Natif de la Martinique, passionné par l’image et la nature, Chris est devenu en quelques années un acteur incontournable de l’univers du clip musical.

Comment es-tu venu à t’intéresser à l’image?
Je regardais beaucoup de publicités et de films, de séries, quand j’étais enfant, plus que des dessins-animés. Je dessine depuis mon plus jeune âge. Un de mes premiers dessins représentait le décollage d’un hélicoptère, avec l’herbe en mouvement…ma mère me le rappelle souvent.

 
Quelle est ta formation?
J’ai fait l’école Penninghen (cinq ans), j’ai un Master de Direction Artistique et de Concepteur Graphique. On m’avait auparavant refusé en section Arts Plastiques au Lycée de Bellevue, je n’avais pas suffisamment un profil artistique selon eux! Donc je suis allé en section Économie, parcours classique. Je voulais être mon propre patron, je suis passé par The Source France (magazine de Hip-Hop, NDLR), pour manger un peu (rires), mais j’ai tout appris tout seul.

 

 

“Ce sont tous les clips de Rap que je voyais sur BET, ceux de Hype Williams particulièrement…”

 

 
Justement, c’est aussi chez The Source où tu t’occupais de la rubrique du Mot de la Fin (rubrique qui consistait à porter en dérision l’artiste en couverture) que tu avais fait ton premier travail sur Booba. Est-ce que tu dessines encore?
Cela fait un bail que je n’ai pas dessiné mais je m’y remettrai quand je serai en vacances à la fin de l’année. Parfois ça me manque, parfois non. Mais j’ai quand même dessiné la tête de Pharaon comme modèle pour mon tatouage du bras droit (Big Up à Caribbean Art Tattoo d’ailleurs).
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Comment est née ta passion pour la réalisation?
Ce sont tous les clips de Rap que je voyais sur BET, ceux de Hype Williams particulièrement… C’est ce qui m’a donné envie de faire de la réalisation. En même temps, tous les films que j’allais voir avec mes parents m’intriguaient, j’étais curieux de savoir comment on réalisait. Mon père m’avait acheté une mini-DV, je faisais des vidéos personnelles sur la Martinique, ma famille…J’ai appris quelques techniques et astuces avec des logiciels, pour faire des effets spéciaux etc. Mes parents m’ont toujours encouragé et fait confiance, même si cela peut faire un peu peur car c’est un métier dans lequel il n’y a pas de sécurité. Mon cousin voyait ce que je faisais chez moi, il était dans un groupe de Rap et je leur ai fait un premier clip, un deuxième etc… J’ai fait mon site Internet et je suis allé voir des artistes Zouk que je connaissais pour leur présenter mon travail. J’ai fait beaucoup de clips de zouk.

Ton premier souvenir d’une caméra dans la main?
En novembre 2003, j’ai participé au tournage et au montage pour un groupe de Rap du 77 qui s’appelle Baguioz.

Quand et pourquoi as-tu créé Tchimbé Raid?
Officieusement en juin 2004, c’est parti d’une déception personnelle et en même temps d’une rage de m’en sortir. Je signais “Tchimbé Raid” à chaque fois que je faisais un clip. C’était une époque difficile, je m’en sortais comme je pouvais. J’étais ensuite en CDI dans une société d’audiovisuel et je travaillais sur une émission hebdomadaire pour Clara Morgane, qui à l’époque venait de créer sa ligne de lingerie. A cause d’une mésentente avec une personne de la société, j’ai demandé à partir avec une indemnisation. Grâce à cet argent j’ai pu créer ma société de production, Tchimbé Raid en 2006.

Ce nom revendique aussi ton identité antillaise?
Exactement. Tchimbé Raid, c’est le court-métrage que j’avais fait pour ma thèse en 2003. J’ai toujours aimé ce mot car c’est le terme que mon père utilisait pour me dire de garder la pêche, de “tenir le coup”. C’est un mot qui m’est cher.

 

 

“Je suis content de faire des clips militants mais aussi de montrer que je peux faire autre chose.”

 

 
Tu réalises tous les clips de Booba depuis 2009, comment vous êtes-vous rencontrés?
J’ai réalisé 95% des clips de Booba depuis 2009. 50 clips pour être précis. Je l’avais rencontré au salon de l’auto à Versailles en 2004. Je ne pense pas qu’il s’en souvienne mais j’étais allé lui parler. Je l’ai revu au Quai 54 à Paris et lui avais laissé ma carte de visite. Il m’a contacté en décembre 2008, pendant les vacances de Noël et m‘a demandé si j’avais écouté son album 0.9, si je voulais réaliser un clip et le morceau que je préférais. J’ai répondu Game Over, ça tombait bien, c’était celui qu’il voulait tourner.
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Comment procédez-vous dans votre collaboration?
Il me laisse m’exprimer, surtout sur les clips scénarisés, de type court-métrage. Si c’est plus attitude, “égo trip”, il me dit quelles sont ses idées et on en discute. On échange et communique beaucoup, c’est ce que j’aime chez lui. La plupart des artistes avec lesquels je travaille ont leur manager ou leur chef de projet mais lui non, il m’appelle directement et je sais exactement ce qu’il veut, il n’y a pas d’intermédiaires et donc pas de risque de mauvaise compréhension.

 
Tu disais il y a quelques années que tu le considérais comme un grand frère, avec le temps ce rapport est-il toujours le même?
Je le considère toujours comme un grand frère, un mentor. Il m’a donné beaucoup de conseils, m’a averti, il a toujours été là pour moi. C’est comme s’il faisait partie de ma famille.

 
Interviens-tu en dehors de la réalisation de clips?
Dernièrement sur la tournée de Bercy, je suis intervenu sur la scénographie visuelle du concert. D’ailleurs je remercie Anne Cibron et Ben Jourdain de m’avoir donné cette opportunité. On a travaillé avec deux autres graphistes, Cédric Richer et Michel Cuertas, pour insérer des vidéos à certains morceaux.

Ce sont toujours tes images que tu utilises dans tes clips, comme dans les premières secondes de Comme Les Autres?
Non, la plupart du temps ce type d’images viennent des stocks shots, j’ai mélangé les deux pour ce clip. Sinon, je préfère utiliser mes images.

Beaucoup de réalisateurs vont avoir recours à un premier assistant pour être derrière la caméra, et toi,  tu préfères être en première ligne?
Cela dépend des clips. Sur les clips à gros budget, je fais appel à un assistant mais sinon je me débrouille tout seul. Aujourd’hui, les budgets sont restreints et cela devient difficile de faire appel  à des assistants.

 

 

“j’aime la nature et les animaux. j’ai regardé beaucoup de documentaires animaliers dans ma jeunesse.”

 

 
Tu as pu t’exercer à la pyrotechnique, aux effets spéciaux, travailler avec des animaux sauvages. Le clip te permet de développer ta palette de réalisateur ou as-tu d’autres objectifs?
Le clip m’a vraiment aidé à m’exercer. En 2013, j’ai fait un court métrage, La mort leur va si bien.  Le clip m’a permis d’aller plus vite, d’être sûr de moi. Le clip est un outil d’observation et d’entraînement.  Je ne peux pas encore dire à quoi cela va me servir, je préfère garder un certain suspens…
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Tu baignes aujourd’hui dans le domaine musical mais tu prépares également un long métrage. Peux-tu nous en parler?
Peut-être (rires). On voulait continuer La mort leur va si bien en long métrage mais il y a eu des petits soucis de production. Pour l’instant, c’est en stand-by. Mais je ne suis pas fermé à d’autres propositions, les choses se dérouleront tranquillement.

Est-ce que réaliser des documentaires ou des publicités fait partie de tes objectifs?
Oui, il faudrait que les agences me fassent confiance. J’ai déjà fait quelques pubs récemment pour de l’audio, du matériel informatique.

 
Booba me disait que vous aviez tourné Salside en 5 minutes…  Y a-t-il un travail de fond, de préparation ou est-ce dans la spontanéité?
On a tourné Salside en une après-midi, ça a été très spontané. Booba m’a envoyé le son, on a trouvé les idées ensemble. On a tourné Pinocchio en même temps que Salside. Ce qui est bien avec lui, c’est qu’il a toujours des références, des images très fortes, il me permet de faire cela, de faire de petits clins d’œil sur l’histoire comme avec Salside.

Avec un tel rythme, ne crains-tu pas de perdre, non pas en qualité, mais une partie de ton identité visuelle?
Non, cela m’entraîne. Les nouveaux réalisateurs en font beaucoup plus. J’ai fait un clip dernièrement pour Kendji Girac qui fait de la variété française, c’est l’un des plus gros vendeurs, sa musique touche des millions de personnes et son label était très content du clip. Quand il est sorti, les gens étaient choqués que Chris Macari puisse faire autre chose que du Booba…

Cela ne te pose pas de problème de travailler pour des artistes qui sont loin de tes affinités musicales?
Je suis content de faire des clips militants mais aussi de montrer que je peux faire autre chose. J’ai une assise qui me permet d’être à l’aise dans mon domaine.
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Tu travailles également beaucoup avec Kalash, un artiste martiniquais comme toi. Était-ce une évidence de travailler ensemble?
Je ne sais pas si c’est une évidence mais il est fort et pour moi c’est comme un frère ou un cousin, même si on ne se voit pas trop. Je le suivais déjà depuis quelques années et son évolution est impressionnante, c’est même fou… Je suis fier de lui car il illumine notre petite île de la Martinique et le reste des Antilles-Guyane.

Quelles sont tes convictions?
Je sais que mon peuple a souffert et n’a pas encore été dédommagé, mais il ne faut pas non plus pleurer sur notre sort. Il faut se battre pour avancer et être considérés comme égaux, cesser de nous quereller. Il faudrait vraiment que je pose ces idées un jour dans un documentaire ou un film.

Quels sont les atouts d’un bon clip selon toi?
L’image aide la musique. Les clips esthétiques, si cela ne va pas avec le son, cela ne va pas apporter grand-chose. Un bon clip, c’est un clip que l‘artiste valide, dont le réalisateur est fier et qui est plébiscité par le public. Dès que le clip sort, il doit “donner une gifle” au public.

 
Un très beau clip peut-il faire le succès d’un morceau “très moyen” musicalement?
Il y a des sons d’artistes qui ne passaient pas très bien aux oreilles du public mais le clip a permis d’apprécier le morceau. Cela m’est arrivé souvent. Il y a aussi des morceaux que les gens n’arrivent plus à écouter sans le clip.

Y a-t-il des obstacles à la réalisation dans un climat social et politique de plus en plus sensible et tendu?
Oui, si par exemple on avait tourné un clip de rue avec des armes à feu ces deux dernières années, cela aurait choqué les gens après les attentats. Il y a des choses qu’on peut se permettre durant certaines périodes et d’autres moments où il faut respecter.  C’est mon avis en tout cas.

 
Dans quels univers puises-tu ta créativité?
Beaucoup dans le cinéma et les documentaires. Cela se ressent dans mes clips, j’aime la nature et les animaux. J’ai regardé beaucoup de documentaires animaliers dans ma jeunesse, j’ai voyagé. Mon univers se développe autour de cela. Il y a aussi une touche africaine et antillaise, je n’ai pas honte de mes origines.

Quelles sont les réalisateurs, les films, les séries que tu apprécies?
Tony Scott, Ridley Scott, Spike Lee, Zack Snyder (300, Man of Steel, Batman Vs Superman), Antoine Fuqua, Ben Affleck, Michael Mann, Michael Bay…Les films, il y en a trop mais je citerai Man On Fire, Traffic, Interstellar, Transformers, The Dark Knight, Inception, Training Day, The Book of Eli, John Q, Crazy Stupid Love, Drive, Heat, Miami Vice. Côté séries Narcos, Rick Hunter, Ray Donovan, The Wire, Vikings, Les Experts-Miami et j’en passe, tu vois c’est vaste.

Tu habites à Paris maintenant, ton île ne te manque-t-elle pas?
J’ai fait le choix de rester à Paris car j’ai beaucoup d’opportunités ici mais cette ville commence un peu à me lasser donc je compte voyager ou partir mais chaque chose en son temps.

 

CHRIS MACARI
Facebook:  Chris Macari Films
Site Officiel: www.chrismacari.com

 

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