Originaire de Charleroi, cet ancien éducateur de rue a permis au Workout d’émerger en Belgique et a parcouru le monde pour relever des défis sportifs. Un personnage charismatique qui a décidé de s’installer en Guadeloupe pour poursuivre ses projets.

Philippe Scofield, c’est ton vrai nom?
Mes amis m’ont appelé comme cela à cause de mes tatouages, c’est en référence à la série Prison Break. Lorsque je suis devenu athlète, j’ai gardé ce nom.

Ta passion pour le street Workout est arrivée en même temps que tes tatouages?
Oui, il y en a beaucoup que j’ai dessiné moi-même. Je viens de commencer le crâne, mais c’est horrible. La douleur est inimaginable, c’est une torture. C’est le pire endroit du corps pour se faire tatouer! J’ai aussi fait tatouer mes paupières, on peut y lire Game Over. En Belgique aucun tatoueur ne ferait ça sur les paupières, j’ai dû le faire chez un ami à Paris. J’étais très réservé lorsque j’étais jeune, je n’avais pas une très bonne hygiène de vie, c’est le sport qui m’a aidé à m’affirmer et changer du jour au lendemain. Je me suis découvert comme une autre personne. J’ai pris la décision d’arrêter mon travail et de me mettre complètement dans le sport. J’ai commencé à faire des vidéos, je me suis fait un nom. J’ai été mannequin photo, on m’a beaucoup appelé pour de la figuration, des publicités… J’ai fait une série de 8 épisodes, The Missing (avec Tchéky Karyo et Said Taghmaoui). On me voit aussi dans une publicité pour laquelle on m’a maquillé et caché tous mes tatouages pendant 6 heures, puis au fur et à mesure ils étaient révélés. Tout cela s’est enchaîné en très peu de temps.

Tu fais très attention à ton image?
Il y a 8 mois, j’ai été finaliste de Man Univers et j’étais le seul candidat aussi tatoué. Je me demandais ce que je faisais parmi tous ces gars bodybuildés! Mais j’ai quand même été en finale. J’aime avoir ma personnalité, je n’ai pas envie de ressembler à un autre.

 

“…Tout le monde peut se lancer dans cette discipline.”

 

 

Tu exerces aussi le métier de coach sportif?
Je suis éducateur de rue et animateur sportif, je m’occupe des jeunes, je les oriente vers un sport pour éviter qu’ils traînent. Il y a très peu de personnes dans ce domaine, je trouve vraiment cela dommage car quand une personne “tourne mal”, c’est qu’elle a un problème et qu’il faut s’en occuper.

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C’est ton propre parcours qui t’a amené à ce constat?
Oui, j’ai eu une jeunesse très difficile, j’ai quitté le domicile familial à l’âge de 15 ans et me suis retrouvé à la rue. Je n’avais personne pour m’aider et aurait aimé avoir quelqu’un qui puisse me parler et m’épauler. Il y a 4 ans, j’ai découvert le street workout à New York, je voyais des gars faire des tractions, cela m’a intrigué. En faisant des recherches,  j’ai découvert Hannibal For King  (jeune afro-américain new-yorkais qui a mis en ligne les premières vidéos de Street Workout sur Youtube, NDLR). Mais personne ne connaissait cela en Belgique, il n’y avait aucune infrastructure. J’ai commencé à m’entraîner sur des cages de foot et j’ai démarché toutes les mairies pour qu’elles construisent des parcs. La mairie de Trazegnies a accepté, ils m’ont fourni le matériel et j’ai tout construit moi-même. A partir de là j’ai proposé des cours gratuits pour tous les jeunes 3 fois par semaine, les gens me croyaient fou de travailler sans être payé! Un jour, la mairie m’a contacté pour me faire signer un contrat d’éducateur de rue.

Tu pratiquais déjà un sport auparavant?
Non, je ne faisais aucun sport. Je travaillais auparavant dans le bâtiment comme chef d’équipe et je bossais 7 jours sur 7. Cela m’a aidé pour construire le parc.

Ton parcours révèle qu’il n’y a pas de profil type pour pratiquer le Workout?
Oui, tout le monde peut se lancer dans cette discipline.

Le Workout fait partie de ces sports urbains qui n’attirent pas forcément le respect et encore moins la reconnaissance du public.
En Belgique, il a été difficile de le développer, c’est pour cela que j’ai créé des événements européens. Le premier a réuni une cinquantaine de personnes. Comme il n’y avait pas non plus de compétitions, j’en ai organisé une aussi. Il y a eu 200 participants, professionnels ou amateurs, qui sont venus d’un peu de partout. J’ai organisé un événement, Le Défi des Gladiateurs, avec plusieurs exercices de force et du freestyle. Cela a permis de donner le goût au sport, même pour ceux qui ne le pratiquaient pas depuis longtemps. Les jeunes pourraient penser que ce serait long d’atteindre un bon niveau, mais j’ai voulu leur donner cette chance, leur montrer que c’était accessible et le moyen d’avoir cette reconnaissance.

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Cette notoriété t’a permis de participer à Ninja Warrior?
Je me suis inscrit et j’ai passé le casting. 15 jours avant l’émission, ils m’ont appelé pour me prévenir que j’étais sélectionné, donc je n’étais pas préparé. J’étais vraiment fatigué, je me demande comment je tenais encore debout. Je revenais du  FIBO en Allemagne (Salon international du fitness, du bien-être et de la santé, NDLR) pour une compétition entre les dix meilleurs athlètes. J’ai conduit pendant 13 heures pour me rendre à Cannes et participer à l’émission Ninja Warrior. Sur 5000 candidats, j’ai fini dans le top 5.

 
Qu’est-ce que ce passage à la télé t’a apporté?
J’ai eu beaucoup de bons retours, encore aujourd’hui les gens viennent me voir pour me féliciter. Mais je reste le même, une personne simple et très abordable. Les gens sont toujours un peu étonnés quand ils me rencontrent, ils me disent que je fais un peu peur quand on me voit en photo ! Mais dans la vie réelle, ils me disent que je suis vraiment quelqu’un de bien. On juge parfois trop vite sur une image.

 
Quel est ton palmarès?
En trois ans,  j’ai parcouru 15 pays pour le street workout. Je viens de participer aux Championnats du monde à Moscou, j’ai terminé 32ème. Je suis le compétiteur le plus vieux, le plus grand et le plus lourd, alors je suis content de ce résultat. J’ai eu par le passé des problèmes de santé et j’ai failli mourir… J’ai reçu deux coups de couteaux dans le ventre et j’ai perdu un rein, suite à une agression, il y a 7 ans. Pour moi, c’est une revanche sur la vie, je me donne à fond dans tout ce que je fais.

 

“C’est une discipline complète, physique et naturelle”

 

 
Tu as fait partie du jury lors de l’étape du Championnat du monde qui s’est déroulé à Deshaies en août. Quelle est ton approche des notations, c’est encore très subjectif, non?
Oui, il y a des personnes qui jugent mais qui ne pratiquent même pas! Il faut vraiment connaître la discipline pour pouvoir la juger. Un 360 sur la barre peut émerveiller une personne qui ne pratique pas, alors qu’une full planche au sol va être moins bien jugée, mais demande en réalité énormément de travail.

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Quelles sont tes autres passions?
Le cinéma, les voyages, rester seul dans mon monde. Ma femme et ma fille également.

Tu viens prochainement t’installer en Guadeloupe. Quels sont tes projets sur l’île?
Toujours développer le Street Workout. Beaucoup de jeunes me suivaient depuis la Guadeloupe. Lors de mon voyage comme jury en Guadeloupe, je me suis baladé sur la plage et j’ai rencontré un couple qui avait installé une structure gonflable, ils m’ont demandé de la tester. Nous allons donc proposer un parcours Ninja Warrior, pour que les gens puissent s’entraîner. C’est une discipline complète, physique et naturelle. Je voudrai aussi donner un plus bel avenir à ma fille, en Belgique, c’est gris, il fait souvent mauvais. J’ai également un projet musical autour de la vie de Philippe Scofield qui verra le jour le 8 janvier 2017. Le maxi deux titres sera intitulé Dans la Peau De Philippe Scofield, produit en collaboration avec L’Hexaler (artiste de la scène Hip Hop belge), Mani Deïz et Nizi. Avec l’apparition de plusieurs plumes du Hip Hop francophone. La sortie est prévue en version physique et sur toutes les plateformes digitales.

PHILIPPE SCOFIELD
Facebook: Philippe Scofield

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