Grand reporter aujourd’hui rédacteur en chef de l’agence Alta Press, Hugo Van Offel a produit de nombreux reportages pour la télévision. Sa curiosité des sujets complexes l’a conduit à travers le monde pour un vrai travail d’investigation, sur des terrains souvent périlleux.

Ta formation pour devenir journaliste?
J’ai fait une fac d’Histoire à la Sorbonne et une école de journalisme mais j’ai tout appris sur le terrain.

Comment es-tu venu à t’intéresser au journalisme?
Depuis tout jeune, j’ai su que c’est ce que je voulais faire, ça m’a pris un peu de temps et de détours avant d’arriver à faire du journalisme comme je le voulais mais j’y suis arrivé et j’en suis très fier.

– Bagdad, Irak, avec le journaliste Feurat Alani. Mai 2008.

Ton parcours de journaliste? De presse écrite à TV, tu n’as jamais fait de radio?
Comment es-tu arrivée sur Canal+?
J’ai commencé à être pigiste dans la presse culturelle, d’abord dans l’art (Art Actuel) et puis dans la musique grâce à la rencontre avec toi, j’ai d’abord participé au magazine Track List puis au magazine The Source en français, comme rédacteur en chef adjoint. C’était une superbe aventure, toute une époque, les conférences de rédaction étaient très animées et très enfumées…Puis je suis parti faire du grand reportage à l’étranger, comme freelance pour différents magazines, essentiellement en Afrique (Sénégal, Ouganda, Rwanda, Mauritanie, Somalie, RDC). Cela a été mes premiers chocs avec l’Afrique, des émotions intenses. A l’époque, je payais parfois mes billets d’avion tout seul, juste pour couvrir un sujet qui m’intéressait et je me débrouillais pour le vendre ensuite. Ça marchait plutôt pas mal! Puis un jour, un ami avec qui je m’entrainais à la boxe m’a parlé de Victor Robert (aujourd’hui présentateur du Grand Journal sur Canal+). Il venait de lancer l’émission L’Effet Papillon sur Canal+ avec l’agence de presse CAPA. Nous nous sommes rencontrés et on s’est tout de suite bien entendu, c’est lui qui m’a donné ma chance, c’était en avril 2007. Je suis rentré comme reporter à l’agence CAPA et j’y suis resté presque sept ans. C’était génial, tous les journalistes de l’émission sont des gens qui sont mes amis aujourd’hui, pour certains très proches. J’ai fait plus de 70 reportages pour l’émission (Irak, Gaza, Salvador, Brésil, RDC, Pakistan etc), puis des documentaires plus longs, notamment sur les gangs du Salvador en Amérique centrale. (Qui a tué Christian Poveda?, 52mn, réalisé avec Frédéric Faux, diffusé dans Spécial Investigation, en 2012).

 

“…j’ai fait des reportages sur les gangs au Salvador, aux États-Unis, au Brésil mais aussi en Angleterre ou en Afrique du Sud.”

 

Des reportages dans des endroits qui peuvent être dangereux. C’est aussi une facette du métier qui te plait?
Disons que les histoires qui m’intéressent sont souvent liées à des thématiques compliquées d’accès. Je suis par exemple très intéressé par tout ce qui touche à la culture des gangs dans le monde, j’ai fait des reportages sur les gangs au Salvador, aux États-Unis, au Brésil mais aussi en Angleterre ou en Afrique du Sud. Je trouve que les gangs disent toujours quelque chose de la société dans laquelle ils évoluent. En Afrique du Sud, certains gangs de Cape Town sont issus de l’Apartheid, en Angleterre ce sont des familles qui portent le blason du gang comme un héritage, et au Salvador ils sont le fruit d’une guerre civile qui a fait près de 80.000 morts.

Où travailles-tu aujourd’hui?
Aujourd’hui je vis à Madrid, j’y ai déménagé pour des raisons familiales et aussi parce que je voulais un peu plus de soleil…Je suis depuis septembre rédacteur en chef à l’agence Alta Press, une agence basée ici mais qui travaille pour les chaînes de télé française. Je m’occupe de la partie magazine, c’est à dire les formats longs, pas les news. Je continue aussi à réaliser quelques sujets de temps en temps.

Quelles sont les émissions produites?
Nous travaillons avec toutes les chaînes de télé. Nous avons par exemple réalisé un long reportage de 60mn pour TF1 Reportages sur Camden. C’est une ville en face de Philadelphie aux Etats-Unis, un endroit incroyable. D’un côté des familles de dealers qui vendent crack, héroïne, cocaïne au pas de leur porte, de l’autre une police du futur “à l’américaine”, au milieu des civils et des caméras partout dans la ville…On a aussi produit pour CANAL+ un beau reportage au Mexique sur les curés assassinés par les narcos.
Comment fonctionnez vous sur la sélections des sujets? Comment s’organise la rédaction?
Nous recevons des propositions de sujets ou nous les trouvons nous même, puis soit nous les réalisons, soit nous engageons un réalisateur pour le tourner. Classique.

– Dans une prison de San Salvador, avec des membres du gang Mara Salvatrucha. Novembre 2015

D’où viennent les informations?
Essentiellement de la presse écrite, mais aussi de nos propres contacts dans le monde qui nous font remonter des informations et nous proposent des histoires.

Quels sont les critères qui rendent une information pertinente? De par son “buzz” potentiel?
Non, on ne fonctionne pas trop au buzz, j’ai l’impression que c’est un terme plus réservé aux vidéos sur le net. En revanche, certains critères sont importants selon les émissions. Certains programmes de masse demandent des sujets “concernant” pour leur public, d’autres plus confidentiels demandent au contraire des histoires qu’on ne voit pas ailleurs.

 
Quelles sont les contraintes liés à la liberté d’expression?
Je ne fais plus d’enquêtes car les émissions d’investigation sont très rares aujourd’hui en télé, donc nous n’avons pas de problème de censure.

 

“Un reportage du service public peut faire tomber un ministre ou faire trembler un puissant industriel…”

 

Comment définis-tu le travail d’un journaliste?
Il faut s’intéresser aux autres, être rapide et concis, et surtout aimer ce métier. Je suis très déprimé par les gens qui font ce métier sans y mettre un peu d’âme.

 
De plus en plus de chaines diffusent de l’info en continu, quelque soit le contenu (sport, actualités, musique) Ne perd-on pas en qualité dans cette quantité?
On perd évidemment en qualité avec les chaînes d’info quand elles cèdent au diktat de “l’info à tout prix”, mais en même temps elles sont aussi très utiles quand on passe par des événements traumatiques comme le 13 novembre 2015, ce soir-là grâce aux journalistes et aux analystes; je me suis senti moins seul devant ce drame.

– En tournage dans la jungle au Laos. Avril 2015.

Récemment, Denzel Washington dénonçait le fait que le premier à révéler une information devenait malheureusement vérité. Alors que c’est très rarement le cas de nos jours. Est-ce ton opinion? Qu’en est-il du journalisme d’investigation et des sujets de “fond “?
En France, même si le paysage des émissions d’investigation a pas mal changé ces deux dernières années, nous ne pouvons pas nous plaindre. Un reportage du service public peut faire tomber un ministre ou trembler un puissant industriel, les exemples sont nombreux, un site internet comme Médiapart peut révéler un scandale qui va devenir une affaire d’état.  En Espagne, où je vis, l’impunité des politiques par exemple est totale, et les reportages d’investigation rarissimes. Il n’y a donc pas de contre-pouvoir comme il y a en France.

Quelle est la limite entre l’information et la vie privée?
Il faut toujours garder l’œil ouvert et se poser les bonnes questions: si je filme l’intimité de cette personne, tout le tragique de son histoire, est ce que cela va servir à quelque chose? Est ce que cela peut sensibiliser sur son cas ? Où est ce que c’est juste une image forte destinée à me mettre en valeur comme “auteur” du reportage? Ce sont des grandes questions, auxquelles il est difficile de répondre. Comme partout, il n’y a pas de blanc ou de noir, mais des nuances de gris, 50 environ…

– Dans une prison de San Salvador, avec des membres du gang Mara Salvatrucha. Novembre 2015

Travailler pour une chaine publique ou privée, cela fait-il encore une différence?
Aucune différence.

Les médias sont-ils des leaders d’opinion ou des dealers d’opinions?
Aucun des deux, médias = médias.

Quels sont tes objectifs pour 2017?
Je suis dans une année de transition : après plus de 10 ans passés à voyager en permanence, je suis depuis quelques mois derrière un bureau à chercher des sujets, puis à devoir les vendre. C’est un défi intéressant…A titre personnel, mon objectif pour 2017 c’est de perdre quelques kilos car malheureusement je ne vieillis pas comme Iggy Pop mais plutôt façon Elton John…

HUGO VAN OFFEL
Facebook: Hugo Van Offel

Texte: David Dancre

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