Premier et seul combattant  français à avoir remporté une victoire au Pride. Bertrand Amoussou mène son combat hors des sentiers battus et s’organise pour écrire les lettres de noblesse du M.M.A. en France.

Comment as-tu découvert les arts martiaux?
Mon père m’a mis dans un club de judo qui était à 100 mètres de la maison dès l’âge de 10 ans. Dès le premier cours, vu que j’étais un peu turbulent et athlétique, je m’en suis bien sorti. Ca m’a plu de prendre les garçons et de les jeter sur le dos. Cela marchait tout de suite. J’avais l’impression d’être bon et “d’éclater” tout le monde et à cette époque la je crois bien que c’était la seule chose qui m’intéressait. C’était le contact. Le souvenir que j’en ai c’est de me sentir bien parce que je me sentais doué. Par la suite j’ai fait dès petites compétitions que je gagnais donc ça renforçait mon état d’esprit de l’époque.

 
Il n’y avait donc aucun lien familial avec les arts martiaux?
Si bien sûr. Dans ma famille, nous sommes tous ceinture noire de Judo ou Karaté. J’ai fait de l’athlétisme. Je faisais du sprint et du javelot. J’avais une proposition de rentrer en section Sports études Athlétisme pour le Javelot et  également en Judo. Il a fallu faire un choix. Je n’avais que 16 ans et mon but était d’être le meilleur dans ma discipline. Je me suis alors dis que j’avais plus de chance d’être champion en Judo qu’au Javelot. Alors j’ai abandonné l’Athlétisme pour le judo. Mon père ne m’a d’ailleurs pas influencé dans mes choix.

 

“J’étais remplaçant pour les championnats du monde alors que j’étais numéro 1 français…”

 

 

Donc tu as fait un Sport études judo, vers quel âge t’es tu tournée vers le Ju-jitsu combat?
En fait le Ju-jijtsu Combat c’était après la déception des Jeux Olympiques. J’étais remplaçant pour les championnats du monde alors que j’étais numéro 1 français en 1991/1992. Et donc avant ces deux évènements planétaires, je me suis retrouvé remplaçant. Pour les championnats du monde j’avais rencontré Stéphane Frémont (qui est maintenant le patron des équipes de France) en sélection et je l’avais battu en 6 secondes. Mais on m’a dit que j’aurais du faire une meilleure saison, alors que j’avais fait la meilleure saison de toute la catégorie. Et aux Jeux Olympiques, ils m’ont fait la même. Alors là j’ai décidé de passer au Ju-jitsu puisque je me sentais encore au top pour continuer le sport de haut niveau. Je ne voulais pas m’arrêter là parce que certaines personnes avaient décidé de ne plus me titulariser en équipe de France de Judo et qu’il y avait une équipe de France qui se montait en Ju-jitsu. Donc j’ai embrayé dessus mais c’était plus par dépit que par choix. Bien sûr ça m’a plu parce que c’était une combinaison du judo et du karaté. Le karaté étant une discipline que j’affectionnais mais que je ne pratiquais pas pour laisser l’exclusivité au judo.

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Comment expliques-tu qu’ils t’aient mis sur la touche de cette manière?
Ce sont des choses que tu sens mais que tu ne peux pas vérifier. J’en parle avec mes amis, mes proches parce qu’ils l’ont vécu avec moi. Je vais te donner un exemple. Quand je gagne les championnats de France, L’Equipe avait écrit: « Une page d’histoire vient de se tourner, avec le sémillant  Bertrand Amoussou, premier homme de couleur à gagner un championnat de France de Judo».Il n’y avait pas de “black” à l’époque, donc forcément je ne peux pas accuser ou même dénoncer car c’est improuvable mais je l’ai vécu. Moi j’ai été élevé par une mère allemande qui est blanche donc je n’ai pas cette vision des choses mais par contre je sais que c’est présent, je le sens. Comme avec les arbitres certaines fois je sentais bien que si ça devait aller à la décision je serais perdant. On va dire que j’ai ouvert la voie…

Mais dans le Ju-jitsu tu n’as pas retrouvé ce type de comportement?
Non, puisqu’en 4 ans de pratique je n’ai pas perdu un seul combat, j’étais vraiment au-dessus du lot. Aucun de mes adversaires n’avait mon niveau de judo et je faisais jeu égal avec eux sur la partie Karaté. C’est ce qui m’a permis de gagner les championnats d’Europe, les jeux mondiaux et trois fois les championnats du monde.

Quelles sont les valeurs que les arts martiaux véhiculent pour toi?
Moi j’aurais adoré vivre au Japon. Tout en sachant qu’il n’y à pas que des choses bien au Japon comme partout d’ailleurs. J’aime la rigueur des arts martiaux, la discipline. Le coté très japonais d’aller au bout des choses. La méthodologie et la répétition pour arriver au mouvement parfait. Au Japon, il y a l’art de servir le thé, l’art de la calligraphie, la maitrise. Il y a bien sur toutes les valeurs que véhiculent les arts martiaux : La Sincérité – parce que lorsque tu es en combat avec un mec, nez contre nez, peau contre peau, tête contre tête tu ne peux pas mentir. Les sensations sont ouvertes, le cœur est ouvert. Dans un monde où tout le monde se ment, c’est bien de revenir sur des valeurs saines. Lorsque tu pratiques les arts martiaux tu véhicules un code moral, le fait de pratiquer te donne des valeurs – Le Respect  – Lorsque tu rentres dans un dojo tu salues le tapis, quand tu commences ou finis un exercice tu salues ton partenaire, le respect par rapport au professeur, le respect des gradés qui fait référence à celui des aînés. Je trouve que ce sont des valeurs qui sont bonnes pour la vie, elles permettent de donner un peu plus de sens aux choses.

 

 

“Je ne suis peut-être pas légitime pour tout le monde mais je fais le boulot.”

 

 

 

Les Arts Martiaux sont souvent assimilés à la sagesse et pourtant le M.M.A. n’est perçu que pour son côté combat et non pour ses valeurs. Comment l’expliques-tu?
Quand tu es combattant de M.M.A. on va dire que tu as entre 20 et 40 ans, et la notion de sagesse n’est pas encore présente en toi. Elle arrive après un certain âge. Moi je ne pense pas avoir été dans cette conception de sagesse quand j’étais compétiteur de haut niveau. J’ai l’impression qu’aujourd’hui je commence un peu à rentrer dans ce processus. Certainement grâce au recul, l’expérience de combattant, l’enseignement qui apporte encore d’autres choses. Tu te découvres vraiment, car tu n’as plus cette notion de t’entrainer pour battre quelqu’un mais pour mieux comprendre le mouvement, mieux le transmettre. Je pense que c’est là qu’arrive la sagesse. Le M.M.A  est devenu un art martial à part entière et donc fera fatalement référence dans un certain nombre d’années lui aussi à ces mêmes notions de sagesse. Tout le monde n’est pas encore prêt à entendre ça ou à le comprendre mais c’est pourtant bien ce qui arrivera. J’en suis convaincu.

Photo: Vianney THIBAUT

Tu es président de la C.F.M.M.A. (Commission Française de Mixed Martial Arts) depuis 2008. Qui t’a élu et quelle est ta légitimité?
Et président de l’I.M.M.A.F. (International Mixed Martial Arts Federation, ndlr) depuis octobre 2013. C’est moi qui ai crée la C.N.M.M.A. qui est devenu la C.F.M.M.A, donc personne ne m’a élu. Les statuts ont été déposé en 2009 mais je pense que l’année prochaine nous organiserons une élection ou je ne suis même pas sur de vouloir me représenter parce que j’ai beaucoup de travail avec la fédération Internationale. Après tout dépendra d’où nous en sommes en France sur l’évolution du dossier qui est un véritable combat et je pense être bien placé pour le mener de par mon parcours, de par ma position avec la Fédération Internationale, du discours que je tiens, de mes réseaux. Il faut tenir la route face aux politiques et sans citer personne tu ne peux pas défendre une discipline et ses codes si tu ne les véhicules pas toi-même. Je ne suis peut être pas légitime pour tout le monde mais je fais le boulot.

Quels sont les critères à adopter afin de légaliser le M.M.A. en France?
Il faut que l’on se fasse entendre au niveau du ministère. J’ai un ami qui est l’un des conseillers d’Emmanuel Valls et qui m’a dit: «les gens écrivent ce qu’ils entendent». Le ministère ne va pas faire le travail que tu pourrais faire ou que quelqu’un qui s’intéresse au sujet pourrait faire pour savoir ce qu’est le M.M.A. Ils vont directement voir leurs conseillers. Et lorsqu’il y a une discipline comme le M.M.A qui arrive, ils vont appeler le président de la fédération la plus connue en matière de sport de combat pour eux, donc celle de judo, pour leur demander ce que c’est. Si c’est Jean Luc Rouget (le Président de le Fédération Française de Judo, ndlr), il va leur dire que c’est n’importe quoi, il va leur sortir deux ou trois vidéos bien choisies pour mettre en valeur ce qui le conforte dans sa position en leur demandant si c’est bien ce qu’ils veulent voir arriver en France. Et la réponse est : «bien sûr que non». Quand tu arrives derrière avec tes dossiers, tu as intérêt d’être affûté pour que l’on t’écoute. Jean Luc Rougé m’a dit un jour que  si ça ne tenait qu’à lui, la boxe serait interdite. C’est quelqu’un qui n’aime pas les sports de contact. Difficile de lui faire aimer le M.M.A.. Par contre, il n’est pas obligé de le dénigrer. Il y a des sports que je n’aime pas spécialement mais je n’ai aucun problème à ce que les gens le pratiquent. Il est clairement notre plus grand détracteur.

Surtout qu’en plus il s’en décharge puisqu’il m’a dit que c’était l’union européenne et l’Etat français qui ne veulent pas reconnaître le M.M.A..
Et c’est un vrai mensonge, puisque quand il fait référence à l’Union Européenne, il fait référence à une recommandation du Conseil de l’Europe qui date de 1999. Ce n’est pas une loi, ni un décret, c’est une recommandation du Conseil de l’Europe qui demande à tous ses états membres de faire attention à certaines pratiques. Un non-initié pourrait faire des amalgames mais sont cités dans un contexte totalement différents, les combats libres et en cage, avec actes de barbarie, et pire encore. Donc si il y a des disciplines qui font ce genre de truc oui il faut les interdire sans hésiter mais il ne s’agit pas du tout de ce que l’on fait, je ne me reconnais pas dedans, ni mon sport.

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En fait les enjeux sont économiques et politiques?
Complètement. Tu me demandais tout à l’heure comment s’y prendre pour y arriver. C’est simple: il faut avoir les pieds dedans, connaître des gens au Ministère.

Quelles sont les divergences que tu as avec Gérard Garson qui vous divise au sein de ce qui semble être le même combat?
Je n’ai pas de divergence avec Gérard Garson. C’est un ami de la famille. C’est juste qu’il dirige un groupe qui prétend également vouloir faire reconnaitre le M.M.A. en France. Je reproche juste à certaines personnes qui constituent son équipe de ne pas travailler. Le fait d’avoir deux groupes ne fait que créer la confusion auprès des pouvoirs publics. Nous devons être unis pour mener à bien notre projet.

C.F.M.M.A.
Site officiel: www.cfmma.fr
I.M.M.A.F.
Site officiel: www.immaf.org

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