Son 3ème album Kaos, certifié disque d’or, marque sa consécration et celle des artistes antillais sur la scène nationale. Il clôture sa tournée caribéenne avec un concert en Guadeloupe qui a démontré sa maturité et sa pertinence artistiques.

Où as-tu grandi?
Je suis né à Strasbourg  mais je n’y ai vécu que 3 mois, donc je n’en ai aucun souvenir. Mes parents ont emménagé à Dillon en Martinique, ensuite ils se sont séparés et nous avons beaucoup déménagé. J’ai habité dans plusieurs quartiers de Fort de France, un peu partout dans le Nord et le Sud de l’île, mais je suis resté en Martinique.

Et où vis-tu aujourd’hui?
Malheureusement à Paris (rires)!!! Mais c’est pour le travail, avec l’album qui est sorti, il y a la promo à faire et c’est donc plus simple.

 

“Je suis issu d’une famille religieuse, nous écoutions beaucoup de gospel, on chantait à l’église…”

 

 

A quel moment la musique est-elle devenue importante pour toi?  
Tous les enfants connaissent ça depuis le berceau. Depuis que j’ai l’âge de comprendre la musique, j’ai toujours voulu faire ça. Quand je regardais MCM, que j’écoutais des sons comme Busta Rhymes… C’est à cette époque que mes parents m’ont acheté mon premier album, Mozaik Kreyol d’Admiral T. J’ai commencé à chercher des riddims, à ce moment là, je ne savais même pas ce qu’était un enregistrement avec des backs… Quand j’en ai eu connaissance, j’étais content et cela a concrétisé mon envie de faire de la musique. J’avais 14 ans.
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Et qu’écoutais-tu à l’époque?
Admiral T, Busta Rhymes, Michael Jackson, Usher, Eminem, Bounty Killah, Sizzla, toujours Rap et Dancehall mélangés. Cesaria Evora également. Mon père qui jouait du saxophone écoutait beaucoup Kenny G,  Bob Marley dont il est fan. Il a vécu en Jamaïque et m’a imprégné du reggae. Ma mère, elle, écoutait beaucoup Céline Dion. Je suis issu d’une famille religieuse, nous écoutions beaucoup de Gospel, on chantait à l’église, en famille. Je joue un petit peu de piano. La musique est dans ma famille.

Pourquoi avoir choisi ce nom, Kalash?
C’est un pote, Nasty, qui m’a appelé Kalashnikov par rapport à mon flow: je chantais, je criais beaucoup…Taratatatatatata!!! Et moi j’ai gardé Kalash.

 
Savais-tu qu’il y avait un groupe de Rap français qui s’appelait comme cela?
Après, il y a eu aussi Kalash L’Afro, un autre Kalash Criminel, à cette époque, il n’y avait pas encore Internet avec l’ADSL. Je ne les connaissais pas et eux ne me connaissaient pas non plus. Nous nous sommes parlés une fois sur Facebook car ils me disaient que mes fans les harcelaient, donc qu’il fallait bien préciser lequel j’étais.

Après c’est celui qui fait son nom aux yeux du grand public qui reste.
Ce sont deux styles différents mais c’est vrai aussi.

 

 

“Beaucoup reprochent la violence de certains textes alors qu’ils sont en général à l’image de la vraie vie. ”

 

 

 

Ton 3ème album s’appelle Kaos: est-ce une façon de juger notre époque?
Le premier s’appelle Kalash, le second Classic, et le troisième Kaos. J’ai fait deux albums chez Chabine Prod avant Kaos. Et oui, c’est ma façon de juger notre époque, la façon dont nous sommes perçus en métropole car je suis sur le marché national maintenant. Je me disais que c’était assez ironique: du chaos rejaillit la lumière et on recommence… pas à zéro mais en remettant les pendules à l’heure, en essayant de prendre la place qui nous est due en tant qu’Antillais.
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Comment as-tu travaillé sur la construction de cet album?
J’ai vraiment eu carte blanche d’Universal, ils nous ont juste donné les fonds et nous avons composé avec. Nous sommes partis à Miami ou j’ai travaillé avec les gars avec qui je voulais travailler depuis longtemps comme Russian que j’écoutais beaucoup par rapport à Vybz Kartel, Di Genius que j’écoutais beaucoup par rapport à Movado. J’ai rencontré Don Corleone, Histakes qui est l’ingénieur et le compositeur principal de Booba et on a travaillé ensemble. J’ai fait à la vibe. J’ai reçu plein de productions de gens différents.

Tu ne t’étais pas donné un thème de départ?
Non, pas vraiment. Je me suis juste dit que tout l’album, c’est Mwaka, et même si c’est en français. La seule vraie direction, c’est de rester moi-même et de poser ce que je veux, tant que c’est musical.

Dans ton morceau Après l’automne, tu sembles remercier Dieu ainsi que ta mère? Te définis-tu comme croyant ou est-ce simplement ta culture familiale?
Les deux, mais je suis croyant à 100%. Je prie tout le temps, je pense à Dieu tout le temps, il y a Dieu dans tout ce que je fais. Je suis très croyant bien que non pratiquant.

 

Dans Rouge et Bleu, tu dévoiles une grande partie de tes capacités, des aigus aux graves, on t’entend toaster… Pourquoi pas plus souvent? N’est-ce pas une des clés du succès de ce morceau?
Le morceau a cette vibe car c’est celui qui a pris le plus de temps à être réalisé sur l’album. On a commencé le son en juin avec Booba, ensuite je suis rentré en France mais nous n’étions pas satisfaits et j’ai repris un billet pour aller le terminer en septembre. A la base, “J’en ai vu de toutes les couleurs” c’était l’intro et on ne trouvait pas de refrain, jusqu’à ce que nous décidions de le placer en refrain en changeant tous les flows, tous les couplets. C’est pour cette raison qu’il y a du toast, du chant mélangé. Booba y est pour beaucoup dans la réalisation de ce morceau car quand je posais, il était assis dans le canapé et je voyais qu’il commençait à bouger sa tête et il me disait “garde ça, garde ça”. Je lui fais confiance.

 

Le titre NWA, en référence au groupe de Rap (acronyme de Niggaz With Attitude) c’est une revendication que tu avais besoin de faire?
Quand on a fait ce son, nous venions juste de finir Rouge et Bleu, on avait bu beaucoup de Rhum Barbancourt. L’instru a commencé à jouer dans la voiture de Kopp (Booba). Je lui dis qu’on le fera peut-être après et il me dit: “viens, on en fait un deuxième”. Nous sommes donc retournés en studio et l’avons fait. Il m’a vraiment dit “lâche toi, même si c’est en créole, en français, fais du sale, on va le faire façon Sales Negros avec Attitude”. Et c’est parti de là.

 

 

“Si je veux chanter en langue morte, ce sera mon choix et ça ne regarde que moi.”

 

 

 

Cela marque également une culture Hip Hop.
Comme je suis beaucoup plus jeune, je n’ai pas vécu l’influence NWA, c’est bien après que je suis rentré dedans. En voyant le film (Straight Outta Compton, NDLR)), nous qui pensions que les mecs étaient là et que tout leur tombait du ciel, en fait ils galéraient, ils bossaient et vivaient des histoires incroyables.

Et les générations précédentes, comme le label Motown, il y a un très bon film également sur cette époque.
Yeah man. Peu importe le niveau, il y a toujours des histoires d’embrouilles, de fusils, comme nous en fait. C’est la réalité. Beaucoup reprochent la violence de certains textes alors qu’ils sont en général à l’image de la vraie vie.
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J’aurais bien vu Gato sur ce track (que l’on retrouve sur Movezide).
Comme c’est honneur aux invités et que Gato m’avait dit qu’il voulait un son énervé, rock’n roll et violent, il a commencé à s’exciter dans le studio et il a choisi sa prod et je suis très satisfait du résultat.

Comment s’est fait ta rencontre avec Booba?
Je voulais le rencontrer depuis un petit moment, pour voir si nous pourrions collaborer. Un soir, alors que je travaillais au studio de Histakes, il a débarqué avec Gato. Je ne savais pas que c’était le studio de Booba aussi. En fait, ils sont tous les deux propriétaires du studio. Et tout de suite on a commencé à travailler sur Rouge et Bleu.

 

Je pensais que c’était par Chris Macari.
Non, en fait j’ai rencontré Booba avant Chris, je l’avais déjà croisé aux Antilles quelques temps auparavant. Après en effet Chris a également été un intermédiaire, tout s’est bien combiné et ça s’est fait tout seul. Après c’est beaucoup humain, tu connais Booba si il n’aime pas ta manière d’être c’est définitif.

Vous avez sorti deux morceaux ensemble sur l’album où l’alchimie est plus que convaincante. Est-ce qu’une collaboration sur un album entier du type Nas & Damian Marley est envisageable?
Nous y avons pensé comme un projet futur. Il y a une question de disponibilité mais c’est très possible…On parle déjà de nouveaux sons. C’est une question de vibe, comme avec Admiral.

 

Ton travail sur scène est-il un moteur supplémentaire à ta créativité?
Je vis ça avec beaucoup d’appréhension. Déjà le show dure longtemps (deux heures, NDLR) et je ne savais pas comment adapter les morceaux, des fois le Hip Hop ça sonne pourri en live. Nous avons un chef d’orchestre qui s’appelle Hervé, qui m’a proposé des arrangements en cernant un peu l’univers que je voulais apporter dans le show. Cela me donne des idées pour des sons que j’enregistre, d’autres vibes, d’autres notes…

Et être Hip Hop avec des instruments derrière reste un exercice difficile. A l’image de Snoop et The Roots…
…Travis Scott. Ce sont ceux que j’ai cités en exemple. Il y a des séquences qui jouent en même temps que des instruments.

Pourquoi pas de platine?
Il faut que le DJ soit tout le temps concentré, c’est compliqué.

 

« …c’est surtout une récompense pour toute ma communauté, mes collègues, les gars qui m’ont influencé comme Admiral T ou Sael, qui n’ont pas eu de disque d’or à leur époque. »

 

 

 

Le réalisateur de tes clips, Chris Macari, est Martiniquais comme toi… Comment vous êtes-vous rencontrés et avez-vous commencé à travailler ensemble?
Dans le bureau de mon manager à Paris. Cela faisait un moment que l’on voulait se check, moi je voulais faire des clips avec lui. J’avais vu un clip de Casey qui s’appelle Chez Moi et puis bien sur les clips de Booba comme Turfu qui selon moi est son meilleur clip. Je me suis dit lui, il est trop chaud, en plus c’est un Antillais et le revendique beaucoup. Le nom de sa prod c’est Tchembe Raid. Donc tout naturellement je lui ai donné rendez-vous, nous avons parlé vite et avons commencé avec Laisse Brûler, après Chanson du Mwaka

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Tu formes le General Crew avec Admiral T (que l’on retrouve sur Bad Like Me), dont tu as repris le flambeau, participes-tu à la découverte de nouveaux artistes créoles? Un coup de cœur du moment?
Yeah man!! Il y a des artistes que je soutiens comme Rijo, Alias Feeling, qui est un ancien artiste martiniquais et qui revient sur le devant de la scène; Gifta, bien-sûr, qui était sélecta (DJ) pendant des années et s’est lancé dans la chanson, c’est lui qui mène maintenant la Guyane. Ce sont des artistes avec qui je collabore, je travaille et avec qui j’entretiens de bons rapports.

 

Ton succès d’aujourd’hui est une vraie reconnaissance de tes qualités artistiques, quel recul as–tu sur ceux qui te reprochaient de ne pas chanter qu’en créole ou pas assez en français?
Je ne me suis jamais préoccupé de ça. C’est moi l’artiste. Si je veux chanter en langue morte,  ce sera mon choix et ça ne regarde que moi. Il y aura toujours des gens qui ne seront jamais contents. Tu leur donnes 1 million et ils en voudront 2.

 

Tu as d’ailleurs été certifié Disque d’or la semaine dernière avec Kaos qu’est-ce que cela représente pour toi?
Et bien, c’est pour justement tous ces gens là: dans leur gueule! Et c’est surtout une récompense pour toute ma communauté, mes collègues, les gars qui m’ont influencé comme Admiral T ou Sael, qui n’ont pas eu de disque d’or à leur époque. Pas de leur fait, mais beaucoup par rapport aux médias nationaux qui ne les jouaient pas ou qui voulaient les mettre dans des cases qu’ils n’acceptaient pas. Je le prends comme une récompense pour nous tous. C’est grâce à tout le monde.

 

C’est peut-être aussi dû à un manque de média locaux pour appuyer au niveau national?
Qu’on le veuille ou non, c’est important de passer sur des gros médias nationaux pour vendre des disques. La seule référence, c’est Colonel Reyel…

Il y a eu Raggasonic à une autre époque.
Cela fait trop longtemps. C’était une époque qui n’est pas aussi difficile que maintenant. Ce n’était même pas des Antillais, ils n’avaient pas les mêmes difficultés que nous, ils avaient la banlieue. Ces gens qui ont utilisé l’étiquette antillaise quand ils le voulaient, maintenant ils l’ont jetée. Mais nous, c’est Antillais du départ jusqu’au fond du trou. Nous pourrions nous développer entre Caribéens, à Saint-Martin, Sainte-Lucie, en Jamaïque tout ça… Mais nous sommes limités à la Martinique et à la Guadeloupe et pour les plus chanceux comme moi, la Guyane, la Réunion.

 

C’est pourtant ta démarche…
Oui, j’aimerais que nous n’ayons pas besoin de gratter à la porte des radios françaises mais c’est compliqué.

 

 

“Les gens m’ont porté et ça m’a surpris. C’est comme si j’étais partout chez moi.”

 

 

 

Qu’apprécies-tu en dehors de la musique?
Voyager, manger, fumer, dormir. En ce moment, je regarde beaucoup le basket, le foot aussi en supporter du PSG et de la France bien entendu, mais c’est d’abord la musique à fond.
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Tu es très tatoué, tu es fidèle à un tatoueur ou bien tu as une autre philosophie?
Il y en a de différents tatoueurs. Ces temps-ci, c’est un mec qui s’appelle Peau Rouge. Les tatouages racontent une part de ma vie, ça fait du bien des fois de se faire mal. C’est comme une bibliothèque, j’en regarde un et je me remémore l’histoire.

Tu arrives en Guadeloupe pour un concert au Palais des sports du Gosier qui clôture une petite tournée dans la Caraïbe. Se dégage t-il une ambiance particulière quand tu es à “la maison”?
Ah bah ouai. C’est même mieux que je pensais. J’attendais ça depuis longtemps, je n’avais jamais fait de concerts dans la Caraïbe, seulement des shows. En Martinique, en Guyane, à Saint Bart, en Guadeloupe c’était complément différent. Les gens m’ont porté et ça m’a surpris. C’est comme si j’étais partout chez moi.

Tu as des enfants (deux petits garçons de 3 et 6 ans), quel regard portes-tu sur le monde d’aujourd’hui? Le climat en France, le décalage avec les iles… D’autant qu’une partie de ton public est jeune.
Je pense à leur futur. Si le monde est déjà aussi “hardcore” aujourd’hui, dans quel monde vivront-ils quand ils seront grands? J’essaie de les préserver de ça tout en essayant de leur montrer la vraie vie malgré tout.

Tu ne te censures pas devant eux?
Non.

Tes prochains objectifs?
Disque de platine… Argggghhh. Sortir un maximum de clip de Kaos, l’exploiter et ouvrir mon label ensuite.

Tu veux ouvrir un label, mais tu es signé en artiste chez Capitol?
Pour 3 albums. C’était la première fois, pour vivre l’aventure à fond, ne pas avoir à réfléchir à l’argent et me concentrer sur la musique. Chez Chabine prod, j’étais signé comme avec une maison de disque mais sur un label indépendant.  Pour moi, c’est bien d’avoir commencé par là pour comprendre les galères etc..

Ton prochain clip?
Taken, que nous avons tourné à Miami avec Chris puis Neo que nous avons tourné le lendemain. C’est toujours facile avec Chris. On sortira les deux cet été.

Un mot de la fin?
J’espère refaire une tournée dans la Caraïbe avant dix ans et le plus souvent serait le mieux!

KALASH
Facebook officiel: Kalash

Texte: David Dancre

Photos: Koria & 3D4.0

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