Inauguré par le Président de la République le 10 mai 2015 et désormais ouvert au public, le MACTe est voué à devenir le nouveau pôle culturel et artistique de la Caraïbe. Une visite qui nous plonge dans un passé sensible, pour que ne tombent pas dans l’oubli ces pages de notre histoire.

Il a alimenté depuis plusieurs mois la chronique et suscité de nombreux débats dans la presse locale et nationale. Que l’on décrie l’opération ou qu’on l’encense, l’aménagement de ce mémorial, chantier pharaonique pour certains, au fort potentiel touristique pour d’autres, est à la fois un acte politique et une opération d’urbanisme majeurs. Il place d’abord sous le feu des projecteurs la ville de Pointe-à-Pitre et la région Guadeloupe, par la présence de cet édifice symboliquement bâti sur le site de l’ancienne usine Darboussier. Car c’est bien le sucre qui fut à l’origine de la traite atlantique par laquelle plus de 11 millions d’humains furent déportés aux Amériques. Centre d’expression et de mémoire de la traite et de l’esclavage, le MACTe retrace bien sûr l’histoire de ce commerce ainsi que celle des esclaves au sein des habitations aux Antilles. Mais son originalité réside surtout dans l’exposition d’œuvres contemporaines qui viennent se mêler aux documents d’archives et apportent une résonance aux sources historiques. Parmi celles-ci, le magistral arbre de l’oubli du Camerounais Pascale Marthine Tayou met résolument l’accent sur les peuples victimes de la traite, en se plaçant à leurs sources africaines. Au-delà d’un simple musée dédié à l’esclavage, le mémorial est davantage une passerelle vers la Caraïbe et l’Amérique, ouvrant largement la réflexion sur l’identité des peuples afro-américains, les cultures et les syncrétismes nés de cette tragédie. Cela s’illustre dans le choix des œuvres d’artistes non seulement africains, mais aussi new-yorkais, cubains ou haïtiens. S’adressant au grand public, l’exposition permanente propose une démarche pédagogique en jouant sur le son, la lumière et l’image. Le parcours que nous suivons, de premier abord sombre et froid, devient rapidement l’univers coloré et chaleureux que nous connaissons aux Antilles: chants, fêtes, rythmes des tambours nous rappellent que la société née de l’esclavage a donné naissance à des éléments originaux qui participent aujourd’hui à la créolité.

 

“C’est le musée le plus phénoménal de ce type dans le monde entier.” (Jesse Jackson)

 

Elle constitue une clé de lecture à des cultes aussi divers que la Santeria, le vaudou ou encore le rastafarisme auquel est dédié l’une des salles. A la fois récit chronologique et thématique du quotidien des esclaves, dans sa grande hétérogénéité, le MACTe est déjà une chance pour nos scolaires qui pourront se confronter à l’art et à l’histoire, ce que bien peu d’espaces permettaient jusqu’alors de faire dans notre région. La section généalogie devrait également attirer de nombreuses recherches, une pratique très en vogue depuis quelques années aux États-Unis et aux Antilles. Parmi ses premiers visiteurs, le Mémorial a d’ailleurs accueilli Jesse Jackson, qui a manifesté son  enthousiasme: “C’est le musée le plus phénoménal de ce type dans le monde entier. J’ai visité des musées dans de nombreuses villes, nous sommes en train d’en construire un important à Washington, mais celui-ci est le plus complet… et ce n’est pas le dernier. C’est le signal que nous avons besoin de plus de musées pour raconter notre histoire” (source: PR Newswire). Seul regret, dans la salle d’exposition permanente, ce jardin créole sensé illustrer l’espace de liberté des esclaves, bien triste en regard de la nature luxuriante de nos îles!

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par Ceebee
Illustrations: Leïla Sy

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