Enfant prodige, Wendy Annonay récolte le fruit de ses deux passions: la boxe et les études. Un équilibre qu’il a acquis en conjuguant clairvoyance et résolution, sur le ring comme dans la vie professionnelle.

A quel âge as-tu commencé la Boxe thaï?
La première fois que je suis entré dans une salle de boxe, c’était à l’âge de 14 ans. Je n’avais rien dit à ma mère car elle aurait eu peur. Je suis de cette génération qui aime tout tester et se lancer des défis entre copains. Je m’y suis mis sérieusement quelques années plus tard.

Qu’est-ce que tu as trouvé dans ce sport que tu ne trouvais pas dans le judo ou le football que tu as pratiqués avant?
Ce sport m’a donné les bases solides de la vie en communauté. Le respect, l’humilité, le dépassement de soi, se relever face à l’échec, gérer son environnement, apprendre à écouter son corps, forger son mental… et j’en passe.Toutes ces choses qui nous aident à avancer sur le ring m’ont aidé à gravir des étapes dans la vie. Et cela, je ne l’ai retrouvé dans aucun autre sport, même si tous les sports nous apportent forcement quelque chose.

 

 

“Je suis boxeur professionnel mais aussi concepteur CAO 3D pour une multinationale…”

 

 

Comment as-tu concilié ton parcours sportif et scolaire?
Paradoxalement, c’est mon parcours scolaire qui m’a permis de me mettre à fond dans mon sport. Ma mère tenait à ce que je finisse mes études et sois diplômé, et elle avait raison, car la carrière d’un sportif ne tient qu’à un fil (blessure, mauvais choix, contre-performance). J’ai donc passé mes diplômes (brevet des collèges, BAC STI, BTS Conception de produit, Licence Ingénierie de la Conception) jusqu’à obtenir une Maîtrise de Design industriel. Cela n’a pas toujours été facile, mais les bases acquises à l’entraînement m’ont permis de me surpasser dans mes études (révisions, recherche de stage, mémoire, soutenance à l’oral). J’ai dû faire preuve de courage, de persévérance, envoyer mon C.V. et passer des coups de fil des centaines de fois, vaincre la timidité. Mais aussi et surtout ma famille m’a toujours soutenu dans mes choix.

Tu t’entraînes cinq jours par semaine,  mais tu as également une activité professionnelle: comment arrives-tu à mener à bien les deux?
Grâce à Dieu, j’ai la chance d’exercer deux métiers (sport/travail) qui sont tous les deux des passions. Celle pour mon sport depuis tant d’années et celle pour mon travail de concepteur packaging cosmétique, qui est étroitement lié à mon cursus scolaire. Ces deux univers diamétralement opposés me permettent de trouver un équilibre que je ne changerais pour rien au monde. Ceci dit, j’ai dû me battre (au sens figuré!) dans le monde professionnel pour y faire ma place car malheureusement, les clichés et les préjugés restent ancrés solidement dans l’inconscient collectif… Les gens ont du mal à l’avouer, mais un Noir issu de quartier difficile, ayant un parcours honorable dans deux mondes que tout sépare, ça laisse dubitatif. J’ai toujours dû montrer davantage qu’un autre pour prouver mon niveau d’expertise dans le domaine dans lequel je travaille. Du coup, j’ai parfois un goût amer de mon pays qui est la France, ou plutôt de l’hypocrisie générale qui y règne.

Ton sport te permet-il de vivre?
Mon sport me fait vivre et je sais que c’est une réelle chance car ce n’est pas le cas de tous. Mais ce n’est pas ma seule source de revenus. Je suis boxeur professionnel mais aussi concepteur CAO 3D pour une multinationale, et enfin designer et infographiste freelance. Grâce à mon sport, j’ai investi dans des domaines qui m’apportent une petite rente, donc merci Seigneur.
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Tu es managé par Dany Bill qui est une légende de la Boxe Thaï et évolue aux cotés d’autres champions actuels tel que Gregory Choplin. La solidarité est-elle une des clés de la réussite?
Je ne suis plus accompagné par Dany depuis bientôt 4 ans, mais il m’a transmis l’art de la boxe thaï: la maîtrise technique et le coup d’œil, l’instinct; j’ai appris l’essence même du Muay grâce à Dany. La première fois que je l’ai vu, c’était à la télévision, dans un reportage du grand et défunt réalisateur Christian Poveda (Lève ta garde Bonhomme). Il m’avait fait rêver lors de son combat en Thaïlande contre Said Khan disputé pour l’anniversaire du roi. C’est ce jour-là que j’ai eu le déclic. Qu’il devienne mon entraîneur quelques années plus tard, c’était un rêve que je n’avais même pas imaginé. J’ai beaucoup de respect pour lui et il fait partie de ma vie car il a participé à la construction de ma carrière. C’est un ami, tout comme Gregory Choplin qui vit aujourd’hui à Miami. Maintenant, c’est Chaouqui Ferradj, mon entraîneur et frère de cœur, qui a pris le relais et m’apporte tout ce qui me manquait: un “game plan” différent à chaque combat (la tactique), l’efficacité dans mes liaisons pieds/poings, la gestion de ma carrière. Nous sommes neuf professionnels dans mon club et les entraînements sont incroyablement difficiles, je ne m’ennuie jamais. Étant un grand enfant, mon coach n’hésite pas à “remettre les pendules à l’heure” quand je me laisse aller. C’est une équipe solide, nous sommes tous disponibles les uns pour les autres.

Tu étais à la première réunion MMA qui s’est tenue au cirque d’hiver le 19 septembre 2015. Quelles ont été tes impressions? Est-ce que tu es attiré par cette discipline?
C’est exact, je ne pouvais pas manquer ce rendez vous. C’était très bien organisé, j’y ai pu constater que le MMA possède un public demandeur et des athlètes de haut niveau. L’État ne pourra pas indéfiniment laisser croire aux gens non avertis que ce sport est marginal, c’est radicalement le contraire. Il est très réglementé et les athlètes se respectent tous. Le ministère fait croire que ce sport ne respecte pas la dignité humaine, mais le point bloquant est bien plus profond et les lobbys du Judo et du Karaté n’y sont pas pour rien. Si le MMA venait à prendre le dessus sur ces sports bien ancrés en France, les fédérations risqueraient de voir leur nombre de licenciés chuter, c’est l’une des causes du frein mis à la progression du MMA en France, qui est l’un des derniers pays en Europe à refuser sa pratique. Je trouve ce sport magnifique, lorsqu’on connaît les règles du jeu, on ne peut que ressentir du respect et de l’admiration pour ces combattants du 21ème siècle. La boxe Thaï est passée par cette étape aussi, il y a une vingtaine d’années, c’était alors un sport “marginal” aux yeux de médias.

Il existe de nombreuses fédérations et donc beaucoup de ceintures différentes en boxe thaïlandaise, lesquelles sont pour toi les plus prestigieuses?
Le côté positif de tout cela, c’est que cette discipline intéresse beaucoup de personnes et beaucoup de fédérations étant donné le nombre de ceinture que l’on voit naître chaque année. Mais il y a un côté néfaste aussi, c’est que le grand public n’y comprend rien… Aujourd’hui, ce ne sont plus les ceintures qui font le boxeur, c’est le boxeur qui fait les ceintures, mais aussi et surtout les adversaires qu’il a affronté sur son chemin. Pour répondre à ta question, les plus prestigieuses à mes yeux sont la WBC et WMC (ceintures pouvant être disputées sur toute la planète), et surtout les ceintures des stadiums en Thaïlande que seuls les Thaïlandais peuvent se disputer avec quelques étrangers vivant sur place.

 

 

“Le président de la fédération m’a dit que j’allais pouvoir prétendre au titre mondial….”

 

 

Quels sont tes points forts?
On dit de moi que je suis fimeu (technique) et que j’ai un bon coup d’œil. Le public me voyant plus que moi en situation de combat, je suis d’accord avec eux (rires).

Quel est ton surnom et pourquoi?
J’en ai plusieurs, mais si je devais n’en garder qu’un seul, c’est Dydy, le diminutif que ma mère m’a toujours donné. Ensuite, ce serait Chab, le surnom par lequel mes amis m’appellent, c’est le diminutif de chabin.

Tu vas combattre ton premier Thaï (Ekapop) le 21 novembre prochain à Paris? Comment se fait-il que tu n’en aies pas rencontré auparavant?
C’est exact, je suis en pleine préparation d’ailleurs. J’ai boxé énormément de boxeurs européens et américains, pour la simple et bonne raison que les Thaï ne sont généralement pas au même poids (76kg), et ceux qui le sont, même s’ils restent très dangereux et très forts, ne sont généralement pas en début de carrière. Mais Ekapop demeure un adversaire redoutable, il a battu par K.O. plusieurs de mes amis français. Je me prépare pour le mettre K.O.  à mon tour.

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Participeras-tu à un combat pour un titre de champion du monde?
Je possède trois titres de champion d’Europe WBC à mon actif, sans jamais avoir perdu le titre. Le Président de la fédération m’a dit que j’allais pouvoir prétendre au titre mondial cette saison. Alors je pense que dans les mois à venir, je pourrais annoncer que je combats pour ce titre.

Quels sont tes autres centres d’intérêt?
En dehors du ring, je développe des projets avec les frères (évènementiel sportif, joaillerie entre autres). Je vais régulièrement au cinéma et j’écoute de la musique, en adaptant le style aux situations: pour courir je vais mettre un morceau de rap, dans les bouchons du zouk rétro et au travail un peu de piano ou du Balade créole. Parfois un peu de raï parce que j’apprécie la langue arabe.

Quelle place occupe la Guadeloupe dans ta vie?
La Guadeloupe, c’est ma vie, mes racines, mes convictions et mon éducation. J’aime énormément lire et apprendre l’Histoire de notre île et de nos ancêtres. En ce moment, je lis beaucoup (Léon Gontran Damas et son ami Aimé Césaire pour ne citer qu’eux). Ma famille maternelle et paternelle vit en Guadeloupe, mais je n’y suis pas allé depuis plusieurs années. En 2016 si Dieu me le permet, j’irais y passer quelques jours pour voir ma grand-mère.

Est-il possible de te voir un jour combattre en Guadeloupe?
J’ai boxé quatre fois en Martinique, mais jamais encore en Guadeloupe. J’aimerais vraiment, mais je ne sais pas si il y a des promoteurs susceptibles d’organiser un événement de boxe thaï qui attirerait le public et susciterait l’intérêt. En Martinique et à la Réunion, les évènements de boxe sont très populaires. Alors pourquoi pas en Guadeloupe, à ma connaissance il y en a déjà eu. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup y animer un stage pour transmettre un peu de mon savoir.

WENDY ANNONAY
Facebook officiel: Wendy Annonay

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Une réponse

  1. commune

    Ꮤow that was oⅾd. I just wrote an very long comment
    but after I clicked submit my comment didn’t
    shoԝ up. Grrrr… well I’m not writing all that ovег again.
    Anyway, just wanted to say ѕuperb blog!

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