57 personnes sont mortes en 2016 sur les routes de Guadeloupe. C’est pour que ce chiffre reste gravé dans notre mémoire et résonne comme une alarme que Le Projet 57 a vu le jour. Son concepteur Charles-Henri Coppet et l’association Waren Errin, du nom du jeune cycliste au nombre des victimes, ont voulu porter ce message en l’associant à des oeuvres d’art et des témoignages, dans lesquels douleur et douceur se croisent.

Le Projet 57 est né du constat terrible que les routes de Guadeloupe sont très meurtrières (57 personnes tuées l’an dernier). Qui a choisi la forme d’un ouvrage pour recueillir des œuvres et des témoignages sur cette question?
Je suis le concepteur à l’origine de l’idée que ce chiffre soit comme un “Stop”. J’ai voulu un ouvrage qui regroupe des témoignages et des œuvres, pour y mettre des mots et des images. J’ai réuni un collectif, des personnes avec des compétences différentes, dans le but de faire une exposition, pour qu’il y ait un moment de vie et de partage, et donner un souffle au livre qui était l’objectif final. L’exposition était le moyen de l’animer.

Pourquoi ne pas avoir fait le choix d’exposer ces œuvres sur la route, par exemple à la place des panneaux publicitaires, pour sensibiliser un public plus large?
Un lieu d’exposition est un lieu où l’on s’arrête, on ne peut pas s’arrêter sur la route; d’autant que les panneaux publicitaires sont encore une occasion de nous distraire au volant… Il fallait s’arrêter pour réfléchir, discuter et divaguer. C’est important de prendre le temps pour que cela ait du sens, que ce soit pour une œuvre ou une idée.

 

“57 morts sur nos routes, c’est inadmissible.”

 

Comment ont été choisis les artistes et acteurs de la société civile qui ont participé à ce recueil?
On a retenu ceux qui nous semblaient correspondre à l’état de la société guadeloupéenne, qui avaient un message à délivrer. Ce sont des gens qui étaient motivés pour produire et faire changer les choses.


L’exposition qui a eu lieu au Pavillon de la Ville à Pointe-à-Pitre est terminée, mais le livre va être disponible à la vente en librairie.
Il est déjà en vente en librairie et l’exposition sera reproduite sur des lieux itinérants.

Les bénéfices de la vente du livre seront utilisés à des actions de sensibilisation: lesquelles?
Il s’agira principalement de militer pour l’augmentation des pistes cyclables.

C’est la mort du jeune cycliste Waren Errin qui a donné naissance à l’association qui porte son nom, elle même porteuse du Projet 57. Les collectivités ont-elles entendu ce message, pris des décisions importantes pour améliorer la sécurité des usagers?
Pour l’instant, non. Cette question doit être d’abord saisie par le public car il faut déjà se rendre compte que la situation est anormale. Plus on sera nombreux à en parler, à s’étonner de la situation, ce qui n’est pas encore le cas, plus les pouvoirs publics seront amenés à réagir.

L’ouvrage appelle aussi à changer nos comportements sur la route?
Pas tant que cela. L’ouvrage dit surtout qu’en 2016, le chiffre de 57 morts sur les routes est anormal, en regard de la situation dans le monde ou en métropole. Il faut déjà avoir conscience que nous sommes en situation d’hyper dangerosité sur la route. C’est l’acceptation de cette information qui prime: 57 morts sur nos routes, c’est inadmissible.

“Les routes sont un élément d’humanisation mais nous donnent aujourd’hui l’idée que nous sommes des animaux. ”

 

Dans un département où le “tout voiture” prédomine, n’est-ce pas ce mode de circulation très individualiste qui nous amène à ce terrible constat?
On a décidé de prendre les problèmes les uns après les autres. Le premier problème, c’est qu’il n’ y a aucune conscientisation de la difficulté et de l’horreur de la situation. Personne n’en parle, on fait comme si cela était normal mais cela ne l’est pas. Avant même de donner des conseils de sécurité, de mener des campagnes pour que l’on se protège avec un casque etc, ce qui fonctionne rarement, il faut prendre le temps de penser à l’autre et à soi-même. Les routes sont un élément d’humanisation mais nous donnent aujourd’hui l’idée que nous sommes des animaux.

Quels retours avez-vous du public qui a découvert l’exposition?
Les retours sont très positifs. Nous avons accueilli beaucoup de visiteurs, des écoles, des familles, il y a eu beaucoup de gravité. Il y a eu un véritable intérêt car c’est une problématique qui touche. On n’en parle pas forcément car il n’existe pas d’espace de parole, mais la mortalité et le risque de blessure sur les routes est un sujet qui touche tout le monde.

Malgré le fait que beaucoup de violence et de malheurs soient à l’origine de ce livre, Projet 57 est aussi un bel ouvrage, avec des œuvres sur lesquelles on pourra revenir même en dehors du contexte de création.
Oui, c’est une façon d’amener par des choses douces des choses difficiles, par une voie de création vivante. C’est une façon de dire aux gens de venir réfléchir et s’interroger avec nous.

PROJET 57
Facebook : Leprojet57

par Cee Bee
Photos: D.R.

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Une réponse

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