Réélu maire de Saint François, commune qui attire aussi bien les touristes que les résidents, Laurent Bernier dresse un bilan de sa politique et défend ses projets. Un entretien d’où se dégagent les enjeux d’un développement plus durable du territoire.

Quelles sont les améliorations que votre équipe a apporté à la commune?
Il y a des éléments que nous avons repris et considérablement  amélioré, en particulier le golf, quand nous l’avons récupéré nous étions dans la phase une de la requalification. Il y avait eu beaucoup de travaux réalisés mais qui présentaient des malfaçons.  Ce chantier a été mené avec beaucoup de volontarisme politique et  des moyens financiers considérables, mais aujourd’hui, nous commençons à en toucher les bénéfices. Le golf n’est pas un outil productif de revenus mais Il ne coûte plus à la collectivité autant qu’il coûtait par le passé.  C’est un débouché touristique et sportif mais surtout un moyen de gestion cohérente qui ne coûte pas plus cher qu’il ne rapporte. Même chose pour la marina qui présentait des problèmes d’évacuation des eaux usées et d’éclairage. L’avenue de l’Europe également aurait pu présenter plus de beauté architecture et environnementale, ce n’ est pas une réussite et nous avons dû là aussi reprendre quelques éléments en particulier l’évacuation des eaux pluviales et l’éclairage. Pour le reste, nous avons créé la Rotonde des arts, le marché central, “poumon économique” de la commune, la requalification de la base nautique, le marché au poissons créé de toute pièce. Nous avons accompagné ces travaux d’une requalification du bourg et des éléments constitutifs de notre patrimoine. On a mis à bas une friche industrielle, le Méridien, vestige hôtelier qui hélas n’était plus d’actualité. C’était  un beau patrimoine mais que je ne pouvais pas garder. Il a fallu qu’on désamiante et démolisse, on l’a fait pour d’autres bâtiments aussi, avec l’aide du Conseil Général, pour redonner envie de venir. Bref c’est un peu plus de 50 millions d’euros que nous avons investi en 5 ans. Nous avons essayé de remettre cette ville à l’endroit et il nous en a coûté, bien souvent nous avons dû faire sans des soutiens qui nous semblaient essentiels…

 

 

“On ne peut pas concevoir un développement raisonné sans avoir accès à l’eau…“

 

 

Comment envisagez-vous l’avenir de Saint François? La vocation de cette commune est-elle seulement touristique?
C’est une commune qui attire énormément de personnes, en particulier les résidences principales ou secondaires. En peu de temps, nous avons gagné beaucoup d’habitants. C’est une commune dynamique, même si elle est excentrée, qui se structure aussi,  avec de plus en plus de médecins spécialisés, des pharmacies….On a l’attrait nautique (une des seules stations classées avec Bouillante), on se situe dans le haut de gamme qualitatif (marina, aérodrome, la Pointe des Châteaux espace naturel protégé). Mais Saint François est aussi une commune où la ruralité est très marquée, chargée d’histoire et de patrimoine, tournée vers la culture de la canne mais aussi l’agrotransformation (nous sommes la première commune domiciliant les acteurs de cette filière). Nous  avons un fort potentiel et pas seulement une vocation commerciale. On souffre par contre du manque d’eau ce qui est un vrai handicap. On ne peut pas concevoir un développement raisonné sans avoir accès à l’eau ou à l’électricité. Je suis très attentif aux efforts qui devront être consentis par les institutions chargées des problématiques d’induction en eau potable. Des gros travaux sont nécessaires à la taille de la Guadeloupe, sans doute des centaines de millions d’euros pour moderniser les usines de production et en rapprocher certaines du territoire de distribution, de façon à augmenter les capacités de production puisque l’eau brute existe, mais n’arrive pas suffisamment là où on en a besoin. Je suis sensible aux expériences qui ont été menées dans la Caraïbe comme les questions relatives aux aquifères (roches qui contiennent de l’eau) , à tout le panel qui pourrait être mis à notre disposition avec l’aide des collectivités et de l’Etat  pour avoir de l’eau et de l’électricité à un prix raisonnable toute l’année.

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Dans le domaine des nouvelles technologies, je cherche des moyens qui permettraient à tout le territoire d’être équipé (les écoles en particulier). On a une déjà une ferme éolienne, des fermes photo voltaïques… On ne pourra pas continuer à l’envie mais mon idée est que, dans le cadre de la réhabilitation de la décharge, d’y faire demeurer une ferme solaire de stockage, pour avoir la capacité de générer sur 6 ou 7 hectares un revenu, puisqu’on ne peut rien faire sur cet espace condamné pendant trente ans. Je cherche aussi un moyen cohérent, propre et vertueux de transport pour le bourg (transport interne) et un transport touristique dans le cadre du Projet National du Grand Site protégé de la Pointe des Châteaux. Nous avons aussi des idées pour utiliser l’énergie marémotrice, un projet entre Saint  François et la Désirade, mais tout cela n’est pas à l échelle d’une petite commune comme la notre.

 

“J’aime bien anticiper sur les attentes des gens. C’est le travail d’un élu que de regarder l’avenir…“

 

 

Saint-François accueille néanmoins une population issue de milieux socio-économiques très divers: pensez-vous que les services qu’elle propose soient réellement accessibles à tous?
Saint-François est une ville cosmopolite faite de diverses origines, confessions, de divers lieux. On essaie de faire converger vers des lieux tout type de public. Moi-même je suis issu de diverses origines, je me dois d’être à l’aise avec tout le monde, ouvert, fier de mes origines et de mon identité Saint franciscaine. On n’est pas là pour satisfaire les attentes d’une certaine catégorie plutôt qu’une autre, il existe aussi des passerelles, la solidarité, l’éducation, au sein des clubs et des associations. Il y a des tickets modérateurs , des tickets sports… Pratiquer le golf vous coûtera sans doute  moins cher que de pratiquer le vélo si vous devez acheter un vélo. Si vous voulez faire du surf ou de la planche à voile, vous trouverez toujours  quelqu’un qui vous tendra la main. Je suis très favorable pour que nous ayons une grande place dédiée aux familles,  la place Félix Eboué pourrait être améliorée et reconfigurée pour venir passer un moment tranquille… Encore une fois on a des caractéristiques particulières.: un petit bourg mais avec des secteurs géographiques ruraux plutôt éclatés. L’idée est que chacun aime vivre dans son quartier, mais que de temps à autre on se retrouve sur une place centrale.

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Ne manque-t-il pas des lieux culturels dans la commune? Où peuvent  se retrouver les jeunes pour recréer une dynamique?
On a une bibliothèque, une salle multimédia qui hélas a été touchée par un incendie et a été  inondée, mais qui sera sans doute opérationnelle à la rentre de septembre. Il nous faut peut-être mieux communiquer pour faire connaître l’existence de ces lieux, on utilise beaucoup les réseaux sociaux pour faire connaître les spectacles, la diffusion des films, les concerts…
Saint François Mass est un groupe carnavalesque qui agrège en son sein de plus en plus de jeunes (et de moins jeunes),  qui font du bruit, du son. Je le soutiens et l’encourage. Mais la dynamique de rue est toujours compliquée à saisir pour les institutions, les jeunes sont libres, ils aiment les endroits informels, quand vous voulez les faire entrer quelque part il faut que ce soit bien fait. Je m’inspire de la commune de Baie-Mahault qui est pour moi un bon exemple: ils ont créé un studio d’enregistrement, j’aimerai beaucoup créer une radio pour y former des jeunes aux métiers de la régie, de la production, de la photographie… Offrir des lieux et des moyens pour s’exprimer, on l’a fait notamment à travers les locaux artisanaux qu’on a redistribué sur le petit marché et à travers la Rotonde des arts, nous avons offerts un lieu de vente, sinon de production,  aux artisans. C’est difficile, à Saint François et en Guadeloupe, et  pas que pour les jeunes. Tout le monde cherche à rentrer dans les services de la commune mais celle-ci ne peut pas embaucher à tire-larigot, les comptes sont difficiles, on a de moins en moins de dotations et de plus en plus de charges. Il faut se battre car il y a une population qui doit vivre et c’est pour cela que j ai voulu requalifier ma commune. Je n’ai pas cherché simplement le débouché touristique car pour moi, le bourg, la propreté et l’environnement sont aussi des moyens pour retrouver l’estime de soi et de son territoire, constater qu’il y a des efforts et des progrès qui ont été faits. J’aime bien anticiper sur les attentes des gens, c’est le travail d’un élu que de regarder l’avenir surtout en terme d’aménagement du territoire, d’imaginer comment vont vivre les gens dans 20 ans, comment ils vont se déplacer, s’approvisionner…Je peux me tromper mais tout tourne autour de la volonté de limiter les déplacements, en tout cas en voiture, d’améliorer les transports interurbains, multimodaux.Il faut rapprocher les équipements et les services de notre territoire et y réfléchir dès maintenant.

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laurent bernier

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