Rompue à la pratique urbaine, Maéva Lanier, ancienne Championne de France, fait partie de cette génération qui a grandi dans les skate-parks et offre aujourd’hui de véritables shows,  séduisant un public de plus en plus ouvert.

Présentations?
Je m’appelle Maëva Lanier, j’ai 21 ans. J’habite à Cannes et ma mère est Guadeloupéenne. Je fais du skate depuis 6 ans, principalement du street, mais je me débrouille en rampe et en bowl. J’ai commencé au Skate Park en bas de chez moi avec mon petit frère, on s’amusait à s’imiter grossièrement, faire des figures pour rigoler et du skate assis. Au final, j’ai progressé et c’est devenu ma passion.

 
Tu pratiques depuis quelques années seulement et en très peu de temps, tu as atteint le meilleur niveau national (Championne de France en 2013 et 2ème au FISE de Montpellier en 2015 et 2016). Le skate est un sport dans lequel on progresse rapidement ou c’est plutôt ton profil qui l’a permis?
C’est très compliqué de progresser en skate, il m’a fallu un an ou deux avant d’exécuter des figures intéressantes. Mais en France, il y  a très peu de filles qui skatent, comparé aux Etats-Unis; on se retrouvait donc à 6 ou 7 en compétition. A partir du moment où l’on arrivait à se démarquer des autres, on arrivait sur le podium.

 
Est-ce que tu pratiquais un sport auparavant?
J’étais en école de jeune sapeur pompier entre 14 et 16 ans, j’ai pu y faire énormément de sport, de la natation, de l’athlétisme…

Tu suis également une formation d’infirmière et tu es pompier volontaire: ta personnalité se définit-elle par le goût pour action?
Le skate me permet de me vider l’esprit tout en restant dynamique, cela me permet de penser à autre chose tout en pratiquant le sport que j’aime.

 

“Dans la rue, on apprend à s’adapter à toutes les contraintes.”

 

 

Quels étaient tes objectifs quand tu t’es lancée dans la compétition ?
Juste rencontrer d’autres filles qui skatent pour pouvoir me motiver.

Ton frère faisait du BMX, tu te sens proche des autres sports urbains?
Quand on va au FISE, on se réunit entre rideurs, que ce soit en BMX en skate en roller, on est dans le même esprit et on arrive à se comprendre. La musique nous réunit, les soirées, on a les mêmes délires et on pratique les mêmes figures, cela nous permet de comprendre ce que font les autres, et aussi de se soutenir.

maeva-lanier-2

Comment se passe la cohabitation avec les autres usagers des skate-parks?
Tout dépend des lieux. Moi, je reste beaucoup avec des personnes qui font du BMX, du Wake (à côté de chez moi il y  a un spot de Wake et une rampe de skate, on pratique les deux).

Quel type de terrains ou d’obstacles recherches-tu?
J’aime surtout les figures techniques. Je commence à me mettre aux curbs, c’est un style de banc sur lequel on fait des figures, le but est de grinder ou de slider dessus.

Quels sont tes spots préférés?
J’aime beaucoup le skate-park de Draguignan, sinon Grenoble et Avignon où je vais retrouver des copines.

Le skate est né dans la rue, mais aujourd’hui il y a beaucoup d’espaces aménagés dans les villes en France, est-ce que cela modifie les pratiques?
C’est assez différent, dans la rue il y a beaucoup de contraintes, on fait du bruit et on gêne souvent, on peut abîmer le mobilier urbain aussi. Mais cela apporte une facilité, dès qu’on arrive à skater dans la rue, au skate-park cela semble facile.  Dans la rue, on apprend à s’adapter à toutes les contraintes.

A l’origine c’était un sport jugé plutôt marginal et associé à la délinquance, le regard du public a-t-il changé aujourd’hui?
Cela commence à évoluer, il y a de plus en plus de personnes qui ouvrent leur esprit même si parfois, certains nous regardent un peu de travers si on skate devant chez eux…
13937967_1065791390152875_3992924163622449336_o
Quelle est pour toi la philosophie ou l’esprit du skate?
L’entraide, l’amusement, le partage.

Combien de temps mets-tu généralement pour maîtriser un nouveau trick?
Un bon moment (rires)! Parfois il me faut quelques mois pour réussir une figure.

 
Est-ce comme savoir faire du vélo, une fois qu’on a rentré une figure on ne l’oublie plus?
Parfois, mais il faut vraiment bien maîtriser la figure, car si l’on reste un long moment sans pratiquer, cela s’oublie un peu. On garde quand même les bases.

Comment entretiens-tu cela? Tu prends le temps de skater tous les jours?
Non, c’est impossible. Une à deux fois toutes les deux semaines, cela dépend. Il faut refaire la même chose, à des endroits différents, et cela revient.

 
As-tu des modèles de rideurs ou rideuses qui t’inspirent pour de nouvelles figures ou un style?
Une fille qui me motive principalement, c’est Eliana Sosco, une Brésilienne. Elle se différencie avec un style vraiment à elle, elle ne cherche pas à faire comme les autres et développe ses propres figures.

Quelles sont les limites que tu te fixes?
J’essaie de ne pas me faire mal car sinon je ne peux plus être pompier… Je ne prends pas trop de risques et quand je ne le sens pas, je ne fais pas la figure.

 
Considères-tu pratiquer un sport extrême?
Oui, à tout moment on peut se faire mal et on a de bonnes sensations. Il suffit qu’on descende une grande rampe, qu’on fasse une grosse figure ou que l’on descende des marches, c’est extrême.

 

“…quand ils voient que j’arrive à rentrer les mêmes figures qu’eux, ils sont un peu choqués…”

 

 

Pourquoi si peu de skateurs utilisent-ils des protections?
C’est gênant, et cela ne va pas trop avec le style. Les ¾ du temps on ne tombe pas car on arrive à se connaître.

As-tu des sponsors?
J’ai principalement un shop à Cannes, Papatoro, qui me soutient énormément. Ils me payent mes déplacements, me conseillent dans mes projets. Il y avait aussi une marque de boisson énergisante et de vêtements, mais je fais moins de compétitions en ce moment, alors c’est un peu en stand-by, mais je garde de bonnes relations avec eux. C’est motivant pour lorsque je reviendrai sur le circuit.
_phi2202_2337
C’est un sport qui n’est pas très médiatisé, est-ce que être une femme est une difficulté supplémentaire?
Pas du tout. On met un peu plus en avant les filles comme on a pu le voir avec des affiches de mode qui présentaient des filles habillées assez “classe” avec des skateboards. Cela a augmenté les ventes des longboards et de cruisers auprès des filles. Les filles sont très recherchées pour les séances photos.

Pourrait-on imaginer des compétitions mixtes?
J’ai déjà participé à des compétitions avec des garçons, mais parce que nous n’étions pas assez de filles. Les différences sont notables à un haut niveau, je ne pense pas qu’on pourrait concourir dans la même catégorie.

Tu as acquis une certaine notoriété, on  a pu te voir dans l’émission Riding Zone… Lorsque tu arrives dans un skate park où l’on ne te connaît pas, les gens sont-ils surpris?  
Au début oui, quand ils voient que j’arrive à rentrer les mêmes figures qu’eux ils sont un peu choqués, cela les interpelle.

 
L’usage de la vidéo est très développé dans le skate, qu’est-ce que cela t’apporte?
Déjà de la satisfaction, cela permet de garder un souvenir, de me revoir quand j’étais plus jeune. J’en publie régulièrement sur Instagram. On est fier de montrer nos réussites à nos amis.

Une musique que tu écoutes quand tu skates?
J’aime bien écouter du rock, mais cela devient rare que je skate avec de la musique. J’aime bien rigoler et dialoguer avec des amis plutôt que de m’enfermer dans ma bulle avec mes écouteurs.

Et pour une vidéo, tu choisirais laquelle?
C’est la chose la plus difficile! Je fais la vidéo en premier et je me fais conseiller par mes amis. Des trucs un peu girly, posés, mon style de skate est assez tranquille.

MAÉVA LANIER
Facebook:  Maeva Lanier

Texte: Cee Bee

Photos : Baechli Doraine, Mickaël Dessales, Mélinda Bodor, Christian Retaggi

Partager cet article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.