ORL, chirurgien Cervico-Facial et ceinture noire de Karaté, Gérard Garson est loin des clichés que développent les organismes conservateurs opposés à la légalisation du M.M.A. auprès du grand public. C’est avec l’expérience de ses pratiques en médecine et en arts martiaux qu’il se bat pour faire évoluer les mentalités et la législation française.

Vous aviez 16 ans lorsque vous avez commencé le Karaté (pratiqué sans gant à cette époque), quels sports pratiquiez-vous avant cela?
J’ai en effet commencé le karaté à l’âge de 16 ans alors que je pratiquais également depuis 5 ans le Hand-ball, d’abord au lycée puis en club, à l’APAS, avec lequel j’ai été champion de France junior. Avec la montée du club en nationale, mon niveau est devenu insuffisant et je n’ai plus pratiqué que le karaté. J’ai commencé dans une petite salle du IVe arrondissement par le Shotokan mais j’ai également fait des stages de Kyokushinkaï avec Alain SETRUK. La découverte du karaté, art martial confidentiel à l’époque, a été le fait du hasard attisé par une curiosité certaine pour un sport de combat réputé d’une grande efficacité.

 
Vous avez pratiqué le Karaté de 1966 à 1977, quel niveau avez-vous atteint?
Pour être précis, je continue à pratiquer à raison de deux entrainements par semaine mais les années 66 à 77 ont été celles durant lesquelles je faisais de la compétition, comme la grande majorité des pratiquants. Sans être un «champion», j’avais un niveau satisfaisant qui m’a permis d’être qualifié à neuf ou dix championnats de France et même d’avoir l’honneur d’être en équipe Ile de France. J’ai obtenu la ceinture noire 1ère DAN en 1972 et je suis actuellement 6e DAN FEKAMT.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans les arts martiaux et que représentent-ils à vos yeux?
Je pense qu’il faut avoir l’honnêteté de dire que l’on commence le karaté pour apprendre un sport de combat. La dimension de l’art martial ne se découvre que progressivement au fil du temps, des expériences, des rencontres, des échanges. Il en est de même pour tous les arts martiaux, MMA inclus. Néanmoins, les valeurs de respect, d’humilité regroupées dans le code du bushido s’imposent rapidement. Je suis assez sensible au SHIN-GHI-TAÏ (SHIN : le cœur, l’esprit, la valeur mentale / GHI : la valeur technique / TAÏ : le corps, la valeur physique) qui résume assez bien ces valeurs.

 

“J’ai toujours eu une fascination et un profond respect pour ces combattants…”

 

 

 

Comment avez-vous intégré l’équipe médicale de la Fédération France de Karaté? Et quel est votre parcours au sein du pôle médical?
L’intégration à l’équipe médicale de la ligue Ile de France puis à la Fédération s’est faite tout naturellement car j’étais l’un des leurs qui quittait juste le kimono de compétiteur pour la blouse blanche du médecin. D’ailleurs à l’époque, tous les médecins surveillant les compétitions étaient des pratiquants et je ne peux pas ne pas citer les docteurs Hubert TISAL, puis Franco ROMAN qui m’ont, en outre, accompagné de 1977 à 1998. De médecin de ligue, je suis devenu en 1984 médecin national fédéral et médecin des équipes de France, épaulé par mes amis Hubert et Franco. J’ai également avec le Dr Hubert TISAL mis en place la commission médicale des fédérations européennes et mondiales de karaté présidée par le regretté Jacques DELCOURT à qui le karaté français doit tant.

 
Vous avez découvert le M.M.A. avec l’U.F.C. en 2000  (créé en 1993). Qu’est-ce qui vous a plu? Et comment vous êtes-vous investi dans cette aventure?
Le karatéka et ancien compétiteur que je suis, curieux également de tous les arts martiaux en général, a été immédiatement séduit par ce que l’on appelait le «free fight» devenu le M.M.A.. J’ai eu la chance d’être initié par mon ami Jean-Marie Merchet, un des pionniers de cette discipline qu’il enseigne depuis le début après avoir été champion de France de karaté et avoir combattu en boxe thaï plus de cinquante fois. Enfin une compétition, avec des règles, permettait d’évaluer l’efficacité des différents arts martiaux. J’ai toujours eu une fascination et un profond respect pour ces combattants qui osaient s’affronter dans la grande tradition des arts martiaux.

Comment en êtes-vous arrivé à devenir Président de la F.P.A.M.M.? Qui vous a élu et quelle est votre légitimité?
Avec quelques passionnés, notamment Mohamed Temmar, a germé l’idée qu’une fédération pourrait permettre au M.M.A., source de fantasmes, d’approximations, voire de délires, d’exister. Ancien président de la Fédération Française de Karaté et Arts Martiaux Affinitaires (de 1998 à 2001), ancien médecin fédéral et des équipes de France, et pratiquant depuis plus de 45 ans, j’avais aux yeux de certains pratiquants de M.M.A. quelques atouts pour donner du M.M.A. une image plus proche de la réalité. Nous avons donc décidé de créer la FMMADA (fédération de mixed martial arts et disciplines associées) devenue la FPAMM (fédération de pankration et arts martiaux mixtes). Comme vous le savez, les fédérations ne sont que des associations loi 1901 comme il en existe  des millions en France. Des statuts, un comité directeur, une publication au Journal Officiel et l’association existe. J’ai été sollicité pour en devenir le président par les membres fondateurs et élu par les représentants des clubs lors d’une assemblée générale.

Vos compétences professionnelles paraissent être un réel atout auprès des non-initiés dans la démarche de «légalisation» du M.M.A. en France. Qu’en est-il vraiment?
J’ai l’humilité et l’honnêteté de penser que si certaines personnalités du M.M.A. m’ont proposé de représenter la discipline, ce n’est pas uniquement pour ma pratique du karaté mais essentiellement pour mon parcours médical et associatif. Qui mieux qu’un médecin de 65 ans spécialiste en chirurgie cervico faciale, ancien médecin fédéral de la fédération française de karaté ayant surveillé des milliers de combats, impliqué dans les arts martiaux depuis plus de cinquante ans et ancien président d’une fédération délégataire de 210 000 licenciés, pouvait essayer de montrer la réalité du M.M.A.? Ma passion et ma volonté de rétablir la vérité sur cette discipline m’ont poussé à m’investir dans cette aventure.

Quels sont les critères à adopter afin de légaliser le M.M.A. en France?
La législation du M.M.A. en France ne dépend pas des pratiquants mais des politiques associées au mouvement sportif. La F.P.A.M.M. se bat pour cette reconnaissance en essayant de fédérer les clubs de pratiquants autour d’un projet commun.Nous avons déposé en 2012 un dossier complet auprès du Ministère des Sports contenant, outre nos statuts, notre règlement intérieur (le tout étant élaboré en fonction des critères ministériels), un règlement pédagogique, un règlement médical, un règlement compétition. Sans réelle surprise, notre dossier a été rejeté. On est dans l’hypocrisie, le dogme et la peur de voir une partie des licenciés se déplacer vers ce nouvel art martial qu’est le M.M.A.
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Quelles sont les instances qui décident qu’une fédération soit créée ou non? Bertrand Amoussou est également en train de mettre en place une fédération M.M.A. en France. Quelles sont vos divergences?
Je connais bien Bertrand Amoussou avec lequel j’entretiens des relations personnelles amicales. Il a une réelle légitimité dans la discipline, une compétence technique indéniable. Nous avons les mêmes buts, un projet quasi identique mais malgré tout, nos efforts de rapprochement n’ont pas abouti, plus par des problèmes de personnes que par des divergences insurmontables. Le monde du MMA est plein de «testostérone», avec des «égos» qui empêchent encore un rapprochement nécessaire et indispensable. Malgré ses grandes qualités, Bertrand Amoussou n’a jamais rassemblé au-delà de son club du 7ème arrondissement. Malheureusement, nos adversaires s’appuient sur nos divisions pour bloquer notre volonté d’exister. Le ministre Jeunesse et Sports est le seul décideur mais il s’appuie sur les conseils de quelques-uns des responsables de fédérations françaises d’arts martiaux dont la plupart, pour ne pas dire la totalité, s’oppose à la création d’une fédération de MMA agréée. Les fédérations françaises de judo, de karaté, de tae kwon do sont en première ligne et avancent des arguments (ou plutôt des arguties) d’éthique, d’atteinte à la dignité, voire de «boucherie». Ainsi donc le M.M.A., qui regroupe l’ensemble des arts martiaux, perdrait toutes les vertus de chacun de ces arts martiaux pratiqués isolément.

 
Que pensez-vous du «Soap» diffusé sur M6 qui crée la polémique actuellement au sein de la communauté du M.M.A. ?
Le reportage diffusé sur M6 est une honte pour le journalisme, il est complètement «bidonné». Comment croire que des organisateurs de combats clandestins, maniant des sommes d’argent illicites, parlent devant la caméra à visage découvert prenant ainsi le risque d’être interpellés.? Comment expliquer que les pseudos combats clandestins de M.M.A. ne soient que des combats ringards opposant deux pratiquants de boxe anglaise ? L’audimat est-il au prix du mensonge et de la négation de la véritable mission du journalisme?

Un mot de la fin?
La France reste un des derniers pays au monde bloquant la légalisation, non pas de la pratique mais des compétitions de MMA. Cette situation me parait intenable devant l’intérêt médiatique de plus en plus important pour le MMA en France ces trois ou quatre dernières années. A nous de nous regrouper, à nous de répondre aux craintes du milieu politique et sportif, à nous de poser les bases légales d’un M.M.A. à la française. L’essentiel étant l’union, au-delà des querelles personnelles, de tous les intervenants du monde M.M.A. français car sans ce regroupement, rien ne se fera. C’est mon vœu le plus cher.

F.P.A.M.M.
Facebook officiel : Fpamm

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