C’est à Châtelet Les Halles, quartier au cœur de Paris qui a vu émerger le Hip Hop il y a plus de trente ans, que le Centre culturel La Place a ouvert ses portes en septembre 2016. Cet espace d’expression artistique est un lieu de rencontres et de découvertes, et surtout le premier centre culturel Hip Hop au monde. Jean-Marc Mougeot, 47ans, d’origine guadeloupéenne, créateur d’événements d’envergure tel que le Festival L’Original, a eu la lourde tâche de superviser le projet jusqu’à en devenir légitimement le Directeur.

Quel a été ton parcours avant La Place?
C’est un parcours très varié avec le Hip Hop comme dénominateur commun. J’ai commencé par la danse, et de fil en aiguille en poursuivant cette passion, je suis devenu professionnel et danseur chorégraphe. J’ai créé avec le B-Boyz Breakers, ma compagnie de l’époque, trois spectacles. Ensuite, j’ai édité un magazine, Version 6.9, qui sortait comme un fanzine, en indépendant, afin de parler de ce qui se passait en Hip Hop dans la région Rhône-Alpes. L’idée était déjà de mettre en perspective le Hip Hop dans sa diversité, on interviewait des danseurs, des organisateurs de soirées, des rappeurs, des DJs. Le magazine m’a emmené à devenir animateur radio, et même producteur. Cela a duré trois ans, l’émission s’appelait Zik Direct. Pour faire la promotion du magazine, je faisais aussi des soirées à chaque sortie et nous avons commencé à organiser des concerts. C’est comme cela que je suis devenu gérant d’un club, Studio One. Je faisais venir des graffeurs, des DJs, des danseurs, des rappeurs pour des shows case, de la scène locale à la scène internationale. Puis est né le Festival L’Original en 2004, en collaboration avec la Mairie de Lyon. J’ai travaillé avec Eric, le boss de Yuma prod pour la première et maintenant je suis seul aux manettes depuis 2005.

Comment est né le projet La Place?
Je suis arrivé sur le projet en octobre 2013, mais celui-ci était en gestation depuis de nombreuses années. Le Maire de l’époque a décidé, suite à une remise aux normes de sécurité, d’ajouter des équipements culturels pour construire un nouveau bâtiment qui s’appelle La Canopée. Au départ, ce n’était pas un objectif de la Ville de Paris de créer un centre Hip Hop, cela a découlé de rencontres, de hasards et de batailles, et c’est aussi ce qui m’a plu dans sa conception. Il y avait le conservatoire, une bibliothèque, une maison des pratiques artistiques amateurs, un kiosque jeune et un espace de 200 m2 pour le centre culturel. Le lien avec les danseurs de la place carrée a été fait et on a donc songé à les faire revenir dans ce nouveau lieu. Après les avoir rencontrés, la Mairie s’est rendue compte qu’il ne fallait pas seulement 200 m2 dédiés à la danse, mais un espace pour chaque discipline. Il y a eu une longue bataille de plusieurs années pour partir de 200 m2 et arriver à ce que nous avons aujourd’hui, 1400 m2.

 

“Dans une ville comme Paris, ce n’est pas anormal qu’il y ait un lieu dédié à une culture qui imprègne de manière aussi forte…”

 

Comment es-tu arrivé au poste de directeur?
Cela découle évidemment de ce que j’avais fait auparavant, et sur les conseils d’artistes comme Ékoué et Hamé de La Rumeur, qui ont été consultés par la Ville de Paris et qui ont suggéré d’aller voir ce qu’il se passait ailleurs, en l’occurrence mon festival qui est considéré comme l’un des plus importants. On m’a donc appelé au départ pour donner mon avis, qui n’était pas à l’époque vraiment tranché. Quelqu’un qui vient proposer un projet comme cela, c’est assez difficile à croire d’emblée. Ils m’ont recontacté pour me présenter des plans concrets alors que je voyais les travaux en cours. Deux salles de concert, huit studios, un bar, un espace entrepreneurial qui était au premier étage en face de la bibliothèque, ce qui exprimait une réelle considération culturelle du Hip Hop. Cela m’a beaucoup plus convaincu car cela permettait au Hip Hop d’avoir une vitrine comme le Jazz peut en avoir, ou comme l’art contemporain à Beaubourg, et dans une ville comme Paris, ce n’est pas anormal qu’il y ait un lieu dédié à une culture qui imprègne de manière aussi forte, de la banlieue jusqu’à son cœur, notamment dans Les Halles. C’est donc en 2013, alors qu’ils cherchaient quelqu’un qui pourrait pousser la réflexion sur la partie artistique, le format administratif, économique, la création d’une l’équipe, le rythme d’activité… que j’ai assuré une mission de huit mois jusqu’à l’ouverture. Et j’ai vite compris que l’ouverture n’était qu’un début et qu’il faudrait au moins deux saisons pour définir ce qu’est un centre Hip Hop. Je suis maintenant Directeur Général et Artistique du Centre.

Huit mois après l’ouverture, quels retours as-tu des réfractaires au projet?
Dès le début, nous avons donné des signaux clairs de ce que pouvait être ce lieu. Lors de l’inauguration, nous avons veillé à ce que chaque discipline soit représentée, chaque génération, dans ses dimensions locale, nationale et même internationale. Pour le Rap, nous avions Raekwon, Kery James. Kery a balancé Musique Nègre devant des politiques et des médias et nous n’avons pas été censurés. Certains craignaient que nous n’ayons pas la liberté artistique, nous leur avons démontré dès le départ qu’ils avaient tort. Nous avons également montré que ce lieu alliait les concerts, la danse, le graffiti, les retours ont été très positifs.

Comment sont organisés les 1400 m2?
Nous avons une salle de concert de 450 places, une salle de 150 places assises dans laquelle nous pouvons accueillir des conférences, des spectacles de danse, des masterclass et des battles. Il y a un bloc de huit studios : un studio d’artiste, deux de répétition musique et danse, un studio d’enregistrement musique et quatre petits studios dédiés à l’image qui est incontournable aujourd’hui, un home studio et deux autres plus polyvalents qui sont destinés aux DJs ou aux Beat boxers. On a un espace entreprenariat pour le développement de start-up sur tous les secteurs du business Hip Hop. Et le Bar qui est ouvert entre 13h et 20h et plus tard les soirs de concerts ou d’autres événements, aux cotés duquel on trouve les 300m2 où quotidiennement les danseurs viennent s’entrainer librement.

La médiathèque ne fait pas partie du site mais bénéficie tout de même d’une section Hip Hop?
C’était l’un des arguments qui m’a aussi intéressé dans ce projet, que tous les autres équipements culturels aient une accroche autour du Hip Hop. Le conservatoire devait trouver une idée, de même que La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs (M.P.A.A.) et la Bibliothèque où a été créé un poste de responsable du “corner” Hip Hop, avec plus de 3000 documents, livres, disques, vidéos…

Vous proposez des thématiques avec une ouverture sur le monde comme Paris/New York. Une telle démarche plus permanente avec la Caraïbe est-elle envisageable?
Évidemment je suis guadeloupéen, alors les Antilles, ce qui s’y passe, ce vivier d’artistes qui font du Hip Hop, du Dancehall, qui sont dans cette énergie-là et pas que musicale m’intéressent. Qu’il puisse y avoir des ponts pour mieux connaître et reconnaître toute cette activité. Mais il faut du temps et nous avons la chance d’en avoir car nous ne sommes pas soumis à un rapport économique. Ce sont donc des choses qui sont dans ma tête, en gestation et qui vont arriver.

 

LA PLACE
Facebook : LA PLACE, Centre Culturel Hip Hop

par David Dancre
Photos: Florent Schmidt

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