Amateur de rampes, affichant un palmarès impressionnant en roller acrobatique freestyle, Julien Cudot participe également au développement de nouveau matériel pour la communauté de la glisse urbaine.

Comment es-tu venu au roller?
Je me suis rendu compte que tous les gens autour de moi, tous mes amis qui font du roller avaient déjà quelqu’un de proche qui en faisait. Mais moi non, j‘ai essayé tous les sports, le foot, le judo, le basket… Mais à chaque fois que ma mère m’inscrivait à une activité, j’étais vite lassé. Du jour au lendemain j’ai voulu commencé le roller en skate-park et ma mère a trouvé à Vitry le Roller Park Avenue qui était à l’époque le plus grand skate-park d’Europe. Nous y sommes allés en famille, j’ai passé une “sale” journée, je suis tombé tellement de fois que je n’ai plus voulu y retourner pendant un an. Puis, j’ai voulu réessayer et mon père m’y a ramené, et je n’ai jamais arrêté depuis ce jour-là, j’ai vraiment accroché.

Tu fais partie d’une génération qui n’a connu que le roller en ligne.
Oui, c’est vrai que je n’ai pas connu les quads (quatre roues, NDLR), par la suite j’ai fait des tours avec des anciens comme Toto Ghali, Dallas Carlin etc… qui eux font encore aujourd’hui principalement du quad. Je me suis rendu compte que ce n’était pas aussi facile que je pensais et plus difficile en fait qu’avec les rollers en ligne. C’est plus lourd, les roues sont plus grosses, cela semble moins naturel et cela change tout. Ma première paire de roller était déjà “agressive”, avec de petites roues, c’est idéal pour slider.

 

“Il faut une bonne condition physique pour enchaîner des saltos, des transferts, des rotations. ”

 

 

Quels sont les spots où tu pratiques?
Je suis surtout à l’étranger ces temps-ci, quand je suis à Paris, j’essaie de me reposer.  Mais auparavant, j’allais beaucoup à Bercy et dans les alentours. Il y avait aussi de bons spots de street près du Palais de Tokyo et à Javel. Il y a beaucoup de spots en banlieue, il faut juste la motivation pour les chercher.

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Le Trocadéro a été un haut lieu du roller, qu’en est-il aujourd’hui?
Je n’ai pas trop connu le Trocadéro car j’allais plutôt en skate-park, quand j’allais faire du street c’était au Palais de Tokyo et la dernière fois c’était il y a 10 ans. Bien sûr, il y avait des tas de gens qui descendaient les escaliers devant les touristes.  Je ne sais pas trop ce qui se passe là-bas aujourd’hui.

Combien de temps consacres-tu à ton entrainement?
Je ne suis pas vraiment d’entraînement, je vais surtout “rider”. Au minimum trois ou quatre sessions par semaine. Depuis un an et demi, j’ai eu beaucoup de blessures et je dois me reposer entre chaque compétition. D’une manière générale, c’est la motivation, l’humeur et l’état de santé qui déterminent le rythme. Tu peux rouler tous les jours parce que tu en as envie.

Tu suis également une préparation physique?
J’essaie  d’aller courir, cela aide pour les runs, pour enchaîner les tricks. Il faut une bonne condition physique pour pouvoir faire pendant deux minutes des saltos, des transferts, des rotations.

 
Quelles sont les figures que tu aimes réaliser?
Le « Back Flip”, j’en ai fait partout alors que cela ne se faisait pas trop en roller, cela n’était pas très bien vu mais j’y ai mis mon style, ma signature.  J’aime beaucoup en slide le “true soul”, le “true maki’o”. Il faut le voir réaliser sur des marches ou dans le vide.

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Est-ce que tu t’investis aussi pour transmettre ta passion?
Il y a beaucoup d’associations qui encadrent les petits et les amènent sur les compétitions. Il y a une grande proximité avec les riders pro, on roule ensemble, on discute, on s’envoie des photos et des vidéos. Récemment quand j’ai gagné le FISE à Montpellier, j’ai jeté mon casque dans la foule et quelques semaines après, un jeune est venu me parler sur Messenger, il avait récupéré mon casque et s’était filmé en train de faire un double back Flip avec! Je l’ai de suite partagé, c’est une communauté de proximité.

 
Comment se passe la cohabitation avec les autres pratiquants des sports urbains?
Honnêtement, je n’ai jamais ressenti de tensions ni vu trop de problèmes. Quand il y a des skateurs er des rollers sur le même spot, on essaie de trouver un terrain d’entente. Par exemple la wax gêne les skateurs mais cela nous gêne qu’il n’y en ait pas, alors on en met d’un côté seulement.

 
Et avec les autres usagers dans la rue?
C’est un autre problème, c’est parfois très frustrant lorsque tu avais prévu d’aller filmer et que tu dois déjà combattre contre toi-même pour réussir mais au final, cela ne dépend plus de toi mais des passants et des gens de l’immeuble qui te disent que tu n’as pas le droit de faire ça ici.  Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’avec toutes les tensions dans le monde, de plus en plus de gens s’y intéressent et comprennent qu’on s’amuse et qu’on ne fait rien de méchant.

 

“Les gens qui ont marqué le Roller ne sont connus que par ce milieu…”

 

 

Il y a eu une réelle période d’engouement pour le roller, en France  avec des personnalités marquantes comme Thaï Chris, c’est un modèle pour toi ou ceux de ta génération?  
C’est une figure emblématique mais cela fait bien longtemps qu’il ne l’est plus. Les gens qui ont marqué le Roller ne sont connus que par ce milieu, comme Jérémy Jimenez, Nicolas Bellini, Néou Men pour le roller street français… et pour le skate-park donc ce qui me concernait plus directement a cette époque, Stéphane Alfano, Romain Godenaire, Anthony Avella, Steven Aleil. Cela reste un petit milieu malgré le boom qu’il y a pu avoir à une époque. Mes influences lorsque j’étais jeune étaient plus des Stéphane Alfano qui est d’ailleurs un de mes meilleurs amis aujourd’hui, Romain Godenaire aussi, qui était déjà à un hait niveau quand j’ai commencé. Ce sont ces personnes qui m’ont influencé sans m’en rendre compte,  m’ont fait évoluer et fait repousser mes limites parce que je les voyais et que je savais que c’était possible. J’étais très fier de pouvoir reproduire leurs figures.

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Thaï Chris a tout de même été un soutien médiatique important en portant ce sport auprès du grand public. Cela a porté ses fruits sur ta génération, non?
Les gens pensent à Thaï Chris lorsqu’on leur parle de roller, mais je ne sais pas si quand on leur dit Thaï Chris ils pensent forcément au roller. Je l’ai côtoyé quand j’étais petit, j’ai fait des démos avec lui et je commençais à monter à la même hauteur et faire les mêmes rotations que lui, le public a commencé à faire autant de bruit pour moi que pour le Champion du monde en titre. Du jour au lendemain, je n’ai plus été contacté pour les démos de “big” qui se déroulaient très bien à tous les niveaux…Pour moi, il a surtout voulu se mettre en avant plus que le roller, même s’il mérite sa notoriété. Je crois qu’il est le seul à avoir fait Pékin Express et Koh-Lanta!

 
Existe-t-il une fédération?
Il y a une fédération mais très peu de compétitions, il y a quelques coupes de France mais cela se passe plus à l’interne. Les pratiquants du roller ne se retrouvent pas forcément dans ce que la Fédération propose. Ils n’ont sûrement pas le même point de vue que les riders sur le freestyle, du coup on a du mal à y adhérer. Parfois, certaines compétitions sont fédérales mais si tu n’as pas de licence tu ne seras pas dans le classement. C’est tout de même sympa pour les petits car il y a beaucoup d’associations en France, les enfants peuvent bénéficier de voyages à la fin de l’année selon leurs points… C’est bien pour les jeunes qui ne commencent pas tous seuls mais dont les parents préfèrent les  inscrire dans un club avec une licence. Mais très peu de pro sont là-dedans.

 
Quels titres détiens-tu?
Cette année j’ai gagné pour la première fois le FISE World de Montpellier et le NL Contest à Strasbourg qui est un grand rendez-vous international. J’ai gagné l’Xtreme Barcelona une grosse compétition, j’avais fait deuxième il y a deux ans. Aujourd’hui, les plus grosses compétitions dans les sports extrêmes sont les FISE avec plusieurs étapes. J’ai gagné une grosse compétition en Chine il y a quelques semaines et la deuxième et dernière étape FISE World en Chine aussi. Le classement général se fait en fonction des résultats lors de ces compétitions qui pourraient correspondre à des Championnats du monde, et qui rallient l‘élite de chaque continent. Du coup, j’ai aussi gagné le classement général des FISE WORLD Series de cette année et là, je pars pour Los Angeles demain matin.

 

“J’ai eu l’occasion de créer mon modèle de roller…”

 

Tu arrives à en vivre aujourd’hui ?
En ce moment ça va, j’ai eu un nouveau sponsor cette année une marque d’enceintes, Hercule, qui me soutient bien. Il faut faire des compétitions et finir dans le Top 3 ou 5 à chaque fois pour en vivre. Les démos aident à avoir une certaine constance et de l’argent qui rentre régulièrement. J’ai toujours réussi à avoir des voyages payés, je voyage tout le temps et n’ai pas de loyer à payer.

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Suis-tu des études par ailleurs?
J’ai tout lâché en Terminale, l’année du Bac. Cela faisait un an et demi que je n’étais plus très sérieux et manquait beaucoup de cours. J’ai un petit diplôme pour donner des cours de roller. Je ne me projette pas beaucoup même si j’ai des idées, pour l’instant je voyage et me concentre sur ce que je fais. J’ai eu l’occasion de créer mon modèle de roller avec un collègue parisien qui a monté sa marque, Trigger Skate, je participe aussi à son développement. Nous travaillons actuellement sur des roues qui vont porter mon nom, des tee-shirts…  Aujourd’hui,  il n’y  a plus beaucoup de marques qui sont sur le street et on essaie d’en vivre par la même occasion.

Après le BMX et le skate, le roller pourrait-il devenir un sport olympique ?
Pour le BMX, ce sont des courses et non pas en skate-park, mais cela va arriver avec le skate. Dans le roller, certains n’y croient pas trop mais je fais partie de ceux qui y croient. Avec Internet, tout  est reconnaissable car les gens ont accès à tout. Si l’on continue à repousser les limites de notre sport, à se diriger comme le BMX dans la performance d’athlète, je pense que les gens sont prêts pour l’apprécier.

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Des films ou documentaires sur le roller parmi tes références ?
Taxi 3 dans lequel tous mes amis ont tourné comme cascadeurs: Stéphane Alfano, Aktarus (Patrick Stutnen), Anthony Avella… Il y a eu plus de films sur le Skate que sur le Roller.

JULIEN CUDOT
Facebook:  Julien Cudot

Texte: David Dancre

Photos:  Top Acid, Jaurés par Antoine Dujoncquoy (1), Top Soul, Muy par Jérémy Condamine (2), Drop in, Echo Park / Los Angeles par Stephane Alfano(3),  Drop In, Echo Park / Los Angeles par Stéphane Alfano (4), Antoine Dujoncquoy, Jaurés / Paris (5) Backflip Drop In, Shenzen / China par Dominik Wagner (6)

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