Animateur et responsable de la promotion de Trace dans la Caraïbe, Yannick Milon participe à l’émergence des tendances et des phénomènes musicaux. Une mission qui demande beaucoup de dynamisme, d’ouverture et de sagacité.

Ton parcours avant Trace?
J’avais une petite amie dont la mère faisait de la radio (il y a toujours une fille dans l’histoire!) qui trouvait que j’avais une voix et une très bonne élocution pour en faire mon métier. A l’époque, je m’amusais à faire de fausses bandes annonces avec des imitations des grosses voix standardisées de l’époque et des bruitages. Après mon année de Terminale au lycée, j’ai eu plusieurs contacts déterminants avec des médias pour choisir ma future carrière. L’un deux était en tant que “porte parole étudiant de la grève des lycéens”, ce qui me positionnait de facto comme celui qui répondait aux questions des journalistes et intervenait en public. Le BAC en poche, je n’étais toujours pas très sûr de ce que je voulais vraiment faire alors en attendant, je jobais pendant les grandes vacances en aidant mon père à la vente dans sa boutique d’informatique. Le destin m’a envoyé un ultime signe car pour la publicité de la boutique étaient programmées des interventions radio en direct sur ICS, et mon père m’a proposé de les faire. Le résultat a été plus que positif puisque je me suis fait “convoquer” par la radio qui m’a trouvé du potentiel. C’était une radio dans un format plutôt adulte dans laquelle j’ai été formé également au journalisme. C’était un peu l’équivalent de Nostalgie aujourd’hui, pas très tropical, très international. J’y ai passé un an et demi avant d’être sollicité par NRJ Antilles, suite à l’envoi de ma maquette. C’est au total sept ans que j’ai passé à NRJ, entre plusieurs émissions spécialisées Dancehall ou Hip Hop le week-end, la quotidienne du 16-19h et enfin la libre antenne. J’ai démarré à la Télé dans com@laradio sur la chaîne ATV pendant la même période.


Tu es un autodidacte?
Carrément! Je n’ai aucun diplôme hormis le BAC, j’ai eu une scolarité correcte, j’ai tout appris sur le tas sauf quelques formations que j’ai suivi (journalisme, management, montage audio et vidéo).

 

“Ça va vite… avec la révolution digitale, c’est encore un plus grand défi.”

 

Comment es-tu arrivé chez Trace?
Ce sont eux qui m’ont démarché en la personne de Djo (Joël Mirande-Ney- voir LOUPE#5), avec qui je travaillais sur NRJ précédemment. Il m’a proposé de le rejoindre, ce que j’ai trouvé très intéressant car à la différence de NRJ, qui était déjà bien établie et plafonnait, chez Trace, il y avait encore beaucoup de choses à faire avec une vraie dimension, trois départements et surtout la télévision qui comptait beaucoup dans mon choix. Je suis arrivé à la coordination d’antenne et comme animateur de la libre antenne Génération 97. C‘était il y a sept ans…

Et aujourd’hui?
Je suis responsable de la promo de Trace Caribbean. Cela consiste à associer la marque et les différents supports (les différentes chaines TV et radio du groupe entier) avec des évènements et actions dans tous les pays de la zone caribéenne, Je suis l’ambassadeur de la marque en quelque sorte. Une partie de mon travail aujourd’hui se fait davantage sur le terrain, c’est de l’ordre du relationnel, même si mon premier métier reste l’animation.

Pourquoi être basé en Martinique et pas en Guadeloupe ou en Guyane?
Parce que c’est l’historique de création des Trace, d’abord en Martinique, puis en Guadeloupe et en Guyane. Etant au départ sous l’égide de France Antilles, il y avait un studio dans chacun des départements. Mais depuis trois ans,Trace International a racheté ses radios pour récupérer son droit, son nom et surtout pour développer d’autres antennes comme la Côte-d’Ivoire, la Réunion, qui émettent déjà et bientôt Haïti. Cela semblait logique pour un échantillonnage d’un million de personnes sur la zone d’avoir un seul siège social.

Comment sélectionnez-vous les sujets?
Concrètement, dans la prise de décision et les choix, l’ADN de Trace est quand même assez simple. Trace s’adresse à un public qui a entre 15 et 35 ans, avec un cœur de cible 15/25, et a pour mission d’être le relais de la musicalité en adéquation avec cette cible. Les tendances urbaines et tropicales sont notre offre. On s’organise en comité pour déterminer les titres, les clips, les sujets, les programmes et les reportages qui nous ressemblent.

Avec pour cible les 15/25 ans,  vous êtes évolution permanente avec votre public?
Oui c’est ça. C’est une cible en perpétuel mouvement. Ça va vite, c’est branché et avec la révolution digitale, c’est encore un plus grand défi.

 

“…on s’implique aussi dans le développement social de nos territoires”

 

 

 

D’où viennent les informations que vous transmettez?
Il y a des outils professionnels qui nous communiquent les sorties de singles, ce genre de choses, mais rien ne remplace les rencontres avec des producteurs, artistes et influenceurs à notre échelle locale. Ensuite, il y a forcément aussi des épiphénomènes auquel nous sommes étrangers qui nous remontent et qu’on choisit de suivre ou non selon leur pertinence. On est dans un monde où la capacité à être visible, le buzz, est un argument déterminant pour mettre en avant un talent. La qualité, la musicalité ou encore l’efficacité comptent tout autant.

 
Quels sont les critères qui rendent une information pertinente?
Un potentiel d’exposition, tu présumes forcément, mais il y a aussi l’exposition déjà existante dans la force d’un produit à s’auto suffire dans un premier temps pour attirer l’attention. Notre ADN musical est simple et clair, c’est “black urban & tropical”, du Reggaeton en passant par le Zouk, la Soca, le Dancehall ou le Rap.

 
Trace propose une chaîne Sports et Stars beaucoup plus “people” qu’avant. Pourquoi ce choix?
Cette dernière devait se distinguer de toutes les chaînes dédiées aux retransmissions sportives et compétitions déjà très nombreuses. C’est donc logiquement que l’editorial s’est positionné sur un segment plus personnel et plus intime de ces personnalités sportives pour être original. D’autant plus que beaucoup sont originaires de chez nous, ce qui permet une plus grande accessibilité. Mieux se connaître c’est forcément plus de confidences.


Vous êtes partenaires de plusieurs événements, comment vous positionnez-vous?
Il y a le premier palier, les concerts avec les artistes qui sont dans le squelette de notre programmation d’événements. Nous avons aussi tendance à nous associer à des événements qui sont de plus en plus caribéens. Par exemple, la KaribZik qui se déroule sur un bateau de croisière, en visitant sept îles de la Caraïbe autour d’un festival musical et des artistes qui parlent à notre public; la Mercury qui a lieu à Sainte-Lucie. Nous avons non seulement des évènements locaux dans les espaces où Trace est déjà implantée, mais aussi cette transversalité qui fait que Saint-Martin, la Dominique, sont aussi des territoires dans lesquels ont peut accepter des associations, car nos chaînes y sont également diffusées. Le salon des lycéens ou encore les Nuits de l’orientation sont aussi des événements auxquels nous sommes associés. Nous travaillons avec l’Université du Québec par exemple pour augmenter leur visibilité lorsqu’ils viennent en recrutement chez nous. Ce n’est pas parce que nous sommes un média jeune que nous sommes forcément décérébrés, on s’implique aussi dans le développement social de nos territoires, voilà pourquoi existe aussi Trace Fondation.

Il y a de moins en moins de DJ à la radio?
Non, au contraire je trouve qu’il y en a de plus en plus ou alors autant, sauf qu’auparavant ils étaient cantonnés au samedi, au week-end ou à des créneaux dit laboratoires. Aujourd’hui, un DJ, pour peu qu’il soit très exposé, peut se retrouver à animer des cases en “prime time”, ce qui est le cas chez nous avec Dj Fly, D.Dream, Maza, T-Jo Sound.

 
Cette année, Trace a encensé Kalash, puis l’a boycotté pour Taken, alors que deux mois plus tard la radio se vantait d’avoir été la première à diffuser ce titre. C’est très incohérent, non ? Qui prend ces décisions?
A ma connaissance il n’y a jamais eu de boycott de Kalash sur Trace. Il y a en revanche la marque aux  Caraïbes qui l’appuie plus fortement. Il souhaiterait  plus d’exposition dans l’hexagone probablement, ce qui est légitime, mais il est aussi beaucoup diffusé sur certains de nos supports en Afrique. On ne peut donc pas parler de boycott. En revanche, si tu parles de la censure des “explicits lyrics” du clip Taken, elle tombe sous le coup de la législation. Il y a des choses qui ne choquent pas ou plus autant qu’avant mais d’autres qui choquent et qui font l’objet d’un signalement au CSA, qui nous sont remontées, et c’est à ce moment-là que nous le prenons en considération. Nous, à l’origine, cela ne nous avait pas choqué car c’était cohérent avec le “story telling” du titre. La censure du titre fait sans doute suite à une plainte. Les décisions sont prises conjointement entre la Caraïbe et Clichy pour ce qui est de Trace Urban DOM.

 

 

“…de moins en moins de médias prennent de risques car il y a des recettes qui fonctionnent.”

 

 

 

Quelle est la limite entre l’information et la vie privée?
A partir du moment où les artistes publient leurs activités sur les réseaux sociaux, ce n’est plus privé. Aujourd’hui, nous n’avons plus vraiment besoin de “voler” de l’information, parce que les artistes partagent et s’exposent, ce qui fait que tout finit par se savoir. Le mode de communication de l’individu a tellement changé que même pour l’artiste, il n’y a plus vraiment de vie privée. Il y a ceux qui maitrisent très bien ce phénomène et ceux qui malheureusement le maîtrisent un peu moins bien. Nous n’avons jamais eu de plaintes directes ou indirectes aux propos et informations que l’on ait révélés au sujet de quelqu’un. On a quand même une haute opinion du “off”. Lorsque tu discutes avec quelqu’un et que la personne te dit “c’est du off”, tu fais en sorte que ça le reste. Ce qui est assez drôle, c’est quand on te demande de la discrétion et que l’information fuite derrière– il y a aussi un jeu là-dessous. Peu nombreux sont ceux qui maîtrisent cette communication sur les réseaux sociaux et il y a une autre réalité. Il y a les artistes internationaux et nationaux qui gèrent leur plan de communication et il y a ceux de proximité car nous sommes sur des îles où le réseau est très rapide et permet  de glaner des informations inédites, pour une biographie par exemple.

 
Tu considères que les médias sont plutôt des leaders d’opinion ou des “dealers” d’opinions?
Cela dépend. Ils sont leaders d’opinion sur 60% de leur programme, et les 40% restant sont juste du relais, forcément un peu lié au fait de suivre les modes, tout en ayant sa propre éthique évidemment. Une éthique généralement plutôt respectable. Sinon, en terme de playlist, je peux dire que de moins en moins de médias prennent de risques car il y a des recettes qui fonctionnent. Par contre, il y a toujours une part dédiée au fait d’essayer de nouveaux phénomènes que les médias ne doivent pas perdre en tant que prescripteurs. Aujourd’hui, les revenus des artistes sur le web sont encore très anecdotiques et ne remplacent pas les très rémunératrices diffusions des radio et TV traditionnelles…D’où l’aspect très attractif encore de ces médias, malgré l’explosion du digital.

En 2017, vous misez sur qui par exemple?
Nous sommes en train de nous renforcer, en nous installant un peu partout. Il y a Trace FM Côte-d’Ivoire qui a maintenant un an et d’autres projets dans des pays africains. De ce consortium qui est la même grande famille Trace, nous confrontons beaucoup nos points de vue par rapport aux phénomènes. Nous ne serions pas surpris à ce que Kalash perce encore plus en Afrique. Inversement, ce serait très probable pour certaines musicalités venant d’Afrique dans la veine afrobeat. C’est aussi dans notre intérêt de ramifier nos échanges culturels avec les endroits où l’on se trouve, de manière à apporter un nouveau souffle, de nouvelles choses. Une vision forgée de notre expérience qui donnerait une offre originale et donc unique.

Avec l’émission en libre antenne, as-tu déjà eu des problèmes avec le CSA?
Il y a deux ou trois fois où ils ont demandé des enregistrements, mais le CSA fonctionne en terme de plainte, donc seulement si quelqu’un se plaint. Il y a eu une cas en 2015, un cas très particulier d’une femme qui avait accusé son professeur de l’avoir violentée. Cette information a pris vraiment de l’ampleur, le prof nous a contacté, il y a eu des récupérations d’enregistrement… Mais l’histoire la plus forte, c’était au sujet d’une page Facebook, “les puteries de Gwada”, qui mettait en avant des jeunes filles nues.  Cela nous est arrivé en live et le buzz est devenu énorme. Le type qui avait créé la page diffusait à tort le visage de filles en dénonçant leurs actes. Nous avons commenté sa page car c’était la seule façon pour que l’administrateur nous réponde… Et des filles qui étaient affichées sur cette page nous ont contacté, nous avons eu des témoignages, à la suite desquels la Brigade de Délinquance Juvénile a récupéré des enregistrements car des noms avaient été cités. C’est un cas qui a été utile car la page a été fermée à la suite de l’émission.

Avez-vous un décalage qui vous permet de gérer en cas de dérapage?
Non, c’est du vrai direct.

Quels sont les objectifs pour 2017?
Créer du “business développement”, faire connaître la marque Trace dans la Caraïbe en différents lieux, lors de festivals dans un premier temps. Voir et étudier ceux qui pourraient s’implanter dans localement, trouver un biais pour que les programmes soient de plus en plus diffusés afin qu’il y ait un échange croisé entre la musique afro-caribéenne francophone et afro-caribéenne anglophone, voir hispanophone. En dehors de Trace,  je reste ouvert aux propositions TV ou web qui pourraient se présenter. J’adorerais devenir une doublure vocale d’acteur étranger au cinéma.

YANNICK MILON
Facebook: Yannick Milon
TRACE
Facebook: TRACE FM

Texte: David Dancre

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