, cet animal me correspond bien.

Vis-tu grâce à ton sport ?

Oui, toutes mes rentrées d’argent ne sont pas exclusivement liées aux combats, mais sont en rapport à la boxe avec les partenaires, les relations que j’ai eues. Je suis par exemple entraineur aujourd’hui.

Quels rapports entretiens-tu avec l’ancienne et la nouvelle génération de combattants ?

Je connais un peu moins la nouvelle génération, mais je connais beaucoup de boxeurs qui sont de chez moi, avec lesquels j’ai l’occasion de m’entraîner. J’ai toujours un grand respect pour des gars comme Dany Bill. Quand je suis en France, je m’entraîne au Dereck Boxing, mon entraîneur est comme un grand frère,  cela fait plus de dix ans que l’on est ensemble, que l’on s’entend bien.  On a fait le tour du monde ensemble. Je m’arrête et je me souviens que la première fois que je l’ai vu c’était à la télévision les yeux grands ouverts! Un peu comme quelqu’un qui aimerait le Rap et écouterait Booba avant de se retrouver à ses côtés en featuring. Je trouve que c’est bien de garder ce respect pour les anciens.

Surtout que c’est le rôle que tu vas tenir dans les années à venir…

C’est clair. Je sais que sans eux je n’aurais sûrement pas eu cette carrière ou je n’aurais peut-être pas boxé tout simplement.

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